Salah Hamouri : Un Français emprisonné en Israël

Jean Marc Ducos, dimanche 16 mars 2008

Depuis trois ans, Salah Hamouri-​​Guidoux, 22 ans, un Français vivant en Israël, est détenu à la prison de Rimonim. Il a été arrêté le 13 mars 2005 à un barrage mili­taire alors qu’il se rendait dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie.

Trois mois plus tôt, cet étudiant de l’université de Bethléem (la ville pales­ti­nienne jouxtant Jéru­salem) était passé en voiture, de nuit, devant la rési­dence du rabbin Yossef Ovadia, leader du parti reli­gieux extré­miste Shass.

Ce dossier embar­rasse les rela­tions entre les deux pays et a été plu­sieurs fois évoqué lors des visites minis­té­rielles… ainsi sans doute qu’à l’occasion de l’actuelle visite à Paris du pré­sident Shimon Peres.

« Son procès a déjà été reporté à 25 reprises ! »

« On reproche à mon fils d’avoir com­ploté contre ce rabbin mais la justice mili­taire israé­lienne n’apporte aucune preuve. Elle lui prête seulement un délit d’intention. Pire, on attend tou­jours qu’il soit jugé : son procès a déjà été reporté à 25 reprises ! » se désespère sa mère, Denise Guidoux, 49 ans, une ensei­gnante de lettres à l’école catho­lique des Soeurs du Rosaire, ori­gi­naire de Bourg-​​en-​​Bresse (Ain). La justice mili­taire soup­çonne son fils Salah, qui a subi quarante-​​cinq jours d’interrogatoire, d’appartenir aux orga­ni­sa­tions de jeu­nesse du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine, l’organisation du défunt docteur Georges Habache.

« Nous sommes sur le qui-​​vive en per­ma­nence car nous sommes à la merci de la justice mili­taire, qui refuse d’entendre les témoins », se désole la mère, ins­tallée depuis un quart de siècle en Israël où elle a épousé Salah Hamouri, un Arabe israélien de 52 ans, pro­prié­taire d’un res­taurant à Jéru­salem. « Je crains que sa filiation pales­ti­nienne ne soit un pro­blème de plus », assure Denise, qui rend visite deux fois par mois à son fils dans cette prison où elle a droit à trois quarts d’heure d’entretien, à chaque fois der­rière une vitre. « Il a le moral et lit beaucoup pour passer le temps », confie-​​t-​​elle.

Le mois dernier, elle a pu s’entretenir quelques minutes avec Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étran­gères, dont les ser­vices ont mul­tiplié « dis­crè­tement » les inter­ven­tions et démarches pour que le jeune homme béné­ficie d’un jugement contra­dic­toire, sans évoquer une libé­ration. Des agents du consulat de France sont pré­sents à chaque audience où Salah est pré­senté au pro­cureur. A bout de res­sources morales, Denise Hamouri-​​Guidoux s’est décidée à écrire au père du caporal Gilad Shalit, un Franco-​​Israélien enlevé par le Hamas en juin 2006 dont les auto­rités fran­çaises réclament la libé­ration sans condi­tions. Elle place désormais tous ses espoirs dans le passage à Paris du pré­sident Shimon Peres, à qui elle « demande un geste ».