Sanctions contre les entreprises qui participent à l’occupation.

communiqué, mardi 29 mars 2005

Le Conseil Mondial des Eglises envisage posi­ti­vement de prendre des mesures écono­miques contre les entre­prises qui par­ti­cipent à l’occupation israé­lienne en Palestine.

Le Comité central du CME a rappelé à ses membres qu’ en ce qui concerne les fonds d’investissement, « ils ont l’occasion d’utiliser ces fonds de manière res­pon­sable pour sou­tenir une solution paci­fique » du conflit israélo-​​palestinien .

La direction du CME a encouragé les églises membres du Conseil à « prendre sérieu­sement en consi­dé­ration les mesures écono­miques qui soient équi­tables, trans­pa­rentes et non vio­lentes » en tant que nou­velle façon de tra­vailler pour la paix, en étudiant les manières de ne pas par­ti­ciper écono­mi­quement à des acti­vités illé­gales liées à l’occupation israé­lienne. En ce sens, le Comité a affirmé que « les pres­sions écono­miques appli­quées ouver­tement et de manière appro­priée » sont « un moyen d’action ».

La direction du CME a notamment men­tionné le « pro­cessus de dés­in­ves­tis­sement étalé et sélectif de firmes mul­ti­na­tio­nales impli­quées dans l’occupation » qui est actuel­lement mis en œuvre par l’Eglise pres­by­té­rienne aux Etats-​​Unis. » Cette action est louable à la fois dans la méthode et dans la manière et se base sur des cri­tères enra­cinés dans la foi’.

Cette recom­man­dation, approuvée un jour avant la fin de la session de février (12 au 22) de la direction du Conseil à Genève, se trouve dans un compte-​​rendu adressé aux églises membres du CME. Le comité y note également que « dans le conflit entre Israël et la Palestine, il y a un regain d’espoir, bien qu’il n’y ait pas encore de réduction des menaces qui séparent les parties ».

Le document sou­ligne que « les acti­vités illé­gales dans les Ter­ri­toires occupés conti­nuent comme si une paix viable entre les deux peuples n’était pas pos­sible » et que les firmes mul­ti­na­tio­nales sont impli­quées dans un certain nombre de « vio­la­tions du droit inter­na­tional » à l’intérieur de ce territoire.

Les 150 membres du comité affirment que « la pré­oc­cu­pation ici est de se conformer au droit comme fon­dement d’une paix juste ». et que « nous n’ignorons pas les faits et ne devons en être com­plices même involontairement ».

Tout en sou­li­gnant l’impact et le témoi­gnage gran­dis­sants de l’engagement de l’église qui englobe les Israé­liens et les Pales­ti­niens, y compris par des ini­tia­tives comme le Pro­gramme d’accompagnement œcumé­nique en Palestine et Israël, sous la direction du CME, le comité « incite aussi à ouvrir des voies plus nom­breuses et plus larges d’engagement entre les com­mu­nautés chré­tiennes, musul­manes et juives qui recherchent la paix ».

Comme cadre de sa recom­man­dation, la direction du CME rap­pelle sa décla­ration de 1992, à savoir que « la cri­tique de la poli­tique du gou­ver­nement israélien n’est pas en soi anti-​​juive » et son appel de 1969 à « des garanties inter­na­tio­nales réelles de l’indépendance poli­tique et de l’intégrité ter­ri­to­riale de toutes les nations de la région, y compris Israël ». Elle men­tionne aussi sa recon­nais­sance « des pré­oc­cu­pa­tions sécu­ri­taires sérieuses et légi­times de d’Israël » en 2004.

Voici le texte complet de la résolution du comité central du CME :

Résolution sur certaines mesures économiques pour la Paix en Israël/​ Palestine.

Dans le conflit entre Israël et la Palestine, il y a un regain d’espoir, bien qu’il n’y ait pas encore de réduction des menaces qui séparent les parties au conflit. Les Pales­ti­niens ont main­tenant organisé deux élec­tions de manière constructive, malgré l’occupation qui se poursuit, et en pré­voient une autre au milieu de l’année. Les églises appré­cient cet élan qui construit la paix et des solu­tions qui engagent de manière cré­dible ceux qui doivent faire la paix, les puis­sants comme les faibles.

Les églises remarquent l’impact et le témoi­gnage gran­dis­sants de l’engagement de l’église qui englobe les Israé­liens et les Pales­ti­niens. Le Pro­gramme d’accompagnement œcumé­nique en Palestine et Israël, sous la direction du CME est présent et sou­tient à la fois les Pales­ti­niens et les Israé­liens qui souffrent dans les cir­cons­tances actuelles. On constate aussi un intérêt gran­dissant parmi les églises à mener de nou­velles actions qui mani­festent leur enga­gement à mettre en évidence des pers­pec­tives d’une paix juste, équi­table et durable en Israël et en Palestine.

On remarque des ini­tia­tives à l’intérieur des églises pour devenir de meilleurs ser­vi­teurs de la justice dans les affaires écono­miques qui les lient à des vio­la­tions continues du droit inter­na­tional dans les Ter­ri­toires occupés. Le comité central prend note de l’action de l’Eglise pres­by­té­rienne aux Etats-​​Unis qui le a lancé un pro­cessus de dés­in­ves­tis­sement étalé et sélectif de firmes mul­ti­na­tio­nales impli­quées dans l’occupation. Cette action est louable à la fois dans la méthode et dans la manière et se base sur des cri­tères enra­cinés dans la foi et appelle les membres à faire « des choses qui amènent à la paix » (Luc, 1942).

La pré­oc­cu­pation ici est de se conformer au droit comme fon­dement d’une paix juste . Des firmes mul­ti­na­tio­nales sont impli­quées dans les démo­li­tions de maisons pales­ti­niennes et dans la construction de colonies et de leurs infra­struc­tures dans les Ter­ri­toires occupés, dans la construction d’un mur de sépa­ration qui se trouve pour la plus grande part à l’intérieur du ter­ri­toire occupé et dans d’autres vio­la­tions du droit inter­na­tional menées à l’extérieur des fron­tières inter­na­tio­na­lement reconnues de l’Etat d’Israël, déter­minées par l’Armistice de 1949.

En cette trente-​​huitième année de l’occupation, le désir grandit d’une paix juste et équi­table. Pour les églises du CME ces espoirs sont guidés par des posi­tions et des pro­grammes qui reflètent une recherche de la vérité parmi de nom­breuses difficultés.

Depuis 1969 le CME appelle à des garanties inter­na­tio­nales réelles de l’indépendance poli­tique et de l’intégrité ter­ri­to­riale de toutes les nations de la région, y compris Israël . Il réaf­firme régu­liè­rement cette pré­oc­cu­pation, ainsi sa recon­nais­sance en 2004 des pré­oc­cu­pa­tions sécu­ri­taires sérieuses et légi­times de d’Israël .

En 1992, le CME a affirmé que « la cri­tique de la poli­tique du gou­ver­nement israélien n’est pas en soi anti-​​juive ». Pendant le pro­cessus d’Oslo dans les années 90, les églises ont soutenu les projets de rap­pro­chement des sociétés civiles des com­mu­nautés en conflit en Terre Sainte.

En 1995 le Comité central a établi des cri­tères pour des actions écono­miques au service de la justice, à savoir qu’elles doivent s’inscrire dans une stra­tégie plus large d’établissement de la paix, concerner les vio­la­tions fla­grantes et per­sis­tantes, avoir un objectif clair et limité, faire preuve d’équilibre et dis­poser de méca­nismes de contrôle adé­quats et enfin être menées dans la plus grande transparence.

En 2001 le Comité exé­cutif du CME a recom­mandé un boycott inter­na­tional pro­duits dans les colonies implantées illé­ga­lement dans le ter­ri­toire occupé et les agences d’Aprodev (liées au CME) en Europe tra­vaillent à iden­tifier com­plè­tement et cor­rec­tement les pro­duits des colonies israé­liennes avant qu’ils soient expédiés vers la Com­mu­nauté Euro­péenne, en accord avec les termes de l’Accord d’Association de l’UE avec Israël.

Pourtant les acti­vités illé­gales conti­nuent dans le ter­ri­toire occupés conti­nuent comme si une paix viable entre les deux peuples n’était pas pos­sible. Nous n’ignorons pas les faits et ne devons en être com­plices même involontairement.

En consé­quence, le Comité Central du CME, réuni à Genève du 15 au 22 février 2005 :

- encourage les églises membres à tra­vailler à la paix de manière nou­velle et à prêter sérieuse consi­dé­ration à des mesures écono­miques qui soient trans­pa­rentes, équi­tables et non-​​violentes ; - demande aux églises membres de garder un contact positif avec les églises qui se lancent dans de telles ini­tia­tives - incite à ouvrir des voies plus nom­breuses et plus larges d’engagement entre les com­mu­nautés chré­tiennes, musul­manes et juives qui recherchent la paix - rap­pelle aux églises qui pos­sèdent des fonds d’investissement qu’elles ont l’occasion d’utiliser ces fonds de manière res­pon­sable pour sou­tenir une solution paci­fique du conflit. Les pres­sions écono­miques appli­quées ouver­tement et de manière appro­priée sont un des moyens pour y parvenir.

Genève 21 février 2005, Comité Central du Conseil Mondial des Eglises