Selon Paris, “Israël veut éliminer le Hamas en pré­vision d’une guerre avec la Syrie ou l’Iran".

Claude Angeli, dimanche 9 mars 2008

Au milieu de la semaine der­nière, Sarkozy et Kouchner savaient qu’Israël allait lancer une vio­lente opé­ration à Gaza. Les télé­grammes adressés à Paris par les diplo­mates français en poste à Tel-​​Aviv et Jéru­salem étaient fort précis sur ce point.

Il ne s’agissait pas seulement de répliquer à des tirs de roquettes. Les objectifs pour­suivis par le gou­ver­nement Olmert étaient d’une tout autre nature, à plus longue portée, pourrait-​​on même dire.

Lors d’une réunion sur les ques­tions de « sécurité » avec des experts français, cette question a été abordée sans la moindre gêne par leurs homo­logues israé­liens. Et les télé­grammes diplo­ma­tiques transmis à l’Elysée ainsi qu’au Quai d’Orsay ont fait état de cette remar­quable franchise.

Selon les confi­dences de ces res­pon­sables israé­liens, les inten­tions de leur gou­ver­nement pou­vaient se résumer ainsi : « Le Hamas devient de plus en plus dan­gereux. Il faut donc qu’on le liquide pré­ven­ti­vement, en cas de guerre avec la Syrie ou de bom­bar­dement des sites nucléaires iraniens. »

L’avertissement n’a pas porté et, à Paris, on a réagi comme si de rien n’était. Le 28 février, à la demande de Sarkozy, le Quai d’Orsay a ouvert son robinet d’eau tiède.

Une pre­mière décla­ration « condamnait (en premier lieu) les tirs de roquettes pales­ti­niens » mais n’appelait ensuite les Israé­liens qu’à « la plus grande retenue ». Il faudra que le patron de l’ONU demande à « Israël de mettre un terme à ses attaques », puis que Bush, le pape et l’Union euro­péenne lui apportent un soutien, d’ailleurs fort modeste, pour que le Quai d’Orsay se réveille un tant soit peu.

Le 3 mars, un - com­mu­niqué de cette petite voix de la France « rap­pelle (ce qui est faux) sa condam­nation de l’opération mili­taire israélienne ».

Mieux, si l’on ose dire, le silence sar­ko­zyste a été fort remarqué lors des dis­cus­sions du Conseil de sécurité de l’ONU. Ordre avait été donné au repré­sentant français, Jean-​​Marie Ripert, de ne prendre aucune initiative.

A en croire d’insolents diplo­mates français, on entend même dire, dans plu­sieurs orga­ni­sa­tions euro­péennes, que l’équipe Sarkozy-​​Kouchner-​​Levitte adopte des posi­tions encore plus « pro-​​israéliennes » que celles du clan Bush.

Et, à titre d’exemple, ils évoquent l’intervention du repré­sentant français, Gérard Araud, lors de la réunion des direc­teurs des affaires poli­tiques des minis­tères des Affaires étran­gères de l’Union européenne.

La semaine der­nière, en effet, Gérard Araud a déclaré en sub­stance que, dans le domaine inter­na­tional, « les Euro­péens agissent soit à la remorque des Amé­ri­cains, soit sont contraints de jouer à la Croix-​​Rouge en dis­tri­buant de l’argent ou en pra­ti­quant des opé­ra­tions humanitaires “.

Et le même d’affirmer que « la pré­si­dence Bush tou­chant à sa fin, et ne pouvant plus prendre d’initiatives, c’était aux Euro­péens de prendre la relève ».

Comme ce haut digni­taire du Quai d’Orsay s’était bien gardé d’affirmer, devant ses col­lègues euro­péens, que l’erreur avait été de trop suivre la poli­tique amé­ri­caine, cer­tains ont cru com­prendre que ses patrons, Sarkozy et Kouchner, rêvaient de faire mieux que Bush avec Israël, en Afgha­nistan, contre l’Iran et dans le monde entier …