Pourparlers entre le Hamas et le Fatah au Yémen et en égypte

Adlène Meddi, lundi 24 mars 2008

Les mou­ve­ments rivaux pales­ti­niens, le Fatah et le Hamas, ont signé hier un accord où ils acceptent d’engager le dia­logue sur la base d’une ini­tiative yéménite de récon­ci­liation, a annoncé le ministre yéménite des Affaires étran­gères, Abou Bakr Al Kourbi, a rap­porté l’AFP.

Mais les frères ennemis, après cinq jours de dis­cus­sions, ne sont pas par­venus fina­lement à un accord sur le contrôle de la bande de Ghaza. Les deux parties ont précisé qu’elles tien­draient de nou­veaux entre­tiens à Sanaâ dès le mois prochain.

Le document, intitulé « Décla­ration de Sanaâ », a été signé par Azzam Al Ahmad, chef du groupe par­le­men­taire du Fatah et le numéro 2 du bureau poli­tique du mou­vement Hamas, Moussa Abou Marzouk, en pré­sence du pré­sident yéménite Ali Abdallah Saleh, a constaté un jour­na­liste de l’AFP. « Les mou­ve­ments Fatah et Hamas sont convenus de consi­dérer l’initiative yéménite comme un cadre pour la reprise du dia­logue, en vue de revenir à la situation pales­ti­nienne anté­rieure aux événe­ments de Ghaza, afin de confirmer l’unité de la patrie pales­ti­nienne en tant que terre, peuple et autorité », stipule le texte signé par les deux mou­ve­ments rivaux.

Ce texte, lu devant les jour­na­listes par M. Kourbi, est le fruit de dif­fi­ciles trac­ta­tions que les auto­rités yémé­nites ont menées avec les repré­sen­tants du Hamas et du Fatah ces der­niers jours, à Sanaâ, dans le cadre de leur ini­tiative pro­posant, notamment, un retour à la situation qui pré­valait avant la prise du pouvoir par la force dans la bande de Ghaza par le mou­vement isla­miste en juin 2007.

Outre le retour à la situation anté­rieure au 15 juin à Ghaza, l’initiative yéménite pré­voyait ini­tia­lement des élec­tions anti­cipées dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, la reprise du dia­logue sur la base d’accords anté­rieurs signés au Caire (2005) et à La Mecque (2007), la remise sur pied des forces de sécurité sous la conduite de l’Autorité nationale pales­ti­nienne et d’un gou­ver­nement d’union nationale.

Une ten­tative de médiation yéménite avait échoué jeudi, mais Sanaâ avait affirmé que le dia­logue devait reprendre samedi dernier. Les parties pales­ti­niennes s’étaient rejeté la res­pon­sa­bilité de l’échec.

En Egypte, une autre ten­tative de récon­cilier les fac­tions pales­ti­niennes est entre­prise depuis quelques jours. Sous les aus­pices du chef des ren­sei­gne­ments égyp­tiens, Omar Sou­leïman, les dis­cus­sions sont menées sépa­rément avec des émis­saires du Hamas, de l’Autorité pales­ti­nienne et d’Israël.

Les sujets de dis­cus­sions ne manquent pas, à com­mencer par l’idée de par­venir à une trêve de longue durée entre l’Etat hébreu et le Hamas. On discute également du fonc­tion­nement du point de passage de Rafah entre la bande de Ghaza et l’Egypte, actuel­lement fermé, mais en janvier dernier, des Pales­ti­niens avaient ouvert une brèche par laquelle des mil­liers d’habitants de Ghaza, subissant le blocus israélien, étaient sortis du ter­ri­toire. Le ter­minal de Rafah, unique fenêtre de Ghaza sur le monde exté­rieur, est qua­siment fermé en per­ma­nence depuis juin 2006. Autre cha­pitre des pour­parlers : la question des pri­son­niers et d’un éventuel accord de libé­ration, qui pourrait inclure Gilad Shalit, le soldat israélien enlevé en juin 2006, par des radicaux pales­ti­niens. Enfin, la question de l’alimentation en élec­tricité de la bande de Ghaza fait aussi partie de la discussion.

Comme signe d’apaisement, le Caire a libéré, hier, 33 membres du mou­vement Hamas qu’il détenait pour entrée illégale en Egypte. Jeudi, le Hamas a accusé l’Egypte d’avoir torturé des dizaines de ses mili­tants arrêtés sur son ter­ri­toire. Un haut res­pon­sable du Hamas, Saïd Seyam, a affirmé cette semaine que les pri­son­niers pales­ti­niens en Egypte étaient tor­turés dans le but, notamment, d’obtenir des infor­ma­tions sur le sort du sergent israélien Gilad Shalit, enlevé en juin 2006.

Selon les asso­cia­tions de défense des droits de l’homme, la torture est sys­té­ma­tique dans les prisons égyp­tiennes. Le gou­ver­nement du Caire dit condamner ces pra­tiques et sou­ligne qu’il n’hésiterait pas à engager des pour­suites judi­ciaires quand les faits seront avérés.