Proche-​​Orient : attention danger de catastrophe mondiale !

Jean-​​Claude Lefort, lundi 23 février 2009

Suite au nouveau rapport que vient de publier l’Agence inter­na­tionale à l’énergie ato­mique (AIEA) sur l’Iran et la Syrie, on apprend qu’Israël vient d’appeler la com­mu­nauté inter­na­tionale à « accentuer la pression sur l’Iran » et « à mener plus d’enquêtes en Syrie afin de s’assurer que ce pays ne par­viendra pas à devenir une puis­sance nucléaire. » [1]

Israël possède la bombe ato­mique et n’est pas pour autant signa­taire du Traité de non-​​prolifération nucléaire (TNP). Ce pays n’est soumis à aucun contrôle que cet Etat réclame pour les autres tandis que son premier ministre, qui vient d’être nommé, récuse vio­lemment l’existence d’un Etat pales­tinien tout en faisant de l’Iran l’ennemi principal.

Israël s’autorise une fois de plus à donner la leçon au monde entier au nom, sans aucun doute, de ce qu’il estime être un « droit naturel et his­to­rique » qui lui a été octroyé par une main céleste.

Le vrai danger dans tout cela c’est que, arguant une nou­velle fois et comme tou­jours, de sa « légitime défense » ce pays se pro­jette plus clai­rement encore dans l’effroyable pers­pective concrète, qui déjà été évoquée et envi­sagée, de frappes contre l’Iran.

Il s’ensuivrait une guerre de dimension mon­diale dont il est peu de dire qu’elle serait dévas­ta­trice et qu’elle plon­gerait le monde dans un chaos total, un déluge.

Cette situation doit faire sérieu­sement réfléchir les peuples, car des diri­geants déjà, tel Nicolas Sarkozy, envi­sagent froi­dement des frappes contre l’Iran.

Cette situation présente une double caractéristique.

En premier lieu, il faut bien se demander, pour en tirer enfin toutes les conclu­sions pra­tiques néces­saires, d’où vient cette façon qui est celle d’Israël de dicter aux autres, avec cer­titude de soi, ce qu’il convient de faire tandis que ce pays viole de manière sys­té­ma­tique toutes les réso­lu­tions de l’ONU et utilise la force en toutes cir­cons­tances, refusant le dia­logue et la négociation ?

La réponse à cette question ne fait pas de doute. A consi­dérer que ce pays n’est pas un pays comme les autres, en ce sens où il dis­po­serait de droits supé­rieurs mais pas de devoirs, il a tou­jours et en toute cir­cons­tance été considéré – et c’est unique dans le monde – comme devant avoir une sorte de statut d’impunité totale. C’est le pire des ser­vices qu’on peut rendre au peuple israélien.

Abonder dans ce sens, ne pas vouloir admettre et lui faire admettre que dans le monde chaque pays dispose de droits et de devoirs iden­tiques vis-​​à-​​vis des autres, c’est l’encourager dans sa fuite en avant constante et sui­ci­daire qui lui fait tou­jours « pré­férer » le droit de la force à la force du droit, c’est l’enfermer dans un univers impos­sible d’impunité, c’est le pousser vers des extrêmes encore et tou­jours plus. C’est l’enserrer dans une sorte de mur sans autre horizon que la guerre et l’insécurité.

Il faut que cela cesse, spé­cia­lement aujourd’hui où un premier ministre israélien vient d’être nommé qui est soutenu par des extré­mistes absolus dont même le parti israélien de centre-​​droit Kadima considère qu’il n’est pas fré­quen­table du fait de son refus absolu de rechercher la paix avec ses voisins, en par­ti­culier avec le « voisin » palestinien.

Est-​​il pos­sible qu’on banalise ce fait à la fois criant et redou­table, cette pré­sence d’extrémistes à la tête et au sein du nouveau gou­ver­nement israélien, qui se refusent à toute exis­tence d’un Etat palestinien ?

Peut-​​on se taire, au nom du fait que ce serait une affaire inté­rieure israé­lienne ? Mais est-​​ce que l’Occident s’est gêné pour boy­cotter le Hamas à qui il est reproché expres­sément un refus symé­trique ? Et dans le cas israélien actuel, il fau­drait se taire et ne rien exiger ?

On rap­pellera que l’Etat d’Israël, en tant que membre de Nations unies, est stric­tement soumis au respect des obli­ga­tions découlant de la Charte au risque d’être exclu de l’organisation ?

C’est trop sérieux et trop grave pour la paix pour qu’on accepte en bana­lisant ce qui se passe en Israël sans rien dire ni exiger à l’occasion de la for­mation du gou­ver­nement Netanyahu.

Il faut rompre avec cette poli­tique de soutien incon­di­tionnel apporté à Israël qui ali­mente tous les extré­mistes et toutes les aven­tures guerrières.

Et s’agissant de la question de la pos­session d’armes nucléaires, le risque prin­cipal dans cette région c’est qu’il y ait pro­li­fé­ration. Israël, pour ne retenir que les argu­ments avancés de son côté, ne sera jamais autant protégé dans son exis­tence que par l’instauration dans toute la région d’une zone dénu­cléa­risée et exemptes d’armes de des­truction massive qui ont été clai­rement été uti­lisées à Gaza de manière terrible.

Ce n’est pas pays par pays qu’il faut s’attaquer au pro­blème du nucléaire au Proche-​​Orient, lourd pour la sécurité et la sta­bilité du monde, tout en « oubliant » un pays dans ce pro­cessus. Ce sont tous les pays qui ont intérêt à cette poli­tique de dénu­cléa­ri­sation et d’abandon des armes de des­truction massives.

Les craintes actuelles des uns et des autres quant à leur insé­curité s’alimentent de l’absence d’une telle pers­pective clai­rement affirmée : elle n’est même pas envi­sagée contrai­rement aux réso­lu­tions de l’ONU et à une vision poli­tique digne de ce nom.

Tout cela veut dire deux choses et conduit à une proposition.

1. Il faut ouvrir impé­ra­ti­vement une pers­pective concrète de paix au Proche-​​Orient qui soit réelle et qui débouche rapi­dement sur un accord global et non pas une reprise « relookée » des ini­tia­tives mort-​​nées telles la « Feuille de route » et autre « Anna­polis ». Cela suppose d’être intran­si­geant et de renoncer par voie de consé­quence à toute idée d’impunité, spé­cia­lement concernant le nouveau gou­ver­nement israélien.

2. Il faut ouvrir une pers­pective de sécurité et de paix pour tous les pays et tous les peuples de la région afin de la débar­rasser à jamais du spectre du nucléaire et de l’utilisation d’armes de des­truction massive par et contre quelque pays que ce soit.

A cette fin, il est urgent qu’une « Confé­rence inter­na­tionale » se réunisse sans plus attendre avec ces deux points à son ordre du jour abou­tissant enfin à des déci­sions rapides et contrai­gnantes conformes au droit inter­na­tional pertinent.

Alors que tout s’assombrit encore plus, si c’est pos­sible, au Proche-​​Orient, voilà qui est de nature à apporter un espoir non pas imma­tériel mais concret.

Comme ce sont les peuples qui font tou­jours les « frais » de l’injustice et des guerres, comptons sur eux pour imposer le bon sens et les droits de chacun. Ce sont les grands absents de ce qui se passe depuis 60 ans au Proche-​​Orient. Il est temps et urgent, et les mobi­li­sa­tions mon­diales réa­lisées autour de Gaza le prouvent, d’aller dans ce sens aujourd’hui en prenant toutes les ini­tia­tives utiles en ce sens.

Ce n’est pas à un homme qu’il faut confier le destin du monde, par exemple au nouveau pré­sident amé­ricain Barak Obama. Ce n’est pas non plus en exo­nérant l’Union euro­péenne de ses devoirs qu’on y par­viendra. Tous ceux-​​là ne bou­geront pas posi­ti­vement de leur seule « bonne volonté ». L’heure est déci­dément à la « diplo­matie populaire ».

[1] selon un site français de soutien à la poli­tique israé­lienne : Nucléaire iranien : se référant au rapport de l’AIEA publié jeudi dernier, le ministre de la Défense Ehoud Barak a sou­ligné dimanche (22 février 2009) la nécessité d’ « accentuer la pression inter­na­tionale sur Téhéran, sans exclure la moindre option possible .

et le Quai d’Orsay appelle a faire la lumière sur le pro­gramme nucléaire syrien. « Il faut abso­lument que la lumière soit faite sur les acti­vités nucléaires passées et pré­sentes en Syrie » a déclaré Eric Che­vallier, porte-​​​​parole du Quai d’Orsay, pré­cisant que le rapport de l’Agence inter­na­tionale de l’énergie atomique (AIEA) « sou­ligne plu­sieurs zones d’ombre dans les acti­vités nucléaires syriennes, notamment à partir des ana­lyses d’échantillons pré­levés » sur le site d’Al-Kibar. (Guysen.International.News)