« Promenade Ben Gourion », Une initiative inacceptable et provocatrice !

Jean-​​Claude Lefort, jeudi 18 mars 2010

Le 13 avril pro­chain une « Pro­menade Ben Gourion » sera inau­gurée à Paris en pré­sence du chef de l’Etat israélien, Shimon Pérès. Cette décision est lourde de sens.

Si per­sonne ne peut récuser le fait que David Ben Gourion est le fon­dateur de l’Etat d’Israël pro­clamé en 1948 —c’est à ce titre que la décision a été prise-​​ il est tout aussi indis­cu­table que Yasser Arafat restera dans l’histoire comme celui de l’Etat pales­tinien qui n’existe tou­jours pas. Or la pro­po­sition a été faite, quand le Conseil de Paris a pris cette décision en juillet 2008, qu’un autre lieu de la capitale porte le nom de Yasser Arafat. Cela a été refusé. Pourtant cette double démarche aurait signifié que le Maire de Paris et son Conseil, sym­bo­li­quement mais clai­rement, enten­daient marquer leur atta­chement au droit inter­na­tional et qu’ils consi­dé­raient que l’issue du conflit réside dans l’existence de deux Etats.

Il n’en a rien été. Et le fait que, après Theodor Hertzel et Yitzhak Rabin, ce soit le tour de David Ben Gourion d’être honoré par la Ville de Paris, lui qui en pro­clamant Israël se lança aus­sitôt dans une guerre de conquête et d’expulsion d’un peuple hors de sa terre – la Nakba –, marque, au contraire, un soutien uni­la­téral et insensé de Paris à la poli­tique israé­lienne qui a depuis l’origine refusé vio­lemment le droit. De sorte qu’avec avec ce choix, on va honorer non pas celui qui pro­clama Israël mais bien autre chose : le déni constant des droits des Pales­ti­niens qui perdure 62 ans après la création d’Israël. C’est pourquoi nous consi­dérons que cette décision d’inaugurer une « pro­menade Ben Gourion » est inac­cep­table. Elle pro­voque une grande et légitime colère.

D’autant plus que cette inau­gu­ration sur­vient en 2010, c’est-à-dire après Gaza, après le rapport Gold­stone dont refusent d’entendre parler Israël et son pré­sident. Elle inter­vient à un moment où les diri­geants extré­mistes de cet Etat pour­suivent en l’accentuant une impi­toyable poli­tique d’annexion et de colo­ni­sation des Ter­ri­toires pales­ti­niens et se refusent caté­go­ri­quement à la paix fondée sur le droit.

Elle constitue aussi un violent camouflet à un moment où l’ONU, l’Union euro­péenne et même aujourd’hui la « Maison blanche » dénoncent l’attitude du gou­ver­nement israélien tandis que Shimon Pérès ne la récuse pas alors qu’il le pourrait.

On ne sera donc pas surpris que le 13 avril pro­chain de nom­breuses voix s’élèvent, et nous en serons, pour marquer leur indi­gnation contre cette inau­gu­ration qui apparaît comme par­ti­cu­liè­rement pro­vo­ca­trice et pour mani­fester, à l’inverse, leur exi­gence de paix dans la justice, ce qui passe par la fin de l’impunité dont béné­ficie Israël alors que cette ini­tiative résonnera au contraire comme un encou­ra­gement à continuer dans ce sens. On ne peut laisser faire sans réagir. Dans ce sens nous tra­vaillerons à une riposte large et rassembleuse.

Jean-​​Claude Lefort

Président de l’AFPS

Paris, le 13 mars 2010