Pourquoi il y a un regain de violence en Cisjordanie

Malgré une récente accalmie, Hébron en Cisjordanie, a de nouveau été le théâtre d’attaque au couteau.

Nissim Behar, Libération, mardi 20 septembre 2016

Des soldats israéliens évacuent un Palestinien blessé pendant qu'il tentait d'attaquer un officier israélien au couteau près du Tombeau des patriarches, à Hébron, le 19 septembre. Photo Hazem Bader. AFP

La tension remonte en flèche en Cisjordanie occupée et dans la partie arabe de Jérusalem à l’approche du premier anniversaire de l’« intifada des couteaux ». Après trois mois de calme, huit attaques à l’arme blanche visant des colons et des soldats de l’Etat hébreu ont été enregistrées depuis vendredi. Au moins cinq Israéliens ont été blessés, cinq attaquants palestiniens (dont un âgé de quinze ans) et un Jordanien ont été tués.

Plusieurs Palestiniens accusés d’avoir eu l’intention d’attaquer des soldats israéliens ont également été arrêtés en divers points de Cisjordanie dont un adolescent âgé de 12 ans qui transportait un cocktail Molotov et deux couteaux à proximité de Jéricho.

En quelques heures, des centaines de policiers et de gardes-frontières ont été déployées dans les ruelles sinueuses de la vieille ville de Jérusalem. L’armée israélienne a également envoyé un bataillon supplémentaire autour de Hébron, la ville palestinienne de Cisjordanie occupée où se produisent la plupart des incidents, ainsi que devant certaines colonies.

Les responsables israéliens feignent de ne pas comprendre les raisons de cette nouvelle flambée de violence alors que les perspectives de reprise du processus de paix sont inexistantes et que la colonisation des territoires palestiniens se poursuit de plus belle.

« Un mouvement sans leader »

Le 15 septembre, c’est-à-dire la veille du déclenchement de cette nouvelle vague d’attaques, une famille nombreuse palestinienne a par exemple été expulsée de sa maison de Jérusalem-est au profit de colons juifs désignés par l’association d’extrême droite Ateret cohanim. L’affaire a eu un écho énorme dans les territoires occupés mais été totalement ignorée par les médias de l’Etat hébreu. Ce qui explique peut-être pourquoi de nombreux commentateurs israéliens se déclarent « surpris ». « C’est peut-être lié à la fête musulmane de l’Aïd ou parce que nous approchons de la période des fêtes juives qui débutera en octobre. En tout cas, une chose est certaine : c’est un mouvement sans leader, sans structure et sans mots d’ordre, lâche le chroniqueur militaire Rony Daniel. La plupart du temps, les attaques sont lancées par des isolés qui s’attendent à être tués sur place. Ils laissent donc chez eux une lettre d’excuse adressée à leurs proches puisque leur maison sera détruite par l’armée. »

Dans un communiqué diffusé vendredi, le Hamas a endossé la paternité de certaines « opérations kamikazes » lancées depuis vendredi. Il a également présenté l’un des Palestiniens abattus par les soldats de l’Etat hébreu comme un « chayid ». Cependant, les analystes israéliens sont persuadés que l’organisation islamique n’est pour rien dans ces attaques et qu’elle se contente de récupérer le mouvement.

De leur côté l’Autorité palestinienne et l’OLP rejettent toujours l’usage de la violence mais accusent Israël de « jeter de l’huile sur le feu » en autorisant la « liquidation » sans procès des auteurs d’attaques au couteau et en « refusant des négociations de paix sérieuses ».