Quand Michèle Alliot-​​Marie joue les girouettes

Dominique Vidal., dimanche 21 février 2010

Sur le racisme et l’antisémitisme, Michèle Alliot-​​Marie, comme d’ailleurs le chef du gou­ver­nement, pro­fèrent des men­songes aussi gros­siers que dif­fa­ma­toires, qui méri­te­raient sans doute d’être poursuivis.

Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Michèle Alliot-​​Marie est aussi ministre d’Etat. C’est dire qu’elle occupe une place éminente dans le second gou­ver­nement de François Fillon. Elle manque pourtant sin­gu­liè­rement de cohérence.

Le 18 février dernier, par­ti­cipant au dîner de l’antenne bor­de­laise du Conseil de repré­sen­tatif des ins­ti­tu­tions juives, elle déclare, dans le cadre de « son » combat contre l’antisémitisme : « Je n’accepte pas que des per­sonnes, res­pon­sables asso­ciatifs, poli­tiques ou simples citoyens, appellent au boycott de pro­duits au motif qu’ils sont kasher ou qu’ils pro­viennent d’Israël. Je sou­haite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une cir­cu­laire aux par­quets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de pro­vo­cation à la dis­cri­mi­nation. J’entends que tous les auteurs d’actes soient pour­suivis dès qu’ils auront été iden­tifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet  [1]. »

Pourtant, le 25 mai 2009, inter­rogée sur boycott par le député UMP Eric Raoult, elle répondait depuis le banc des ministres, à l’Assemblée nationale : « Mon­sieur le député, il est vrai que, depuis le début du conflit israélo-​​palestinien au mois de décembre 2008, plu­sieurs asso­cia­tions de défense de la cause pales­ti­nienne sont inter­venues dans des grandes sur­faces en appelant au boycott des pro­duits en pro­ve­nance d’Israël ou de pays sup­posés apporter une aide à ce pays (…). Ces opé­ra­tions, il faut bien le pré­ciser, touchent des pro­duits importés d’Israël et non des pro­duits casher. Ils sont signalés par des étiquettes qui leur sont apposées, quand il s’agit de fruits ou de légumes, ou par des tracts dis­tribués aux clients. Les forces de l’ordre, chaque fois qu’elles sont appelées, inter­viennent, notamment pour éviter des vio­lences ou des heurts. Il est évident que, si des plaintes pré­cises étaient déposées ou si des infrac­tions pénales étaient consti­tuées, des pour­suites auraient lieu. Mais, à ce jour, je dois vous pré­ciser qu’aucune plainte n’a été déposée, ni par des grandes sur­faces, ni par des asso­cia­tions  [2]. »

En neuf mois, MAM a donc accouché d’une nou­velle théorie, fon­dement d’une cam­pagne répressive. Pourquoi ? Aucune des asso­cia­tions engagées dans la cam­pagne Boycott-​​Désinvestissement-​​Sanction ne « cible » les pro­duits ou bou­tiques ou res­tau­rants casher. Aujourd’hui comme hier, rien ne nous est plus étranger que le racisme et l’antisémitisme. Disons-​​le fran­chement : sur ces deux points, Michèle Alliot-​​Marie, comme d’ailleurs le chef du gou­ver­nement, pro­fèrent des men­songes aussi gros­siers que dif­fa­ma­toires, qui méri­te­raient sans doute d’être poursuivis.

Le secret du revi­rement de notre girouette nationale, Daniel Shek, l’ambassadeur d’Israël en France, l’a révélé récemment : « Nous encou­ra­geons des orga­ni­sa­tions à porter plainte contre les orga­ni­sa­teurs du boycott. Nous conduisons des acti­vités poli­tiques à l’ambassade en liaison directe avec des ministres, des orga­ni­sa­tions, des étudiants et des consom­ma­teurs, qui se réveillent  [3] ». Non seulement cette ingé­rence ouverte dans les affaires inté­rieures de notre pays n’a fait l’objet d’aucune pro­tes­tation des auto­rités fran­çaises, mais aucun démenti ne lui a été apporté. Quels sont donc ces ministres avec les­quels le repré­sentant d’Israël se targue de com­ploter ? Qui fait donc partie de ce que le général de Gaulle appelait féro­cement « le parti de l’étranger » ?

Que nos diri­geants le sachent en tout cas : la répression que le pouvoir entend déployer contre les mili­tants de la soli­darité avec le peuple pales­tinien ne par­viendra ni à les dis­cré­diter, ni à les inti­mider. Au contraire, ils ampli­fieront une cam­pagne BDS large et ras­sem­bleuse en veillant à ne pas tomber dans les pièges qui leur sont tendus. Alliot-​​Marie veut punir, avec une loi datant de 1881, celles et ceux qui exigent l’application du droit inter­na­tional bafoué quo­ti­dien­nement au Proche-​​Orient. Nous voulons, nous, que cesse l’impunité dont béné­fi­cient les diri­geants israé­liens. C’est à tort qu’elle pense vaincre avec la force répressive de l’Etat : nous retour­nerons l’arsenal juri­dique à nos fins, car nous avons pour nous le droit et la justice.