Recrudescence des violences des colons israéliens contre les Palestiniens

IRIN, dimanche 7 septembre 2008

Une recru­des­cence des vio­lences per­pé­trées par les colons contre les Pales­ti­niens a été observée ces der­nières semaines à Hébron et aux alen­tours, d’après les habi­tants de la région et les obser­va­teurs internationaux.

« Ces régions sont des points chauds de la vio­lence et pour nous, ce sont des zones prio­ri­taires », a déclaré Matteo Benatti, qui dirige la délé­gation du Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) dans la ville.

Il faisait allusion à H2, la zone d’Hébron placée sous autorité israé­lienne, et au sud rural de la région, également placé, en majeure partie, sous l’autorité d’Israël, confor­mément aux accords signés dans les années 1990 avec les Palestiniens.

« Jour et nuit, nuit et jour, ça ne change rien, les colons nous mal­traitent tout le temps », a expliqué Jamal, un réfugié pales­tinien d’environ 45 ans.

Au vu du passé violent de la ville et des troubles per­pé­tuels qui y règnent, cette colonie, située au beau milieu d’une zone urbaine pales­ti­nienne, attire sans sur­prise les per­son­na­lités radi­cales, cer­taines venues de France ou des Etats-​​Unis, qui ont immigré en Israël et semblent attirées par les frictions.

Un grand nombre de colons sont armés et manient leurs fusils ouver­tement, en visant les Pales­ti­niens. « Dedans, dedans », mar­monne une mère pales­ti­nienne du quartier de Wadi Hussein, en poussant ses petites filles à l’intérieur de son domicile.

Quelques ins­tants plus tôt, des jeunes armés de la colonie de Kiryat Arba avaient lancé des pierres et des cailloux sur les enfants qui jouaient dehors, juste après la tombée de la nuit. Du haut de la colline, point stra­té­gique, il est plus facile pour les colons de jeter des pierres sur les Pales­ti­niens, en bas, dans la vallée.

Sliman, un jeune père de 32 ans, s’est pré­cipité devant les enfants pour affronter les colons, son torse s’éclairant subi­tement de petites lumières rouges, tandis que les viseurs laser des fusils conver­geaient sur lui. Encore quelques jets de pierre, quelques insultes, et les colons sont repartis.

Dégâts immobiliers

Presque tous les foyers pales­ti­niens visités par IRIN à Wadi Hussein avaient subi des dégâts récents : des réser­voirs d’eau ont notamment été détruits et d’innombrables fenêtres ont été brisées.

« Je n’ai plus d’eau chaude », a expliqué Sliman, un réfugié inscrit sur les registres de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens. « Ils ont jeté des pierres et détruit à deux reprises mon chauffe-​​eau solaire et je n’ai pas les moyens de le faire réparer de nouveau ».

Le fioul domes­tique est très cher, a-​​t-​​il indiqué, et, en raison des res­tric­tions de cir­cu­lation imposées par Israël, il ne peut pas se rendre à Wadi Hussein en voiture ; tout doit donc être porté, et les bou­teilles de gaz sont lourdes.

« Pour mes moutons, j’ai besoin de 400 kilos de fourrage chaque semaine. Chaque sac pèse 50 kilos et je les amène un par un, en les portant sur le dos », a-​​t-​​il expliqué.

De même, les Pales­ti­niens des régions rurales disent avoir des dif­fi­cultés à se rendre sur leurs terres en raison des violences.

Selon les habitants, Israël n’assure pas leur protection.

« Je vis sous l’autorité d’Israël », a expliqué Abou Feras, un Pales­tinien qui vit le long de la route des fidèles, qui mène de Kiryat Arba, la grande colonie située à la péri­phérie d’Hébron, à la petite colonie située au cœur de la ville. « J’attends des Israé­liens qu’ils me pro­tègent, qu’ils pro­tègent ma terre, mes enfants. Ils ont une res­pon­sa­bilité envers moi, en tant qu’occupants », a sou­ligné l’homme, qui a eu peur de s’exprimer sous son vrai nom.

« Si la police [israé­lienne] leur tombe dessus, les colons vont arrêter », a-​​t-​​il expliqué, se faisant l’écho de l’opinion des défen­seurs des droits humains, comme Issa Omer, de B’tselem, une asso­ciation israé­lienne de défense des droits humains.

Recueillir des preuves

Les Pales­ti­niens se plaignent d’être les cibles de jets de pierres de la part des habi­tants de la colonie voisine de Kiryat Arba. B’tselem dirige un pro­gramme baptisé « Shooting Back » (Riposter), dans le cadre duquel l’association a dis­tribué des appa­reils photos aux Pales­ti­niens dans cer­taines régions comme Hébron ou la péri­phérie de Naplouse, où la vio­lence est monnaie courante.

Elle espère ainsi recueillir autant de preuves que pos­sible pour prouver le bien-​​fondé des décla­ra­tions des Pales­ti­niens, et mieux assurer leur sécurité.

Micky Rosenfeld, porte-​​parole de la police, a déclaré à IRIN que les repré­sen­tants des forces de l’ordre fai­saient tout leur pos­sible pour mettre fin à ces vio­lences. Selon lui, les offi­ciers de police ont enquêté sur les décla­ra­tions des deux camps, les colons s’étant également plaints que des indi­vidus avaient jeté des pierres sur leurs voi­tures, sur les routes de la région d’Hébron.

Malgré tout, les efforts de la police n’ont pas permis d’enrayer l’escalade récente des vio­lences qui ont touché les tra­vailleurs huma­ni­taires, les diplo­mates, les enfants, les per­sonnes âgées, les mos­quées et les céré­monies de mariage, selon les habi­tants et les obser­va­teurs internationaux.

« D’abord, cinq colons sont arrivés », a raconté Fadi, qui a été agressé alors qu’il assistait à une céré­monie de mariage, un ven­dredi soir. « Puis, d’autres sont arrivés, armés de fusils. Ils nous ont frappés ».

Si les Pales­ti­niens ont fina­lement réussi à s’unir pour chasser la bande de la céré­monie, ils en ont lit­té­ra­lement payé le prix.

« Dimanche, nous sommes allés voir la police pour nous plaindre. Appa­remment, les colons ont alors, eux aussi, porté plainte contre nous, et la police nous a donné une amende de 2 000 shekels », a-​​t-​​il raconté. Cette somme équivaut à plus de 500 dollars, plus que ce que Fadi gagne en un mois.

À l’heure où les colons conti­nuent à tenter d’occuper une partie tou­jours plus vaste du ter­ri­toire pales­tinien (dans cer­tains cas, par la force, dans d’autres, avec le soutien juri­dique des auto­rités israé­liennes), il est peu pro­bable que ces pro­blèmes se résou­dront, a estimé un habitant.

« Cet endroit est une poudrière qui ne demande qu’à exploser ; vous verrez ».