Rencontre tripartite Rice-​​Fayyad-​​Barak à Jérusalem

NouvelObs, le Temps, el-​​Watan, mardi 17 juin 2008

La secré­taire d’Etat amé­ri­caine, le Premier ministre pales­tinien et le ministre israélien de la Défense doivent notamment dis­cuter d’un allè­gement des res­tric­tions à la cir­cu­lation en Cisjordanie.

La secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice, le Premier ministre pales­tinien Salam Fayyad et le ministre israélien de la Défense Ehud Barak se sont retrouvés à Jéru­salem pour une ren­contre tri­partite lundi 16 juin. Ehud Barak et Condo­leezza Rice, qui achève une visite en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, se sont entre­tenus de leur côté avant de retrouver Salam Fayyad pour la réunion dans un hôtel de Jérusalem.

Au pro­gramme des dis­cus­sions figure notamment l’allègement des res­tric­tions à la cir­cu­lation en Cis­jor­danie. L’armée israé­lienne y main­tient en effet plus de 600 barrages.

Condo­leezza Rice a vu sa visite marquée par les polé­miques sur la pour­suite de la colo­ni­sation israé­lienne dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. Or il s’agit là d’un des blo­cages qui empêchent tout progrès dans les négo­cia­tions de paix, que Washington espère voir aboutir avant la fin 2008.

"Nous sommes en juin, et je pense qu’il va falloir tra­vailler de plus en plus dur", a déclaré Condo­leezza Rice dimanche en se référant à cette échéance. [1]

Et selon Le Temps, à Genève : Condoleezza Rice hausse le ton face à Israël

« Sauver le pro­cessus de paix. » Tel est l’objectif affiché de la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice, qui vient d’entamer une tournée en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. Avant son arrivée, l’émissaire a déclaré que la pour­suite de la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie est « un vrai pro­blème » et qu’elle « risque de porter atteinte » aux négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes en cours. Une réaction excédée - et inha­bi­tuelle - à l’appel d’offres que vient de lancer l’Etat hébreu en vue de la construction de 1300 appar­te­ments à Jérusalem-​​Est (la partie arabe de la ville sainte annexée en 1967).

Pour sa dix-​​septième tournée dans la région, la secré­taire d’Etat amé­ri­caine ren­con­trera le chef du gou­ver­nement israélien, Ehoud Olmert, et les ministres les plus impor­tants. A Ramallah, elle s’entretiendra prin­ci­pa­lement avec le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas. Mais elle par­ti­cipera aussi à une réunion tri­partite réunissant les négo­cia­teurs israé­liens et palestiniens.

Car le temps presse. A huit mois de la fin du mandat de George Bush, le pro­cessus de paix lancé à Anna­polis en novembre dernier n’a produit aucun résultat concret. Certes Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas se ren­contrent régu­liè­rement. Quant à la ministre israé­lienne des Affaires étran­gères, Tzipi Livni, elle a par­ticipé à une cin­quan­taine de réunions de travail avec l’ex-premier ministre pales­tinien Ahmad Qoreï (le diri­geant de l’équipe de négo­ciation pales­ti­nienne). Mais tout cela n’a pas donné grand-​​chose, à part la vague pro­messe d’établir une sorte d’accord-cadre non contrai­gnant pour les parties. Un document qui serait actuel­lement en cours de rédaction et qui se conten­terait en réalité de reprendre les grandes lignes des Accords de paix d’Oslo (sep­tembre 1993).

Chute attendue du gouvernement

A Jéru­salem comme à Ramallah, les com­men­ta­teurs n’accordent plus foi depuis long­temps à la décla­ration de George Bush selon laquelle la paix sera conclue avant la fin de son mandat. Ils y croient d’autant moins que le Hamas, qui fêtait dimanche le premier anni­ver­saire de son putsch dans la bande de Gaza, réitère son oppo­sition à tout accord avec « l’ennemi sioniste ».

Quant au gou­ver­nement israélien, sa vie ne tient plus qu’à un fil. En effet, à l’instar du Parti tra­vailliste, la for­mation ultraor­thodoxe Shass menace de voter mer­credi en faveur d’un projet de loi dis­solvant la Knesset. Ce faisant, ses ministres pro­vo­que­raient la chute immé­diate du gou­ver­nement et par consé­quent l’interruption des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens pour une durée indéterminée. [2]

Pourtant, d’après el-​​Watan, on attend 40 000 nou­veaux loge­ments à Jéru­salem dans les dix ans :

Que peuvent bien se dire Pales­ti­niens et Israé­liens, même dans le cadre d’une réunion tri­partite incluant les Etats-​​unis, alors que les jeux semblent faits, sinon bloqués, par l’un des acteurs, engagé dans des actions uni­la­té­rales et du plus mauvais genre ? Abso­lument rien, même si les Etats-​​unis entre­tiennent encore l’espoir d’un règlement avant la fin de cette année, et surtout osant une cri­tique du pro­cessus de colo­ni­sation israélien.

Il est vrai que ce n’est pas la pre­mière fois qu’Israël va à l’encontre de la volonté de son prin­cipal allié, mais ce qu’il a annoncé hier, est un refus caté­go­rique de tout pro­cessus de paix. En effet, une com­mission israé­lienne de pla­ni­fi­cation urbaine a approuvé le même jour, des plans de construction de 40 000 loge­ments la pro­chaine décennie à El Qods, pour cer­tains, dans des quar­tiers de colo­ni­sation du secteur oriental annexé. Ils ont été approuvé par la com­mission de pla­ni­fi­cation urbaine d’El Qods qui relève du ministère de l’Intérieur, après l’avoir été par la muni­ci­palité. La même com­mission avait autorisé, la semaine der­nière, la construction de 1300 loge­ments sup­plé­men­taires dans le quartier de Ramat Shlomo, qui com­prend déjà quelque 2000 unités d’habitation, dans la partie nord d’El Qods-​​est.

Plus de 200 000 Israé­liens se sont ins­tallés dans une dou­zaine de quar­tiers de colo­ni­sation, construits dans le secteur oriental de la ville sainte depuis 1967, date de l’annexion.

Les Pales­ti­niens, qui veulent en faire la capitale de leur futur Etat, estiment que la colo­ni­sation israé­lienne est le prin­cipal obs­tacle sur la voie de la paix. Quelques heures à peine avant que cette décision ne soit annoncée, la secré­taire d’Etat amé­ri­caine, Condo­leezza Rice exprimait son irri­tation à l’égard du projet de construction des 1300 loge­ments. Mais tenait-​​elle à ras­surer les Pales­ti­niens en déclarant que les acti­vités israé­liennes de colo­ni­sation « n’affecteront pas les négo­cia­tions sur le statut final d’un Etat pales­tinien et ses fron­tières défi­ni­tives » ? « Aucune partie ne devrait prendre de mesure à ce stade, qui pourrait porter pré­judice au résultat des négo­cia­tions. Il doit être clair que les Etats-​​Unis consi­dé­reront que ces acti­vités (de colo­ni­sation) n’auront pas de consé­quences sur le statut final des négo­cia­tions », a averti Mme Rice. « Le pro­blème, c’est que depuis Anna­polis, il y a eu un niveau d’activité (de colo­ni­sation) qui soulève des ques­tions et ils doivent y répondre », a-​​t-​​elle ensuite précisé, au cours d’une table ronde avec quelques journalistes.

Il s’agit des cri­tiques les plus nettes exprimées par l’administration amé­ri­caine face à la pour­suite de la colo­ni­sation israé­lienne depuis la réunion inter­na­tionale d’Annapolis, fin novembre. Mais n’est-ce pas trop peu et même trop tard pour une admi­nis­tration sur le départ, c’ est sur quoi joue jus­tement Israël pour ne sous­crire à aucun enga­gement, ou encore se dérober et mener ses actions uni­la­té­rales ? Mme Rice a averti les Israé­liens que les projets et les nou­velles construc­tions dans les colonies, qui se sont mul­ti­pliés ces der­niers mois, « ne pré­oc­cu­paient pas seulement les Pales­ti­niens et les pays voisins, mais aussi l’Europe ».

Premier à l’avoir signalé, et il sait de quoi il parle, le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas a, de son côté, estimé, lors de la confé­rence de presse, que la colo­ni­sation israé­lienne repré­sentait « le plus important obs­tacle dans le pro­cessus de paix ». offi­ciel­lement, et c’est sur cette légalité que s’appuient les Pales­ti­niens, la com­mu­nauté inter­na­tionale, y compris les Etats-​​Unis, n’ont jamais reconnu l’annexion d’El Qods-​​est. C’est dans un tel contexte que devait se tenir hier, une réunion tri­la­térale avec le Premier ministre pales­tinien Salam Fayyad, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak et Mme Rice, pour dis­cuter plus par­ti­cu­liè­rement des bar­rages poli­ciers israé­liens en Cis­jor­danie. Cer­tains appel­leront cela des signes de détente, ou encore de confiance, et après que dira -t-​​on ? Là est l’essentiel. Les Pales­ti­niens ne cessent-​​ils pas de le répéter. En attendant la pro­chaine explosion ?  [3]