Sarkozy appelé à l’action pour la Palestine par d’ex-diplomates

Pierre Haski, lundi 8 mars 2010

C’est une ini­tiative sans pré­cédent : seize ex-​​ambassadeurs et diplo­mates de haut rang ont signé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy pour l’inciter à prendre une ini­tiative afin de débloquer l’impasse des rela­tions israélo-​​palestiniennes [1].

L’initiative qu’ils appellent de leurs vœux serait plus ambi­tieuse que la reprise de négo­cia­tions indi­rectes à laquelle tra­vaillent actuel­lement les Amé­ri­cains, et pourrait déboucher sur la pro­cla­mation d’un Etat pales­tinien en 2011.

Prenant acte du blocage actuel et du risque per­manent de vio­lence dans cette région, ils estiment que l’heure est à une ini­tiative « contraignante » :

« Le recours à une réso­lution contrai­gnante du Conseil de sécurité de l’ONU paraît néces­saire. Cette réso­lution tra­cerait le cadre et les objectifs de l’ultime négo­ciation à mener entre les parties sous le contrôle d’une confé­rence inter­na­tionale qui veillerait à la mise en œuvre dans des délais déter­minés de l’accord à inter­venir et des garanties nécessaires. »

On est loin du projet amé­ricain visant à per­mettre la reprise de négo­cia­tions indi­rectes entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne de Mahmoud Abbas, en laissant de côté les sujets qui fâchent… Envoyer des casques bleus

Dans leur texte, ini­tia­lement publié par LeMonde​.fr, les diplo­mates, dont cer­tains ont occupé des postes impor­tants liés au dossier proche-​​oriental, mettent en avant une autre mesure sus­cep­tible de réduire les ten­sions dans la région :

« Il est en par­ti­culier urgent de mettre un terme à l’enfermement dans la bande de Gaza d’une popu­lation d’un million et demi de per­sonnes en vio­lation du droit huma­ni­taire inter­na­tional, situation à laquelle il serait pos­sible de remédier par l’envoi de casques bleus aux accès à ce territoire. »

Les diplo­mates sou­lignent que la France est idéa­lement placée pour prendre une telle ini­tiative, en s’appuyant sur la position des 27 pays de l’Union euro­péenne, réaf­firmée en décembre 2009, en faveur d’un Etat pales­tinien indé­pendant ayant Jérusalem-​​Est pour capitale, et sur la décla­ration de Nicolas Sarkozy à la Knesset, le par­lement israélien, en juin 2008, affirmant que « Jéru­salem a vocation à devenir la capitale de deux Etats ».

Ce que les diplo­mates ne disent pas, c’est ce qui vient de se passer lorsque le ministre des Affaires étran­gères, Bernard Kouchner, s’est dit « tenté » par l’idée de :

« la pro­cla­mation rapide d’un Etat pales­tinien, et sa recon­nais­sance immé­diate par la com­mu­nauté inter­na­tionale, avant même la négo­ciation sur les frontières ».

Il s’est aus­sitôt attiré une vio­lente riposte d’Israël, et un « reca­drage » plus prudent de l’Elysée qui n’avait visi­blement pas été consulté avant la sortie du ministre. Un diplomate qua­lifie en privé la sortie de Kouchner de « mal­adroite et pré­ci­pitée », et donc vouée à l’échec. Pro­clamer un Etat pales­tinien unilatéral

Pourtant, cette idée de pro­cla­mation d’un Etat sou­verain uni­la­téral reconnu par la Com­mu­nauté inter­na­tionale fait son chemin, et, selon l’un des signa­taires de la lettre, pourrait être une des issues pos­sibles de l’initiative sou­haitée par les auteurs de la lettre ouverte.

Elle pourrait être envi­sagée en 2011, après avoir laissé sa chance à la négo­ciation, et un tel Etat pourrait être reconnu par l’immense majorité des Etats de la planète.

Dans une tribune séparée publiée la semaine der­nière par Le Monde, l’un des signa­taires, Yves Aubin de la Mes­su­zière, ancien directeur du Moyen Orient au Quai d’Orsay, va ouver­tement dans cette direction :

« La pro­cla­mation uni­la­térale de l’Etat pales­tinien à l’échéance de 2011, qui par­ti­ci­perait d’une révo­lution concep­tuelle, per­mettra de déclencher une nou­velle dyna­mique, un réel pro­cessus se séparant de la méthode d’Oslo par l’inversion de la pers­pective, les négo­cia­tions devant suivre la création de l’Etat palestinien.

La dis­si­dence de Gaza ne devrait pas être un obs­tacle, l’histoire du mou­vement pales­tinien étant faite davantage de conci­lia­tions que de ruptures. »

On en est loin, et la ten­tative de relance des négo­cia­tions par l’administration Obama parait bien timide par rapport aux pro­cla­ma­tions ini­tiales du pré­sident amé­ricain. Et rien n’indique, à ce stade, que Nicolas Sarkozy ait l’audace, et la cohé­rence diplo­ma­tique, néces­saires pour faire le saut conceptuel que lui recom­mandent « ses » anciens diplomates.

[1] René Ala, Jacques Andréani, Denis Bau­chard, Pierre-​​​​Louis Blanc, Louis Dauge, Yves Aubin de la Mes­su­zière, Jacques-​​​​Alain de Sédouy, Ber­trand Dufourcq, Christian Graeff, Sté­phane Hessel, Pierre Hunt, Pierre Lafrance, Phi­lippe Louet, Jean-​​​​Louis Lucet, Gabriel Robin, Henri Servant.