Proche Orient : Bush et le règlement de paix de dernière heure

Abdallah Al-​​Achaal, vendredi 19 septembre 2008

Abou-​​Mazen, Olmert et Bush savent très bien que le cadre du règlement final ne répondra qu’à une partie des droits et des ambi­tions du peuple palestinien.

Les pour­parlers entre Abou-​​Mazen et Olmert ont com­mencé le premier sep­tembre à Jérusalem-​​Est, et doivent se pro­longer encore pendant deux semaines. Il s’agit de par­venir au cadre d’un règlement final de la cause pales­ti­nienne. Il est clair que l’Administration Bush est à l’origine de cette hâte.

En effet, Bush veut prouver à l’électeur amé­ricain qu’il a réussi à réa­liser ce que les autres admi­nis­tra­tions n’ont pas pu accomplir. L’Administration Bush veut montrer qu’elle a réussi à placer la cause pales­ti­nienne sur la voie d’un règlement final de sorte que les négo­cia­tions à venir portent seulement sur les détails après la déter­mi­nation du cadre de la réso­lution. Ce sera là une grande réa­li­sation, surtout si les Etats-​​Unis par­viennent aussi à appliquer la convention de sécurité à long terme en Iraq qui détermine un calen­drier pour le retrait des forces américaines.

Les Etats-​​Unis auraient ainsi réussi à trans­former leur échec dans les deux plus grands dos­siers du Moyen-​​Orient en vic­toires. Celles-​​ci pro­fi­teront aux Répu­bli­cains dans les pro­chaines élec­tions de novembre 2008.

De plus, selon l’Administration amé­ri­caine, ces deux vic­toires jus­ti­fie­raient, chez les Arabes, le soutien de l’Administration amé­ri­caine de tout éventuel mou­vement israélien contre l’Iran afin de régler mili­tai­rement son dossier nucléaire.

Il semble aussi que ce cadre du règlement final est important pour Olmert et Abou-​​Mazen, alors qu’ils sont tous les deux sur le point de quitter le pouvoir. Le premier à cause d’un scandale financier et l’échec de l’attaque de 2006 contre le Liban et le second en raison de son long conflit avec le Hamas et des éven­tua­lités de son abandon de la vie poli­tique au cours des pro­chaines élec­tions présidentielles.

Abou-​​Mazen, Olmert et Bush savent très bien que le cadre du règlement final ne répondra qu’à une partie des droits et des ambi­tions du peuple pales­tinien. Il se fondera sur le projet israélien publié dans la presse durant la troi­sième semaine d’août 2008 et qui sert le projet sio­niste. Il reflète l’équilibre de force entre Israël et l’Autorité.

Cependant, ce cadre ne peut être accepté ni par le Hamas ni par le peuple palestinien.

Le monde arabe se devra de sou­tenir les négo­cia­tions ainsi que le cadre proposé afin que toutes les parties res­pectent par la suite les petits détails.

Un tel règlement cède Jéru­salem à Israël, renonce aux fron­tières de 1967, en reconnaît de nou­velles tem­po­raires pour Israël et permet la pour­suite de la colo­ni­sation et la construction du mur de sépa­ration. Il abolit également le droit de retour du peuple pales­tinien. Ce qui pro­vo­quera un grand choc entre le Hamas et le Fatah. Car les plus impor­tantes clauses de ce règlement, c’est le soutien qu’apportera Israël à Abou-​​Mazen pour imposer son contrôle sur Gaza, chasser le Hamas et imposer ce dit règlement au peuple palestinien.

La plus grande erreur de l’Autorité pales­ti­nienne est de négocier avec Israël sans aucune carte. Ce règlement sera l’illustration d’un moment de désespoir dans l’évolution de la cause pales­ti­nienne. Il vaut mieux que les res­pon­sables de l’Autorité pales­ti­nienne laissent l’affaire aux pro­chaines géné­ra­tions et aux pro­chaines évolutions.

En effet, la nou­velle Admi­nis­tration amé­ri­caine n’apportera jamais le même soutien à Israël. Ce qui pousse Israël à faire d’une pierre deux coups. D’abord, gagner quelque chose dans le cadre de l’évolution du projet sio­niste. Ensuite, exploiter au maximum le soutien de l’Administration Bush et sa volonté de réa­liser un tel règlement pour son intérêt et pour l’intérêt d’Israël. Les trois parties jouent en quelque sorte les prolongations.