Puisse ce Tribunal prévenir ce crime de silence¹

TRP, samedi 2 janvier 2010

… furent les mots pro­noncés par Lord Ber­trand Russell pour définir l’esprit et l’objectif du Tri­bunal inter­na­tional des crimes de guerre mis en place en 1966 pour enquêter sur les crimes qui se com­met­taient au Vietnam et les juger au regard du Droit international.

Né de la volonté de Lord Russell, prix Nobel de lit­té­rature en 1950, et d’un groupe d’intellectuels éminents tels que Jean-​​Paul Sartre, qui en assurera la pré­si­dence, Lelio Basso, Guenther Anders, James Baldwin, Simone de Beauvoir, Lazaro Car­denas, Stokely Car­mi­chael, Isaac Deut­scher, Gisèle Halimi, Laurent Schwartz…, ce tri­bunal prendra le nom de Tri­bunal Russell.

Le Tri­bunal Russell n’a aucun caractère légal mais agit comme un tri­bunal popu­laire des consciences face aux injus­tices et aux vio­la­tions du Droit inter­na­tional qui ne sont pas prises en compte par les juri­dic­tions légales inter­na­tio­nales ou qui, quand elles le sont, conti­nuent de se per­pétrer en toute impunité du fait du manque de volonté poli­tique de la com­mu­nauté internationale.

Aujourd’hui et tou­jours dans le même esprit, la Fon­dation pour la Paix Ber­trand Russell par­raine la mise en place d’un Tri­bunal Russell pour exa­miner les vio­la­tions du Droit inter­na­tional dont est victime le peuple pales­tinien, qui le privent d’un Etat souverain.

Ce tri­bunal a pour nom Tri­bunal Russell sur la Palestine. Il réaf­firmera la pri­mauté du Droit inter­na­tional comme base du règlement du confl it israélo-​​palestinien. Il se chargera d’identifi er les man­que­ments à l’application de ce droit et d’en condamner tous les auteurs devant l’opinion publique internationale.

Il exa­minera ainsi les diverses res­pon­sa­bi­lités qui mènent à la per­sis­tance de l’occupation des Ter­ri­toires pales­ti­niens par Israël et la non-​​application des dif­fé­rentes réso­lu­tions des Nations Unies depuis la réso­lution 181 du 29 novembre 1947 du plan de partage de la Palestine en passant par la réso­lution ES-​​10/​15 du 20 juillet 2004 qui reconnaît l’avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice (CIJ) du 9 juillet 2004 sur la construction d’un mur par Israël en Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et qui demande à tous les Etats membres de l’ONU de s’acquitter de leurs obli­ga­tions juri­diques telles qu’elles sont énoncées dans l’avis. Il s’agira donc d’examiner les res­pon­sa­bi­lités tant d’Israël que d’autres Etats, en par­ti­culier les Etats-​​Unis, les Etats de l’Union euro­péenne et les Etats Arabes, et des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales impli­quées (Nations Unies, Union euro­péenne, Ligue arabe…)

Ce Tri­bunal entend également par sa démarche par­ti­ciper à la mobi­li­sation et à l’implication de la société civile de l’ensemble des Etats concernés sur la question de la Palestine.

Le Tri­bunal Russell sur la Palestine est constitué de per­son­na­lités de toutes ori­gines, y compris d’Israël qui sera l’un des Etats soumis à l’examen. La légi­timité du Tri­bunal Russell sur la Palestine ne vient d’aucun gou­ver­nement ou parti poli­tique mais du prestige, de la car­rière et de l’engagement à l’égard des droits fon­da­mentaux des membres qui le composent.

¹ Dis­cours de Lord Ber­trand Russell à l’occasion de la pre­mière ren­contre des membres du Tri­bunal inter­na­tional contre les crimes de guerre, Londres, l3 novembre 1966, dans Auto­bio­graphy (Allen & Unwin, 1969) vol. III, pp 215.