Quand le lobby pro-​​israélien se déchaîne contre l’ONU

Bruno Guigue, lundi 24 mars 2008

C’est en tant que citoyen et auteur reconnu que Bruno Guigue, par ailleurs haut fonc­tion­naire, a écrit cet article cri­tique de l’Etat israélien au nom même de la décla­ration uni­ver­selle des droits de l’Homme. Son limo­geage immédiat est une sanction poli­tique inac­cep­table et très pré­oc­cu­pante qui confirme les pres­sions exercées par le lobby pro-​​israélien en France pour museler toute cri­tique de la vio­lente poli­tique colo­niale israélienne [1].

Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a géné­reu­sement offert ses colonnes à un texte d’une hys­térie verbale et d’une mau­vaise foi inson­dables. Les accu­sa­tions qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si men­son­gères que même la liste des signa­taires ne tempère qu’à peine notre stu­pé­faction : Pascal Bru­ckner, Alain Fin­kiel­kraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-​​André Taguieff, Fré­déric Encel .. On peut faci­lement com­pléter la liste tant l’omniprésence des intel­lec­tuels orga­niques du lobby pro-​​israélien nous est devenue familière.

Le titre sans nuances de cette prose hai­neuse est déjà tout un pro­gramme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les pre­mières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-​​t-​​elle simul­ta­nément le soixan­tième anni­ver­saire de la décla­ration uni­ver­selle des droits de l’homme par l’ONU et la des­truction de ses prin­cipes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est cari­ca­turée ». Inévi­ta­blement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation inter­na­tionale serait-​​elle brus­quement devenue suicidaire ?

Mais par bonheur la suite nous éclaire aus­sitôt sur les pré­oc­cu­pa­tions pro­fondes de nos signa­taires : « A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la confé­rence mon­diale contre le racisme, à l’initiative des Nations-​​Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du rela­ti­visme culturel qu’on fit silence sur les dis­cri­mi­na­tions et vio­lences com­mises contre les femmes ».

Quel rapport entre la géo­po­li­tique du Moyen-​​Orient, mani­fes­tement en cause dans les appels à com­battre les Etats-​​Unis et Israël, et l’oppression des femmes que vien­drait cau­tionner le « rela­ti­visme culturel » ? Pro­ba­blement aucun. Mais amal­gamer les deux sujets pré­sente l’intérêt polé­mique de sug­gérer une per­ni­cieuse concur­rence entre les vic­times : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souf­france des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhé­to­rique lob­byiste est cou­tu­mière : elle permet de détourner le lecteur occi­dental de la cri­tique de la poli­tique amé­ri­caine ou israé­lienne en fixant son attention sur un pro­blème interne des sociétés moyen-​​orientales.

Ce rap­pro­chement polé­mique entre les deux sujets, pourtant, est par­ti­cu­liè­rement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obli­ga­toire et les femmes inter­dites de conduite auto­mobile, est l’alliée his­to­rique des Etats-​​Unis dans la région. Le régime obs­cu­ran­tiste des talibans, lui, a vu le jour sous les aus­pices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol amé­ricain aux com­bat­tants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baa­sistes, plus proches de la norme occi­dentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pul­vérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la caté­gorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les par­tisans de la poli­tique amé­ri­caine au Moyen-​​Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.

S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel res­sen­timent de la part des porte-​​parole du néo­con­ser­va­tisme à la fran­çaise. Car les réso­lu­tions du conseil des droits de l’homme, comme hier les décla­ra­tions de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israé­lienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH béné­fi­cient de l’égalité de vote. La sen­si­bilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majo­ri­taire qui n’a aucune raison de cau­tionner l’occupation mili­taire des ter­ri­toires arabes. Que les thu­ri­fé­raires d’Israël, cependant, se ras­surent : ces réso­lu­tions demeurent sym­bo­liques à défaut d’être exé­cu­toires. Mais ce n’est pas suf­fisant. Il leur faut aussi en stig­ma­tiser le principe par un usage grossier de la calomnie.

C’est à quoi s’emploient rageu­sement les signa­taires. « Par sa méca­nique interne, les coa­li­tions et les alliances qui s’y consti­tuent, les dis­cours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négo­cient et la ter­mi­no­logie uti­lisée anéan­tissent la liberté d’expression, légi­timent l’oppression des femmes et stig­ma­tisent les démo­craties occi­den­tales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéo­lo­gique à l’encontre de ses prin­cipes fon­da­teurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, réso­lution après réso­lution, une rhé­to­rique poli­tique est forgée pour légi­timer les pas­sages à l’acte et les vio­lences de demain ».

Symptôme d’une psy­chose para­noïaque ou monument de la démo­no­logie occi­dentale : on hésite sur le diag­nostic. La seule cer­titude, c’est que ce réqui­si­toire contre des for­faits inexis­tants témoigne d’une inven­tivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU vou­drait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos inter­ro­ga­tions demeurent sans réponse. Nos polé­mistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-​​même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des réso­lu­tions du CDH ne vient étayer cette accu­sation, et les détrac­teurs de l’ONU condamnent ses idées sup­posées avec une vio­lence inver­sement pro­por­tion­nelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visi­blement, ils pré­fèrent parler à sa place en pro­cédant direc­tement au com­men­taire de ce qu’elle est censée avoir dit.

En guise de cita­tions, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rap­porteur spécial sur le racisme, la dis­cri­mi­nation raciale et la xéno­phobie auprès de l’ONU. L’intellectuel séné­galais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une cri­tique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture escla­va­giste et colo­nia­liste, et que la loi fran­çaise contre le port des signes reli­gieux à l’école par­ticipe du racisme anti­mu­sulman ». Seul pro­blème : ces cita­tions sont introu­vables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objec­tions, encore faut-​​il qu’il ait été formulé. Une polé­mique gros­sière sur des cita­tions qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.

Au demeurant, les seules cita­tions que les idéo­logues publiés par « Le Monde » auraient dû pro­duire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-​​même. Mais ils se gar­dèrent bien de le faire. Livrant leur inter­pré­tation ten­dan­cieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gra­vement en prenant leur fan­tasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-​​ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute cri­tique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question reli­gieuse. Il suffit de consulter les compte-​​rendus offi­ciels des six ses­sions réunies depuis sa création en juin 2006.

Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une réso­lution « sur la lutte contre la dif­fa­mation des reli­gions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon res­pon­sable et peut donc être soumis à de res­tric­tions, pres­crites par la loi et néces­saires pour le respect des droits ou de la répu­tation d’autrui, la pro­tection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des reli­gions et des convic­tions ». Sur le plan des prin­cipes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occi­dentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de cer­taines limites juri­diques. En France, la recon­nais­sance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à dif­famer son voisin, toute forme d’injure mani­festant une dis­cri­mi­nation raciale ou reli­gieuse est punie par la loi, et cer­taines dis­po­si­tions légis­la­tives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité offi­cielle sur des faits historiques.

Natu­rel­lement, la teneur de cette réso­lution du CDH n’est pas indif­fé­rente au contexte poli­tique lié à la « guerre contre le ter­ro­risme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare pré­occupé par les images sté­réo­typées néga­tives des reli­gions et par les mani­fes­ta­tions d’intolérance et de dis­cri­mi­nation en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre pro­fon­dément pré­occupé par les ten­ta­tives visant à associer l’islam avec le ter­ro­risme, la vio­lence et les vio­la­tions des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la cam­pagne de dif­fa­mation des reli­gions, et la dési­gnation des mino­rités musul­manes selon des carac­té­ris­tiques eth­niques et reli­gieuses depuis les événe­ments tra­giques du 11 sep­tembre 2001 ».

L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occi­dentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, tou­tefois, le danger mortel pour la civi­li­sation uni­ver­selle que dénoncent les signa­taires de notre pam­phlet antio­nusien. Au nom de l’Union euro­péenne, la repré­sen­tante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la dis­cri­mi­nation fondée sur la religion ne concerne pas uni­quement l’islam, mais également le judaïsme, le chris­tia­nisme et des reli­gions et croyances venues d’Asie, ainsi que des per­sonnes sans religion. Elle a également sou­ligné qu’il est pro­blé­ma­tique de séparer la dis­cri­mi­nation fondée sur la religion des autres formes de dis­cri­mi­nation. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de dif­fa­mation contre-​​productive, pré­co­nisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».

Que ce débat témoigne d’une dif­fé­rence de sen­si­bilité sur les ques­tions reli­gieuses entre pays membres de l’organisation de la confé­rence isla­mique (OCI) et pays occi­dentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécu­la­ri­sation relative des sociétés concernées et la réfé­rence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs reli­gieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intré­pides signa­taires qui, faute d’avoir lu les textes aux­quels ils font vaguement allusion, en déna­turent volon­tai­rement la signi­fi­cation. Refusant de dis­cuter ration­nel­lement les argu­ments de l’autre, on préfère le stig­ma­tiser en ima­ginant une dra­ma­turgie gros­sière mettant en scène des per­son­nages réels. Ce théâtre de marion­nettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.

C’est ainsi que nos signa­taires s’en prennent vio­lemment à Mme Louise Arbour, haut-​​commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a par­ticipé à une confé­rence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité cultu­relle, dénoncent-​​ils. Portant le voile, comme la loi de la répu­blique isla­mique l’exige, la haut-​​commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de prin­cipes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs reli­gieuses consi­dérée comme raciste. Bien pire, dès le len­demain de cette visite, vingt et un Ira­niens, dont plu­sieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa pré­sence que le pré­sident Ahma­di­nejad a renouvelé son appel à la des­truction d’Israël ».

Encore une fois, l’art de l’amalgame intel­lectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indi­gnation du lecteur en anes­thé­siant au passage son jugement cri­tique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-​​elle pu, en Israël, orga­niser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes reli­gieux ont des exi­gences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans cer­tains pays, est consi­dérée comme une forme de racisme. Faut-​​il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruel­lement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-​​Unis, où un pré­sident texan a été élu sur sa répu­tation d’exécuteur intrai­table des cri­minels sup­posés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

Les dia­tribes ira­niennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affron­tement géo­po­li­tique dont l’un des prin­cipaux para­mètres est l’attitude d’Israël lui-​​même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils pales­ti­niens avec davantage de dis­cer­nement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occu­pation mili­taire, amputés d’une partie de leur ter­ri­toire, ou régu­liè­rement bom­bardés par son aviation, ces der­niers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à ins­truire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polé­mistes incri­minent « son silence et sa pas­sivité », qu’elle aurait jus­tifiés par « le respect de la loi ira­nienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».

« Char­bonnier est maître chez soi, commentent-​​ils. C’est le docteur Goebbels qui uti­lisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se sous­traire à toute cri­tique d’une ins­ti­tution inter­na­tionale impuis­sante ». On croit rêver. Car, ana­logie pour ana­logie, frap­pante est la res­sem­blance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit inter­na­tional depuis 1967. Comme son lointain pré­dé­cesseur, Israël, lui aussi, se « sous­trait à toute cri­tique d’une ins­ti­tution inter­na­tionale impuis­sante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

« Les grands crimes poli­tiques ont tou­jours eu besoin de mots pour se légi­timer. La parole annonce le passage à l’acte », phi­lo­sophent nos signa­taires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-​​ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Pales­ti­niens avant de lancer à Gaza la san­glante opé­ration qui fit 110 vic­times pales­ti­niennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou reli­gieux, l’Etat hébreu, mani­fes­tement, a franchi un cap séman­tique avant de déchaîner sa puis­sance mili­taire : il est passé « de la parole à l’acte ».

Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéo­logies tota­li­taires avaient rem­placé les reli­gions. Leurs crimes, les pro­messes non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en poli­tique. Le 11 sep­tembre 2001, quelques jours après la fin de la confé­rence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime ter­ro­riste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 sep­tembre 2001 et les réso­lu­tions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.

« Retour de Dieu en poli­tique », disent-​​ils. Nos intel­lec­tuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confes­sionnel par excel­lence ? « Si la reven­di­cation d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de recon­naître le droit des juifs ». Bibli­quement établie, la légi­timité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de pro­priété. Pour les sio­nistes reli­gieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-​​même. Prendre pos­session de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun com­promis n’est pos­sible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine mar­telait le statut théo­lo­gique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que per­sonne, ni individu, ni pouvoir ins­titué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-​​religieux, le général Effi Eitam expli­quait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entre­tenir un dia­logue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réel­lement juif aura pour fon­dement le ter­ri­toire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par consé­quent, à ce que le lobby pro-​​israélien exècre l’ONU : son appé­tence pour le droit inter­na­tional est inver­sement pro­por­tion­nelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infi­niment plus favo­rable au Grand Israël que l’autre. Per­cuter les réso­lu­tions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intel­lectuel et du prodige poli­tique : Israël l’a fait. Pour nos signa­taires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime ter­ro­riste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de ter­ro­risme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un pal­marès hors com­pé­tition. Les odieux attentats du 11 sep­tembre 2001 ont fait dix fois moins de vic­times que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admi­ra­teurs occi­dentaux doivent cer­tai­nement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des mis­siles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israé­liennes, où grâce à la loi reli­gieuse, on s’interrompt de tor­turer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intel­lec­tuels orga­niques lui décernent à lon­gueur de colonnes. Et quelle outre­cui­dance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires inté­rieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accu­sa­tions publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles sus­citent sur cer­tains blogs des com­men­taires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qua­lifié de « défenseur de la secte du pédo­phile fou et des ado­ra­teurs du caillou ». On y lit que « depuis les inva­sions musul­manes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civi­li­sation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un inter­naute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille isla­miste et tiers-​​mondiste ». Qu’attend-on pour sup­primer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Isla­mo­phobie déclarée, haine du monde arabe, stu­pé­fiante arro­gance occi­dentale, tout y est. Opé­ration réussie, mes­dames et mes­sieurs les intel­lec­tuels organiques.

[1] Intro : C. Léostic, Afps