Proche-​​Orient : Le processus de paix au point mort

T. Hocine, mercredi 21 mai 2008

Il est faux de parler de blocage des négo­ciation car, les Pales­ti­niens le disent constamment, il n’y en a jamais eu en réalité. Le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, poursuit son par­cours du combattant.

Celui qui l’avait amené à Oslo en 1992 dans le cadre des négo­cia­tions secrètes avec Israël, avant la conclusion du fameux accord de principe en sep­tembre 1993. « Ce n’est pas encore la paix », disait-​​il à l’époque à El Watan et le temps lui a donné raison, puisqu’Israël n’a jamais res­pecté ses enga­ge­ments et tous ceux qui pré­tendent servir de médiateur n’ont jamais fait preuve d’impartialité et usé de leur influence, parce qu’en fin de compte, les Pales­ti­niens ne deman­daient rien d’autre que l’application des réso­lu­tions de l’ONU.

Ce monde se rétracte et après quinze année de trac­ta­tions, Mahmoud Abbas estime que les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes ne « pro­gressent pas » faute d’une « véri­table pression amé­ri­caine sur Israël ». C’est l’aveu qu’il vient de faire à son vieux com­pagnon, Neyef Hawatmeh, le secré­taire général du Front démo­cra­tique de libé­ration de la Palestine (FDLP). « Les négo­cia­tions n’avancent ni sur la question d’El Qods ni sur celle des réfugiés, des fron­tières ou des colonies et aucun progrès en matière de paix ou de sécurité n’a été enre­gistré », a déclaré, lundi soir, Mahmoud Abbas, lors d’une ren­contre à Amman avec M. Hawatmeh. « Aucun progrès ne peut se faire sans une véri­table pression amé­ri­caine sur le gou­ver­nement israélien, afin de par­venir à une solution avant la fin de cette année », a ajouté M. Abbas. M. Hawatmeh a, pour sa part, appelé à un « arrêt des négo­cia­tions jusqu’à ce que cessent la colo­ni­sation et les hostilités ».

Le pré­sident amé­ricain, George W. Bush, avait déclaré, samedi dernier, à l’issue d’entretiens avec M. Abbas à Charm el-​​Cheikh (Egypte), vouloir aider à « définir » un Etat pales­tinien. Cet enga­gement fait suite au dis­cours du pré­sident amé­ricain devant le Par­lement israélien, lors duquel il n’avait évoqué l’existence d’un Etat pales­tinien qu’à un horizon très lointain, pro­vo­quant la « colère » des Palestiniens.

Situation également inchangée sur le terrain, puisque trois Pales­ti­niens, dont un garçon de 13 ans, ont été tués hier dans des attaques israé­liennes à Beit Lahya dans le nord de la bande de Ghaza.

Et puis, il y a ce rapport de l’Ong Médecins israé­liens pour les droits de l’homme qui a révélé que la popu­lation pales­ti­nienne a une espé­rance de vie infé­rieure à celle des Israé­liens, en raison des dif­fi­cultés d’accès aux soins et à l’insuffisance des struc­tures d’accueil des malades. Selon le rapport, il existe un écart moyen de cinq années entre l’espérance de vie des Israé­liens et celle des popu­la­tions pales­ti­niennes. Au-​​delà de l’accès à la santé, d’autres pro­blèmes se posent et ont des réper­cus­sions directes sur la santé des popu­la­tions, notamment le manque d’infrastructures, rap­porte en outre l’Ong qui signale que 70% des loca­lités arabes ne sont pas équipées de sys­tèmes adé­quats d’évacuation des eaux usées et bon nombre d’entre elles n’ont pas de système efficace de trai­tement des déchets solides. Le rapport indique, en outre, qu’il existe d’importantes dis­pa­rités écono­miques entre les popu­la­tions juive et arabe. Cette der­nière est la plus vul­né­rable, puisque la plus atteinte par le chômage. Les revenus des per­sonnes actives, déjà infé­rieurs à la moyenne nationale, conti­nuent de chuter, alors que le taux de pau­vreté est en hausse, ajoute-​​t-​​on dans le rapport.

Ce qui ne fait en réalité que confirmer la situation imposée aux Pales­ti­niens, privés de tout, mais surtout poussés au désespoir par ceux qui usent du verbe pour tromper l’opinion inter­na­tionale, par ceux qui inversent les rôles et, par consé­quent, les données du conflit.