Proche-​​Orient : Cruelle désillusion

T. Hocine, mercredi 19 novembre 2008

Le pré­sident Mahmoud Abbas refuse de pra­tiquer la poli­tique de la chaise vide, ce qui explique sa ren­contre, lundi, avec le Premier ministre israélien démis­sion­naire… Le Hamas a cri­tiqué la ren­contre entre MM. Abbas et Olmert, la qua­li­fiant de "farce" des­tinée à cau­tionner "les mas­sacres commis par l’ennemi"

Il est impos­sible d’accuser le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne de naïveté ou de com­plai­sance dans les rap­ports avec l’occupant israélien. Tout sim­plement, le pré­sident Mahmoud Abbas refuse de pra­tiquer la poli­tique de la chaise vide, ce qui explique sa ren­contre, lundi, avec le Premier ministre israélien démis­sion­naire, un homme au verbe facile, comme du reste ses prédécesseurs.

Et cette aisance a une expli­cation que Mahmoud Abbas prend en consi­dé­ration, c’est cette com­plicité dont béné­ficie Israël, et à l’inverse cette fausse sym­pathie à l’endroit des Pales­ti­niens, sinon une franche hos­tilité, comme en témoignent leur indi­gnation tou­jours aussi sélective, et cette pro­pension à déna­turer les données de la question pales­ti­nienne. Ce qui explique le constance des posi­tions pales­ti­niennes en ce qui concerne des ques­tions sen­sibles. Lors de l’entretien, M. Abbas a « insisté sur la trêve et la nécessité de la pré­server ainsi que sur la nécessité d’assurer les besoins huma­ni­taires et ali­men­taires de la bande de Ghaza ». Parlant à la presse après un entretien avec le ministre bri­tan­nique des Affaires étran­gères, David Miliband, à Ramallah, M. Abbas a affirmé avoir discuté avec son hôte « de la trêve à Ghaza et de la nécessité de la pré­server, car elle allège les souf­frances du peuple pales­tinien ». Il a aussi appelé les groupes armés pales­ti­niens à cesser les tirs de roquettes depuis Ghaza sur le ter­ri­toire israélien. « Il faut mettre fin à toutes les actions sus­cep­tibles de casser la trêve. En d’autres mots, il faut cesser les tirs de roquettes futiles qui n’aident en rien la cause pales­ti­nienne », a-​​t-​​il dit.

Abbas n’exerce aucun contrôle dans la bande de Ghaza depuis que son parti, le Fatah, en a été vio­lemment délogé en juin 2007 par le Hamas. L’UNRWA, l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés pales­ti­niens qui vient en temps normal en aide à quelque 750 000 per­sonnes à Gaza, a cessé la dis­tri­bution de vivres, ven­dredi, faute de provisions.

Le Hamas a cri­tiqué la ren­contre entre MM. Abbas et Olmert, la qua­li­fiant de « farce » des­tinée à cau­tionner « les mas­sacres commis par l’ennemi ».

Sur ce même cha­pitre, la pré­si­dence pales­ti­nienne a condamné la décision du ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, de construire des dizaines de bâti­ments dans les colonies israé­liennes en Cis­jor­danie. « La décision d’Ehud Barak tue effi­ca­cement le pro­cessus paci­fique », a martelé Nabil Abu Rou­daina, porte-​​parole auprès du pré­sident Mahmoud Abbas. Le ministre israélien de la Défense a approuvé des dizaines de projets de colo­ni­sation dans des colonies de Cis­jor­danie occupée, en contra­diction avec les enga­ge­ments inter­na­tionaux d’Israël.

Tout est donc pré­texte à la pour­suite de l’occupation israé­lienne, comme cette décla­ration de guerre lancée par Ehud Olmert qui déclare que la trêve avec le Hamas dans la bande de Ghaza, qui était en vigueur depuis le 19 juin, a « volé en éclats » à la suite des récentes vio­lences. M. Olmert a également demandé aux chefs mili­taires israé­liens d’étudier des plans pour mettre « fin au régime du Hamas » dans la bande de Ghaza. Un dis­cours qui n’est pas nouveau puisque la guerre, les Pales­ti­niens la connaissent, et sous toutes ses formes, y compris qui celle qui oppose de plus en plus souvent mal­heu­reu­sement, les Pales­ti­niens entre eux.

Les points de passage entre la bande de Ghaza et Israël sont ainsi restés fermés même après la ren­contre Mahmoud Abbas-​​Ehud Olmert, et malgré également des appels inter­na­tionaux à leur réou­verture, ont indiqué des res­pon­sables israé­liens. Ces points de passage sont fermés depuis le 5 novembre. Suite à la fer­meture des points de passage, l’ONU a dû inter­rompre ses dis­tri­bu­tions d’aide ali­men­taire après le ren­for­cement du blocus. Le secré­taire général de l’ONU Ban Ki-​​moon a appelé Israël à rétablir d’urgence l’approvisionnement de Ghaza en vivres et carburant.

Remar­quons là aussi le contenu de cet appel : pas la moindre réfé­rence au fond de ce conflit. Il est encore une fois traité sous l’angle huma­ni­taire. Une autre injustice.