Pour une nouvelle politique de l’Union européenne au Proche-​​Orient

jeudi 3 février 2011

Sanc­tionner la poli­tique israé­lienne apparaît aujourd’hui comme une nécessité si on veut faire avancer la cause d’une paix juste au Proche-​​Orient

Les sous­signés appellent à des sanc­tions contre la poli­tique israé­lienne et ceux qui la mènent. L’impunité c’est l’assurance que se per­pé­tuera la même poli­tique. Pourquoi ? Parce que les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs s’obstinent à nier les droits fon­da­mentaux du peuple pales­tinien, à sac­cager le contenu de tous les accords de paix pro­posés depuis ceux d’Oslo. Ils violent le droit inter­na­tional dans l’impunité. Ils pour­suivent la colo­ni­sation de Jérusalem-​​Est et de la Cis­jor­danie. Ils ont mar­tyrisé Gaza sous pré­texte de réponse à des tirs de roquettes aveugles – certes condam­nables. Ils ont pro­voqué un bain de sang lors de l’opération contre la "flot­tille huma­ni­taire". Sanc­tionner la poli­tique israé­lienne apparaît aujourd’hui comme une nécessité si on veut faire avancer la cause d’une paix juste au Proche-​​Orient, c’est-à-dire le respect des droits du peuple pales­tinien, de sa sécurité et de la sécurité du peuple israélien.

Des sanc­tions ? Mais quelles sanc­tions ? La question nécessite une cla­ri­fi­cation. Si l’on est par­tisan, comme nous le sommes, de contribuer à réa­liser les condi­tions d’une paix juste et durable, la pre­mière exi­gence est la sus­pension de l’accord pré­fé­rentiel entre l’Union euro­péenne et l’Etat d’Israël. Ne pas le sus­pendre encourage une poli­tique qui nie en per­ma­nence les droits humains les plus élémen­taires. L’Union euro­péenne a par ailleurs adopté des textes, relatifs à la tra­ça­bilité des pro­duits israé­liens ou sup­posés tels, qu’elle n’applique que de façon par­tielle et insuf­fi­sante. Les inves­tis­se­ments d’entreprises euro­péennes qui faci­litent la colo­ni­sation ou en pro­fitent doivent cesser.

Sus­pendre l’accord pré­fé­rentiel jusqu’à ce qu’Israël s’engage réel­lement dans un pro­cessus de paix, appliquer les textes qui inter­disent aux pro­duits des colonies d’être importés en Europe sous label israélien, consti­tuent à nos yeux des objectifs poli­tiques immé­diats, cré­dibles, justes, effi­caces, ras­sem­bleurs. Les paroles creuses de soutien aux droits pales­ti­niens, démenties par les encou­ra­ge­ments de facto à la poli­tique qui les nie, laissent le champ libre aux diri­geants actuels d’Israël. Que change cette situation et demain des négo­cia­tions pourront reprendre avec comme préa­lable le gel des colonies, pour aboutir au retrait israélien sur les fron­tières de 1967, à un accord sur Jéru­salem, capitale par­tagée, et à une solution négociée du pro­blème des réfugiés sur la base des réso­lu­tions de l’ONU.

REJET DU BOYCOTT TOTAL D’ISRAËL

C’est dans cette pers­pective que nous rejetons deux posi­tions anta­go­nistes. D’un côté celle qui prône le boycott total d’Israël, mesure pro­clamée radicale ; d’un autre côté, celle des forces qui n’ont jamais agi pour que l’Union euro­péenne exerce une pression réelle sur la poli­tique israé­lienne et prennent pré­texte de la pré­tendue radi­calité du boycott total, qua­lifié de cam­pagne de haine, pour exiger d’inacceptables cen­sures ou pour­suites judi­ciaires. Nous consi­dérons qu’il faut être aux côtés des pro­gres­sistes israé­liens, qui sou­tiennent le boycott des pro­duits des colonies, comme aux côtés des pro­gres­sistes palestiniens.

Nous sou­tenons la demande de hauts res­pon­sables pales­ti­niens pour une action vers l’Union euro­péenne, en vue de sanc­tions effi­caces, et non du boycott total d’Israël.

La lutte pour des sanc­tions à l’encontre de la poli­tique israé­lienne doit s’accompagner de clarté sur les objectifs pour­suivis et sur les moyens de lever les obs­tacles. Seule cette clarté per­mettra de convaincre ; elle seule per­mettra l’union la plus large pour que cesse enfin un conflit meur­trier, absurde en tout point car les condi­tions du règlement paci­fique juste et négocié sont connues et elles s’imposeront. Elle seule per­mettra à l’indignation de trouver son pro­lon­gement efficace et sa contri­bution au réta­blis­sement du peuple pales­tinien dans ses droits fondamentaux.

Nous nous y engageons, nous vous y engageons.

Signataires :

Gérard Aschieri, enseignant, syndicaliste ;

Raymond Aubrac, résistant ;

Claudie Bassi-​​Lederman, universitaire ;

Sophie Bessis, historienne ;

Nicole Borvo Cohen-​​Seat, sénatrice PCF de Paris ;

Ian Brossat, président du groupe PCF/​PG au Conseil de Paris, élu du XVIIIe ;

Marie-​​George Buffet, députée PCF ;

Jean-​​Pierre Cabouat, ancien ambas­sadeur, membre de la Com­mission nationale consul­tative des droits de l’homme (CNCDH) ;

Alice Cherki, psychanalyste et essayiste ;

Maurice Cling, ancien déporté, professeur d’université honoraire ;

Michel Dreyfus, historien ;

Simone Dreyfus-​​Gamelon, anthropologue, directrice d’étude à l’EHESS ;

Jean-​​Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme ;

Olivier Gebuhrer, mathé­ma­ticien, maître de confé­rences hono­raire, co-​​animateur d’Une autre voix juive ;

Stéphane Hessel, ambassadeur de France ;

Isaac Johsua, économiste ;

Pierre Kalfon, écrivain, journaliste ;

Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ;

Pascal Lederer, physicien, co-​​animateur d’Une autre voix juive ;

Alain Lipietz, ancien député au Parlement européen ;

Michaël Löwy, sociologue, philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS ;

Gilles Manceron, historien, vice-​​président de la Ligue des droits de l’homme ;

Sylvie Mayer, député au Parlement européen de 1979 à 1994 ;

Yvon Quiniou, philosophe ;

Maurice Rajsfus, président de l’Observatoire des libertés ;

Yves Salesse, haut fonctionnaire ;

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT ;

Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme ;

Pierre Villard, co-​​président du Mouvement de la paix ;

Roland Wlos, ancien conseiller municipal de Paris.