Quand les dirigeants palestiniens dirigent

Sami Awad, lundi 5 avril 2010

Les Pales­ti­niens veulent des diri­geants qui sont prêts à diriger, en pre­mière ligne, le nouveau mou­vement de résis­tance popu­laire qui s’étend.

Depuis des années les Pales­ti­niens se sont lancés dans des actions non vio­lentes afin de résister à l’occupation mili­taire israé­lienne et sa poli­tique de vio­lences et d’humiliation qui vise à détruire la volonté des Pales­ti­niens de chercher à réa­liser leurs aspi­ra­tions légitimes.

Des vil­lages et des com­mu­nautés pro­testent depuis des années de façon non vio­lente, chaque semaine, voire chaque jour.

Ils pro­testent contre le vol de leurs terres qui sont uti­lisées pour la construction du mur de sépa­ration illégal et pour les colonies illé­gales. De Budrus à Bilin, Ma’sara, ou à Gaza nous avons été témoins d’actions qui non seulement étaient une résis­tance à l’occupation mais qui révé­laient aussi sa bru­talité à la com­mu­nauté inter­na­tionale et même à la société israélienne.

Ce furent toutes des actions fortes et de nom­breux mani­fes­tants furent arrêtés, blessés ou assas­sinés pour la Palestine et la non violence.

Où étaient donc les dirigeants palestiniens élus pendant ces manifestations ?

De temps en temps un diri­geant ou un res­pon­sable pales­tinien venait par­ti­ciper à l’action. Ils arri­vaient, vêtus de cos­tumes coûteux, dans des Mer­cedes à air condi­tionné, accom­pagnés de gardes du corps qui recher­chaient les médias afin qu’ils fassent des inter­views et non parce qu’il y avait le moindre risque pour le res­pon­sable. Après deux ou trois inter­views, quand les mani­fes­tants com­men­çaient à former le cortège, on se retournait et on voyait l’arrière de la Mer­cedes qui s’en allait. Pour quelque étrange raison, des réunions impor­tantes avec les hauts res­pon­sables poli­tiques étaient pro­grammées à l’heure juste où la mani­fes­tation commençait !

Le manque d’implication de la direction, ou un inves­tis­sement sym­bo­lique et limité , ont fait qu’ un fossé s’est creusé entre les gens et les élus. Y avait-​​il un agenda caché ? De quoi ont-​​ils peur ? Est-​​ce qu’ils sont seulement venus pour les caméras ? Ou bien même pour faire obs­tacle à l’action ? Voilà les ques­tions qui étaient tou­jours posées.

Qui a besoin de diri­geants qui ne sont pas prêts à monter au front quand leur peuple souffre ? Les diri­geants sont sup­posés diriger, être en pre­mière ligne, sans cos­tumes et sans gardes du corps, pas des VIP. Ils sont sup­posés aller vers l’inconnu et mettre tout ce qu’ils pos­sèdent en jeu, y compris leur vie, pour défendre ceux qu’ils représentent.

Des diri­geants dirigent et ne sont pas les pre­miers à battre en retraite. Et c’est ce que nous com­mençons à voir.

Des diri­geants pales­ti­niens, enlevant vestes et cra­vates, tiennent à mener les mani­fes­ta­tions non vio­lentes. Ils sont prêts à s’enchaîner à des oli­viers qui vont être déra­cinés, prêts à se tenir par la main avec d’un côté un vieux fermier pales­tinien et de l’autre un militant inter­na­tional de 20 ans aux cheveux bleus. Formant une chaîne en se tenant par les bras, ils exigent de tra­verser un point de contrôle de l’armée, et ils sont prêts à être frappés et arrêtés quand ils défendent une maison qui va être démolie. Les diri­geants qui sont de véri­tables diri­geants, com­plè­tement acquis à la non vio­lence sans qu’il y ait le moindre intérêt poli­tique ou per­sonnel, savent que c’est comme ça que nous réa­li­serons notre rêve, même si c’est au prix de leur vie.

Je ne men­tionne pas de noms dans cet article car tout diri­geant pales­tinien qui le lira saura dans quelle caté­gorie il se trouve. Nous, Pales­ti­niens, demandons à ceux qui ne voient pas le sens véri­table du lea­dership de revoir leur position. En deux mots, nous ne voulons plus que nos diri­geants aient des titres s’ils ne sont pas dis­posés à diriger. Le peuple de Palestine a connu un véri­table lea­dership. Il ne veut plus de diri­geants pleins de belles paroles et de slogans, car ils en ont plein les oreilles. Les Pales­ti­niens veulent des diri­geants qui sont prêts à diriger, en pre­mière ligne, le nouveau mou­vement de résis­tance popu­laire qui s’étend. Dirigez en Pales­ti­niens ou partez, que d’autres s’en chargent.