Proche-​​Orient ; Qui a peur de la paix ?

Afps, dimanche 10 mai 2009

Oui ou non les puis­sances occi­den­tales, et avec elles Israël, veulent-​​elles la paix ? C’est la seule question aujourd’hui.

Khaled Mechaal, le chef du Hamas en exil à Damas, vient de redire une nou­velle fois la position de son mou­vement : il est pour un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967 avec Jérusalem-​​Est comme capitale et l’application du « droit au retour ». Dans le même temps il refuse de recon­naître l’Etat Israël. Il admet aussi que cer­tains points de la Charte du Hamas sont obsolètes.

Si on veut que la question du conflit israélo-​​palestinien, qui occupe une place nodale dans les rela­tions inter­na­tio­nales actuelles avec tout ce qu’il peut y avoir de dangers pour la paix mon­diale aujourd’hui, se résolve sur la base du droit inter­na­tional, alors ces décla­ra­tions réitérées du Hamas doivent être dûment prises en compte.

Elles doivent surtout être suivies d’effet concret concernant deux dimen­sions essen­tielles : le retrait du Hamas de la liste des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes et l’engagement résolu de pour­parlers avec ce mouvement.

On peut ergoter à l’infini sur les mots car cette der­nière décla­ration implique une recon­nais­sance de facto de l’Etat d’Israël. C’est d’ailleurs aujourd’hui du côté du gou­ver­nement israélien actuel que, ni de facto ni de manière for­melle, on n’ accepte l’idée d’un Etat pales­tinien. Il est donc un premier point : la balle diplo­ma­tique est aujourd’hui prin­ci­pa­lement dans le camp israélien.

Pourtant, et la der­nière visite à Paris et dans d’autres capi­tales euro­péennes de Avigdor Lie­berman, le ministre israélien des Affaires étran­gères, en témoigne : on ne lui pose aucune condi­tion­nalité, on s’émeut peu, encore moins on ne pro­teste, contre ses propos de cam­pagne élec­torale marqués encore et tou­jours d’abjections vis-​​à-​​vis des Arabes, des Pales­ti­niens en par­ti­culier. Dans ce cas, on fait de la « diplo­matie »…. Du côté du Hamas il en va tout autrement, et c’est peu dire.

Et puis remontons dans le temps. Quand en 1993 ont été dis­cutés et signés les Accords d’Oslo, avec une grande média­ti­sation de la ren­contre Arafat-​​Rabin sur les pelouses de la « Maison Blanche » en pré­sence de Bill Clinton, qui se sou­vient qu’alors l’OLP avait dans son pro­gramme pas moins que le refus de l’existence d’Israël [1]. Ce n’est que plus tard que cet « objectif » a été retiré de la Charte de ce mou­vement pourtant déclaré « repré­sentant légitime du peuple palestinien ».

Toute la question, et elle est majeure, est donc d’une autre nature. Elle est direc­tement poli­tique. Oui ou non les puis­sances occi­den­tales, et avec elles Israël, veulent-​​elles la paix ? C’est la seule question aujourd’hui. La seule.

Nous qui militons de longue date pour la paix, nous sommes fondés à poser solen­nel­lement ces ques­tions et nous devons être plus déter­minés que jamais, par nos propres actes et nos ini­tia­tives, à sou­tenir et à mani­fester cette double exi­gence concernant le Hamas. Et en même temps, nous ne pouvons admettre que les « condi­tion­na­lités » ne concernent jamais le gou­ver­nement d’Israël. Nous ne pouvons admettre i l’impunité totale et inac­cep­table dont béné­ficie cet Etat avec toutes les consé­quences néga­tives qui en résultent.

Alors que s’est mis en place un « gou­ver­nement de guerre » en Israël, comme le notait jus­tement Bernard Ravenel, Pré­sident de l’AFPS, lors du ras­sem­blement de pro­tes­tation contre la réception à Paris du sinistre Lie­berman, le clivage va s’accentuer sur ce point : pour la paix ou pour la guerre.

Nous sommes pour la paix et nous tirerons toutes les consé­quences pra­tiques des temps actuels. Et nous posons et poserons la question à tous, car elle se pose à tous, car ce sont les actes qui disent le vrai : Qui a peur de la paix ?

[1] voir la charte, article 17 : Le partage de la Palestine en 1947 et la création d’Israël sont des déci­sions illé­gales et arti­fi­cielles quel que soit le temps écoulé, parce qu’elles ont été contraires à la volonté du peuple de Palestine et à son droit naturel sur sa patrie. Elles ont été prises en vio­lation des prin­cipes fon­da­mentaux contenus dans la charte des Nations unies parmi les­quels figure au premier rang le droit à l’autodétermination.

http://​www​.france​-palestine​.org/art…