Quand Israël entrera dans l’OTAN

Galal Nassar, lundi 8 février 2010

Si Israël réussit à rejoindre l’OTAN, sa bel­li­gé­rance régionale sera appuyée par la force col­lective de l’Alliance tout entière. Avant que cela ne se pro­duise, les Arabes réagiront-​​ils ? interroge Galal Nassar.

Israël est devenu ainsi le premier pays non européen et le premier pays du Moyen-​​Orient à coopérer avec l’OTAN à un niveau aussi crucial.

Israël tient à être membre de l’OTAN. Il ne prend plus de grands airs avec les alliances mili­taires. Il ne veut plus rester à l’écart des orga­ni­sa­tions mili­taires de l’Occident. Il veut en être.

Une majorité d’Israéliens estime que leur adhésion à l’OTAN ren­for­cerait à la fois la sécurité d’Israël et la puis­sance stra­té­gique de l’OTAN. Bizar­rement, il n’y a eu aucune réaction arabe au souhait d’Israël de rejoindre l’OTAN, aucune ten­tative arabe de bloquer l’initiative, et aucun pré­pa­ratif pour faire face à ses conséquences.

Israël et OTAN ont grandi en se rap­pro­chant tout au long de ces dix der­nières années environ. En 2000, l’OTAN élar­gissait son dia­logue médi­ter­ranéen en négo­ciant avec sept pays du Moyen-​​Orient et d’Afrique du Nord ; à savoir, Egypte, Israël, Algérie, Jor­danie, Maroc, Tunisie et Mau­ri­tanie. En 2004, les pour­parlers OTAN/​Méditerranée se dérou­lèrent sous la dési­gnation de Par­te­naires pour la Paix. Six nou­veaux pays étaient inclus dans ce nouveau dia­logue : Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Emirats arabes unis. Israël, en par­ti­culier, était pressé de mettre à profit toutes les pos­si­bi­lités que Par­te­naires pour la Paix pouvait offrir.

Le 24 février 2005, Jaap de Hoop Scheffer, secré­taire général de l’OTAN, se rendit en Israël. Dans le mois qui suivit, l’OTAN et Israël effec­tuèrent leurs pre­mières manœuvres conjointes dans la mer Rouge. En quelques semaines, une flot­tille de six navires de l’OTAN se montra au port israélien d’Eilat. Israël (et la Jor­danie) par­ticipa, également pour la pre­mière fois, à des manœuvres mili­taires conjointes qui se dérou­lèrent dans le cadre du pro­gramme de Par­te­naires pour la Paix, en Macé­doine, dans l’ex-Yougoslavie, en février 2005.

D’après le magazine mili­taire bri­tan­nique, Jane’s, la « position géo­gra­phique » d’Israël four­nissait à l’OTAN une base exté­rieure pour défendre l’Occident, pendant que la puis­sance mili­taire et écono­mique de l’OTAN avait la capacité d’accroître la sécurité et le potentiel écono­mique du « pays d’accueil ».

En juin 2005, Israël par­ticipa à des manœuvres sous-​​marines au large des côtes de Tarente, en Italie. A l’époque, des sources U.S. indi­quèrent qu’Israël cher­chait à élargir le « champ de son alliance stra­té­gique » avec l’OTAN, dans la pers­pective d’une totale adhésion à l’OTAN. Les forces ter­restres israé­liennes par­ti­ci­pèrent également à des manœuvres de l’OTAN sur deux semaines et demie, en Ukraine. En 2006, Israël déclara à l’OTAN qu’il voulait par­ti­ciper « acti­vement aux efforts opé­ra­tionnels » menés par l’OTAN en Médi­ter­ranée, et donc, à la cam­pagne pour « affronter le terrorisme ».

Peu après, Israël accueillit et pris part à trois exer­cices mili­taires avec l’OTAN et assista à une confé­rence des com­man­dants des forces aériennes de l’OTAN. The Wall Street Journal parla de liens ren­forcés entre l’OTAN et Israël. Il citait Uzi Arad, fon­dateur du Forum atlan­tique d’Israël, qui affirmait qu’Israël tirerait profit d’une adhésion à l’OTAN. The Washington Post, lui, argua que de nom­breux pays en Europe sou­te­naient l’adhésion d’Israël mais atten­daient que Washington propose une telle initiative.

La position de Washington sur la question apparut clai­rement en mars 2006, quand James Jones, alors com­mandant en chef de l’OTAN en Europe, déclara que le déploiement d’avions AWACS (Système aéro­porté d’alerte et de contrôle - ndt) de l’OTAN en Israël « était un signal clair à l’Iran ». En mai 2006, huit unités de la marine de l’OTAN arri­vèrent à Haïfa pour démontrer « la coopé­ration crois­sante » entre Israël et l’OTAN.

Fin juin 2006, la com­mission des Affaires étran­gères de la Chambre des Repré­sen­tants adopta à l’unanimité une décision appelant à res­serrer les liens Israël/​OTAN. Dès lors, Israël et OTAN accep­taient un projet à long terme pour coopérer sur 27 sites à travers le monde. Israël devint ainsi le premier pays non européen et le premier pays du Moyen-​​Orient à coopérer avec l’OTAN à un niveau aussi crucial.

Deux mois après la fin de la guerre de 2006 au Liban, un sémi­naire sur les rela­tions OTAN/​Israël se tint à Herzliya. Assistait à ce sémi­naire, la ministre des Affaires étran­gères d’alors, Tzipi Livni, qui déclara qu’Israël aurait préféré que l’OTAN « fasse le travail qu’Israël a fait au Liban ». Et d’ajouter qu’Israël espérait par­ti­ciper aux ini­tia­tives locales et régio­nales de l’OTAN. Le secré­taire général adjoint de l’OTAN, Ales­sandro Risso, répondit en pré­cisant que la pré­sence d’un officier de liaison israélien au quartier général de l’OTAN à Naples, était un signe de la « coopé­ration capitale » entre l’OTAN et Israël.

A la fin de l’année 2006, Israël obtint un « accord de par­te­nariat » avec l’OTAN qui avait plus de poids qu’aucun accord conclu par l’OTAN avec un pays non européen à ce jour. Pourtant, beaucoup en Israël et en Occident, conti­nuèrent d’appeler à une appar­te­nance totale israé­lienne à l’OTAN. Un ana­lyste poli­tique russe, Eduard Sorokin, prévint que Washington uti­lisait la pos­si­bilité d’une adhésion d’Israël à l’OTAN comme moyen pour obliger les pays arabes à rester vigi­lants. Selon la Charte de l’OTAN, toute agression contre un membre de l’OTAN est consi­dérée comme une agression contre tous ses membres. Ainsi, tout futur conflit entre Israël et ses voisins pourrait déclancher un conflit régional plus large et, poten­tiel­lement, une guerre mon­diale, concluait Sorokin.

The Jeru­salem Post indiqua que des liens plus étroits entre Israël et l’OTAN étaient essen­tiels dans le cas d’une « future confron­tation avec l’Iran » (1er avril 2008). En réalité, Neta­nyahu voulait qu’Israël rejoigne l’OTAN avant même d’entrer en fonction pour son deuxième mandat de Premier ministre. Il a, depuis, fait de l’adhésion d’Israël à l’OTAN une pièce cen­trale de sa politique.

Le 13 janvier 2009, The Jeru­salem Post signala qu’Israël lançait une « ini­tiative diplo­ma­tique » visant à influencer l’ancienne secré­taire d’Etat US, Made­leine Albright, dans son réexamen de la poli­tique de l’OTAN. En janvier 2009, des offi­ciels israé­liens ren­con­trèrent Albright à Oslo pour dis­cuter de la nou­velle stra­tégie de l’OTAN. Durant cette réunion, les Israé­liens expri­mèrent le désir de res­serrer leurs liens avec l’OTAN et deman­dèrent de par­ti­ciper aux réunions de l’OTAN au plus haut niveau.

A Washington, cer­tains décla­rèrent qu’une fois qu’Israël sera accepté comme membre à part entière de l’OTAN qui aurait alors à com­mander les mis­sions sécu­ri­taires en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza. Cette façon de voir n’est pas si tirée par les cheveux, compte tenu du fait que le Pré­sident Mahmoud Abbas a déclaré une fois que ce ne serait pas une mau­vaise idée si les Amé­ri­cains négo­ciaient avec Israël au nom des Palestiniens.

James Jones, conseiller à la Sécurité nationale des Etats-​​Unis, qui fut com­mandant de l’OTAN en Europe de 2003 à 2005, déclara qu’il était occupé à l’élaboration d’un projet visant au contrôle des Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés au nom d’Israël. Dans l’esprit de ce projet, cela implique un maintien de l’ordre réel sur les zones palestiniennes.

Avant que ne soit lancée l’opération Plomb durci à Gaza, l’OTAN échan­geait déjà des ren­sei­gne­ments avec Israël, se par­ta­geant ses com­pé­tences en matière de sécurité, et orga­nisant des exer­cices mili­taires. Israël et l’OTAN coopé­rèrent également dans les pro­grammes de non-​​prolifération. L’ancien chef de l’OTAN, Sheffer, s’est rendu en Israël en plein milieu de l’offensive d’Israël contre Gaza. Et des offi­ciels de l’OTAN, à l’époque, furent d’avis qu’une coopé­ration avec Israël était essen­tielle pour leur organisation.

Nous savons tout ce que nous devons savoir sur la coopé­ration OTAN/​Israël. Ce que nous ignorons, c’est ce que les diri­geants arabes ont l’intention de faire à ce propos. [1]

[1] Du même auteur :

- Turquie/​​Israël : les posi­tions où l’auteur évalue les évolu­tions récentes du rôle régional de la Turquie.

Al-​​​​Ahram/​​Weekly Online - publi­cation n° 984 du 4 au 10 février 2010 - tra­duction : JPP