« Quand la politique entre dans un prétoire, la justice en sort »

AFPS, samedi 13 février 2010

Com­mu­niqué de l’AFPS suite au verdict inique contre Sakina Arnaud, mili­tante de la LDH et soli­daire du peuple pales­tinien, à Bordeaux

La sen­tence que vient d’infliger le tri­bunal de Bor­deaux en condamnant Sakina Arnaud est exem­plaire, sans contredit pos­sible, du fait que sa décision est une décision uni­quement politique.

On se rap­pelle qu’à l’origine de l’affaire, la société « Car­refour » avait déposé plainte pour « dégra­dation légère » du fait de l’apposition par Sakina Arnaud d’autocollants dans le magasin « Car­refour » de Mérignac.

Ces auto­col­lants appe­laient au boycott des pro­duits israé­liens tant qu’Israël ne se confor­merait pas au droit inter­na­tional. Or sur ordre du garde des Sceaux, autrement dit sur ordre du gou­ver­nement, la plainte ori­gi­nelle (« dégra­dation légère ») a été requa­lifiée en « inci­tation à la dis­cri­mi­nation raciale, nationale ou reli­gieuse ». Rien de moins !

On notera tout d’abord l’incroyable ren­ver­sement des termes de la res­pon­sa­bilité auquel s’est livré le Parquet aux ordres du gou­ver­nement. En effet, qui donc « dis­crimine » toute une popu­lation occupée, mais aussi toute une partie – arabe – de la popu­lation israé­lienne ? Ce n’est pas à une « inci­tation » que se livrent les auto­rités israé­liennes : il s’agit de faits quo­ti­diens qu’elles infligent aux Pales­ti­niens et qui durent depuis décennies, ceci en toute impunité. Avec ce retour­nement des termes, l’agresseur devient l’agressé et la victime devient coupable.

Ensuite quelle est donc exac­tement cette « race » dis­cri­minée, cette « religion » dis­cri­minée ? Israël est un Etat pluriel qui com­porte des Juifs, des Arabes qui sont musulmans ou chré­tiens, des agnos­tiques et des athées. Les Israé­liens ne consti­tuent pas non plus une « race » pour la raison fon­da­mentale que les races n’existent pas. Il est d’ailleurs plus qu’étonnant – et abso­lument contraire à toute conception civi­lisée – que le légis­lateur ait retenu ce terme de « race » dans une loi tandis qu’est raciste celui qui considère pré­ci­sément que les races existent !

Que viennent donc faire ces éléments troubles et étrangers au débat ? Ne man­quait plus que l’accusation men­songère et nau­séa­bonde du Premier ministre selon lequel cette cam­pagne viserait les pro­duits « casher ». François Fillon ne peut citer – et pour cause – aucune preuve de ce ciblage ima­gi­naire : il s’est donc livré à une dif­fa­mation pure et simple.

En vérité nous sommes face à un « clas­sique » détes­table qui consiste en ceci : cri­tiquer la poli­tique israé­lienne ce serait être « anti­sémite ». La vérité c’est que « cri­mi­na­liser » l’action pour la paix est aux anti­podes du service à rendre au droit qui doit en être la base. Pire : loin d’en éloigner le spectre cette attitude nourrit ce qu’elle prétend combattre.

La décision du tri­bunal de Bor­deaux est inique mais aussi dan­ge­reuse. Il est donc néces­saire que l’appel décidé par Sakina Arnaud abou­tisse à dire le droit et la vérité et non pas une cer­taine volonté poli­tique du pouvoir en place.

Dans cette situation, en disant notre soli­darité à Sakina Arnaud, nous sommes plus décidés que jamais à unir les forces les plus larges pour que, constatant la défaillance cou­pable des Etats dont c’est pourtant le devoir, il soit mis un terme à l’impunité dont béné­fi­cient les poli­tiques israé­liennes d’occupation et de refus de la paix sur la seule base qui vaille : le droit international.

Cette décision de justice nous conforte dans l’idée que les forces hos­tiles à la paix sont capables de tout. Nous en tirons les consé­quences : loin de nous faire reculer, ces manoeuvres nous incitent à faire de la cam­pagne « Boycott-​​Désinvestissement-​​Sanction » (BDS) une cam­pagne dyna­mique et ras­sem­bleuse visant au tout premier chef les pro­duits issus des colonies israé­liennes, qui sont pré­sents abon­damment sur le ter­ri­toire européen et français de manière frau­du­leuse et illégale.

A nous, donc, à notre tour de retourner le recours à la justice pour la mettre au service de ce noble et salu­taire combat : en visant toutes les sociétés et tous les magasins qui vendent, sous la fausse appel­lation « made in Israël », des pro­duits issus des colonies ins­tallées en Cis­jor­danie – toutes abso­lument illé­gales au regard du droit inter­na­tional – et ceci, qui plus est, au mépris du contenu de l’Accord d’association Union européenne-​​Israël comme du droit com­mercial européen et français dument ratifiés.