Résumé mensuel de Machsom Watch

Machsom Watch - janvier 2008, jeudi 6 mars 2008

Résumé de Machsom Watch de janvier.
Face à l’escalade à Gaza (au moins 61 morts pales­ti­niens, dont une écra­sante majorité de "civils", femmes et enfants), il est d’autant plus important de mani­fester notre soli­darité et de faire cir­culer l’information.

VOICI MAIN­TENANT SEPT ANS QUE NOUS ASSURONS UNE PRE­SENCE VIGI­LANTE AUX CHECK POINTS

Cela fait quatre ans et demi que nous avons com­mencé à publier nos alertes spé­ciales – résumé mensuel de ce qui se passe dans l’arrière-cour de l’Etat d’Israël.

Nos rap­ports reflètent la poli­tique déli­bérée de punition col­lective qui s’exerce en Cis­jor­danie. Etran­glement bureau­cra­tique et res­tric­tions aux dépla­ce­ments rendent la vie impos­sible aux Pales­ti­niens. Ils mettent sérieu­sement en danger la vie écono­mique au quo­tidien, l’enseignement, les ser­vices de santé, et, d’une façon générale, la vie en société démo­cra­tique. Et pourtant ils ne repré­sentent actuel­lement que le sommet de l’iceberg dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés. L’expression "tissu de la vie" est bien faible pour évoquer à quel point sont bafoués les droits humains, la dignité et la liberté des Palestiniens.

L’Institut Van Leer a récemment tenu un col­loque (le 13 février 2008) sur les check points. Les par­ti­ci­pants – pour la plupart offi­ciers supé­rieurs à la retraite, dont cer­tains avaient pris une part active à la mise en place des check points – constatent tous aujourd’hui que les effets néfastes du système l’emportent lar­gement sur les avan­tages qu’ils sou­hai­taient en tirer.

Ces der­nières semaines nous avons été témoins à maintes reprises de la bru­talité des soldats envers les Pales­ti­niens au check point de Beit Iba. Le soldat com­mence par battre le Pales­tinien, ensuite il l’accuse d’agression :

Un soldat repousse un homme âgé qui cherche à s’approcher de l’enceinte où sont enfermés les détenus, et le renvoie dans la queue. Le com­mandant du check point se sert de son fusil pour battre un Pales­tinien qui est à terre dans l’enceinte. Nous nous avançons et voyons que c’est le com­mandant qui est en train de le frapper et de lui donner des coups de pied. L’intervention du repré­sentant du DCO a fini par mettre fin à cet épisode. L’homme qu’on a forcé à rejoindre la queue est le frère de la victime de ces bru­ta­lités. Les soldats pré­tendent que le Pales­tinien a giflé le soldat au cours de la confron­tation. Les témoins ocu­laires pales­ti­niens n’ont pas vu de gifle. L’officier du DCO fait venir une ambu­lance et deux infir­miers s’occupent du jeune homme pendant une heure environ, avant de l’aider à monter dans l’ambulance. L’infirmier dit que l’homme a subi une opé­ration très récemment et que les coups ont pu abîmer sa cica­trice. Au cours de cette même per­ma­nence, le soldat qui avait repoussé le Pales­tinien se com­porte constamment avec bru­talité et gros­sièreté, ne cesse de hurler, et, à l’occasion, sanc­tionne sans raison d’autres per­sonnes lors du contrôle. (23.1.08)

Violent incident au check point : le com­mandant pul­vérise un pare-​​brise. La voiture se trouvait sur un empla­cement marqué "sta­tion­nement interdit", et le conducteur assure qu’il n’avait pas compris qu’on lui avait signifié de s’arrêter. (12.2.08)

Midi – Un chauffeur de taxi en quête de clients qui s’approchait des per­sonnes se trouvant au check point a été frappé à la tête par les soldats, et a eu la main frac­turée. Envoyé dans l’enceinte des détenus, il est bandé par un infirmier mili­taire. A 17h30 il est tou­jours détenu : accusé d’avoir agressé un soldat, il attend d’être emmené par la police pour inter­ro­ga­toire. Il est sous le coup de 69 heures de garde à vue – le maximum autorisé par la loi. On ne lui a rien donné à manger ni à boire depuis midi. Il a les yeux rouges, souffre mani­fes­tement, et n’a pas été autorisé à uti­liser les toi­lettes. Nous avons appris plus tard qu’il a été détenu au check point jusqu’à minuit. Puis une ambu­lance est arrivée et l’a conduit à l’hôpital Rafidiya de Naplouse, où il a été admis avec une fracture à la main et des maux de tête. Les papiers du blessé sont restés entre les mains des soldats. Quand sa famille est venue les reprendre le len­demain, il leur a été répondu qu’étant donné qu’il était sous le coup d’une incul­pation pour agression envers un soldat, ils ne seraient pas res­titués. A sa sortie d’hôpital il est venu récu­pérer ses papiers au check point, et on lui a dit d’aller les chercher au DCO. En appelant le DCO, il a appris qu’ils s’y trou­vaient pas. Il a essayé de se rendre en per­sonne au DCO, mais étant dépourvu de papiers, il n’a pas pu passer le check point… (13.2.08)

A 14h un jeune homme de Nakura est sorti d’un bus par deux soldats, et, après une vive dis­cussion, ils se mettent à le frapper, l’accusant d’avoir agressé un soldat. Il est contraint à rester debout sous une pluie bat­tante. Trem­blant de froid, il appelle le res­pon­sable d’une orga­ni­sation de défense des droits de l’homme, et lui demande de venir à son secours "avant qu’[il] ne meure sur place". A 20h il n’est tou­jours pas relâché, et ensuite nous n’avons plus de contact. Le len­demain nous apprenons qu’il a été retenu dans l’enceinte jusqu’à 22h. Il affirme qu’une fois l’officier parti, des soldats sont arrivés et l’ont de nouveau battu. (14.2.08)

Dans tous les cas cités ci-​​dessus, les Pales­ti­niens sont accusés d’avoir agressé pré­ci­sément les soldats qui les ont battus. Ce phé­nomène a été constaté régu­liè­rement au check point de Beit Iba. Aucune "infraction" (c’est le terme qu’ils uti­lisent) ne peut jus­tifier un tel degré de vio­lence et de har­cè­lement de la part des soldats.