Roger Waters ne veut pas être "une autre brique dans le mur" israélien.

PACBI*, mercredi 26 avril 2006

Réitérant son oppo­sition à l’occupation israé­lienne et affirmant son soutien au peuple pales­tinien dans sa "lutte pour la liberté", Roger Waters, rock star de renommée inter­na­tionale, a annoncé qu’il modi­fiait le lieu du concert qu’il devait tenir à Tel-​​Aviv.

Il recon­naissait la nature pro­blé­ma­tique de l’événement alors qu’Israël inten­sifie la répression et sa poli­tique d’apartheid afin de dépos­séder encore plus les Pales­ti­niens, de les enfermer dans des ghettos et fina­lement de les éradiquer de leur terre, par un net­toyage ethnique.

L’ancien membre du groupe Pink Floyd , auteur de la chanson éter­nelle qu’est "Une autre brique dans le mur", a donc annulé la repré­sen­tation à Tel Aviv en réponse à un appel de nom­breux artistes et orga­ni­sa­tions cultu­relles pales­ti­niens et de leurs par­tisans qui crai­gnaient qu’un tel concert, d’un artiste aussi res­pecté et pro­gres­siste que Waters, ne donne une légi­timité au mur colonial d’Israël que la Cour Inter­na­tionale de Justice a déclaré illégal en juillet 2004 à La Haye.

Sou­tenant la lettre des Pales­ti­niens à Waters, un groupe de refuzniks israé­liens (des objec­teurs de conscience qui refusent de servir dans l’armée d’occupation) ont aussi demandé à Waters d’annuler le concert de Tel-​​Aviv ou alors de le dédier expli­ci­tement au combat contre l’occupation mili­taire israélienne.

Waters n’a jamais varié dans sa condam­nation du mur israélien qu’il accuse d’infliger pau­vreté et dévas­tation aux Pales­ti­niens des Ter­ri­toires Occupés.

Dans sa décla­ration de presse annonçant le chan­gement de lieu, Waters écrit : "La souf­france subie par le peuple pales­tinien pendant 40 années d’occupation mili­taire israé­lienne est inima­gi­nable pour nous qui vivons en Occident et je suis soli­daire de leur combat pour leur liberté. J’ai choisi de tenir le concert à Neve Shalom/​Wahat al Salam en geste de soli­darité avec ces voix pales­ti­niennes et israé­liennes de la raison qui cherchent un chemin non-​​violent vers une paix juste."

En annulant le spec­tacle de Tel Aviv Roger Waters a confirmé son enga­gement pour la liberté, l’égalité et la paix basée sur la justice. La boussole morale de Waters a prouvé qu’elle était bien active mais en plus qu’elle mon­trait la bonne direction.

En réaction à cette nou­velle la société civile pales­ti­nienne a cha­leu­reu­sement salué Roger Waters pour son courage et son impor­tante contri­bution au déman­tè­lement de tous les murs d’oppression et d’esclavage, y compris le mur de la honte israélien.


Voici la lettre ouverte envoyée à Waters par les artistes pales­ti­niens avant le chan­gement de lieu.

Ramallah, 18 mars 2006

Cher Mr. Waters,

La com­mu­nauté artis­tique pales­ti­nienne a reçu avec stu­pé­faction la nou­velle que vous allez tenir un concert à Tel Aviv en juin, à un moment où Israël continue sans relâche sa poli­tique colo­niale d’apartheid afin de dépos­séder encore plus les Pales­ti­niens, de les enfermer dans des ghettos et fina­lement de les éradiquer de leur terre, par un net­toyage ethnique.

Nous vous invitons très vivement à annuler ce projet de vous pro­duire en Israël tant qu’Israël ne met pas fin à l’occupation illégale du ter­ri­toire pales­tinien et qu’il ne res­pecte pas les pré­ceptes appro­priés du droit inter­na­tional concernant les droits des Pales­ti­niens à la liberté, l’auto-détermination et l’égalité.

En apprenant cette tournée, des artistes pales­ti­niens et inter­na­tionaux se sont demandés, choqués : comment l’artiste dont le nom dans le monde entier est associé au déman­tè­lement des murs d’injustice peut-​​il être d’une quel­conque manière com­plice de la mons­truosité du Mur israélien, déclaré illégal par la Cour Inter­na­tionale de Justice de La Haye ?

Il n’y a pas si long­temps vous avez prêté l’intégrité de votre nom à ’War on Want’ dans son effort pour recolter des signa­tures de per­son­na­lités contre le Mur israélien. Vous déclariez jus­tement alors : "La pau­vreté infligée par le mur a un effet dévas­tateur sur les Pales­ti­niens. Il empêche les enfants d’accéder à leurs écoles, les malades aux soins médicaux néces­saires et continue à détruire l’économie pales­ti­nienne. Je sou­tiens tota­lement la cam­pagne de ’War on Want’ et j’espère que le plus de gens pos­sible vont signer, pour donner le message fort au gou­ver­nement bri­tan­nique qu’une action immé­diate est essentielle."

Depuis, le même mur s’est consi­dé­ra­blement étendu. Il sépare main­tenant les Pales­ti­niens de leurs moyens de sub­sis­tance, de leurs ser­vices de santé et d’éducation. Le soutien dont il jouit dans la société israé­lienne s’est lui aussi accru -près de 90% des juifs israé­liens sont en faveur du mur malgré ses effets dévas­ta­teurs sur les Pales­ti­niens sous occupation.

De plus, comme vous le savez peut-​​être, la société civile pales­ti­nienne quasi unanime a demandé à la société civile inter­na­tionale de s’engager dans des actions et cam­pagnes de boycott, dés­in­ves­tis­sement et sanc­tions contre Israël tant qu’il ne se plie pas tota­lement au droit inter­na­tional et qu’il ne reconnaît pas les droits humains élémen­taires du peuple de Palestine.

L’Eglise d’Angleterre, l’Eglise pres­by­té­rienne aux Etats-​​unis, un groupe d’éminents archi­tectes bri­tan­niques, parmi d’autres groupes et asso­cia­tions en Occident, ont entendu l’appel de détresse des Pales­ti­niens et veulent appliquer sur Israël une pression effective afin de pro­mouvoir la paix et la justice sur notre mal­heu­reuse terre. Est ce trop attendre alors que des artistes de conscience, de renommée inter­na­tionale, sou­tiennent les valeurs de liberté, d’égalité et de justice pour tous ?

Iro­ni­quement, quand l’an dernier vous avez été invité à vous pro­duire au Fes­tival inter­na­tional Palestine 2005, le thème en était "Une autre BRECHE dans le Mur !" Les paroles d’une chanson que des écoliers ont chantée s’inspiraient de votre chanson éternelle :

We don’t need no occupation

We don’t need no racist wall

No more siege and no more curfews

Soldiers leave us kids alone

Hey ! Soldiers ! Leave us kids alone !

All in all you’re just another brick in the wall

All in all we’ve just made another BREAK in the wall

On ne veut pas d’occupation/ On ne veut pas de mur raciste/​ Plus de sièges, plus de couvre-​​feux/​Soldats, laissez nous en paix, nous les enfants/​Hé, les soldats, laissez nous tranquilles !/Finalement vous n’êtes rien qu’une autre brique dans le mur !/Finalement, nous venons de faire une autre BRECHE dans le mur.

Ces mots expriment tou­jours notre vision col­lective du Mur, de nos oppres­seurs, et vous en êtes l’inspirateur. Veulent-​​ils tou­jours dire la même chose pour vous ?

Nous en appelons à votre sens moral, à votre répu­tation de défenseur des prin­cipes de la dignité humaine et de l’égalité. Et nous espérons très sin­cè­rement que vous serez une autre brique dans le pont vers la liberté et la justice, pas une autre plaque de béton dans le Mur de la Honte d’Israël.