Pour les dealers de Jérusalem-​​Est, le « mur » a bien des failles

Majeda El-​​Batsh, mercredi 23 avril 2008

Au pied du mur de béton qui coupe Jérusalem-​​Est de ses fau­bourgs, un Pales­tinien retire fur­ti­vement un paquet d’un trou, pro­fitant de l’absence de la police : pour les reven­deurs de drogue, la « clôture anti­ter­ro­riste » n’est pas vraiment un obstacle.

Alors que des mil­liers d’élèves pales­ti­niens sont forcés chaque jour de faire un détour d’une dizaine de kilo­mètres pour rejoindre leur école, les dealers ont trouvé un moyen simple de faire passer la mar­chandise. Les trous qui laissent s’écouler l’eau de pluie sont trop petits pour un être humain, mais suf­fi­sants pour y passer la main.

« Ce n’est pas le seul moyen pour vendre la drogue », confie à l’AFP Zoher (prénom d’emprunt), 36 ans. Selon lui, « les ser­vices de la poste offrent également des faci­lités, grâce à la location de boîtes pos­tales où la drogue est laissée au client ».

« De plus en plus de Pales­ti­niens, par­ti­cu­liè­rement des jeunes, consomment des pilules d’ecstasy, du LSD, vendu à la sortie des écoles, et des drogues tra­di­tion­nelles, haschisch et mari­juana », dit-​​il. Selon lui, il y a quatre plaques tour­nantes à Jerusalem-​​Est : dans le quartier d’el-Tur sur le mont des Éclai­reurs, dans le camp de réfugiés de Shoafat, dans le fau­bourg d’al-Ram et à la porte de Damas dans la Vieille ville.

Eid, 40 ans, s’est spé­cialisé dans le « cristal », une drogue dérivée de la cocaïne. Il se vante d’avoir une « clientèle choisie » parmi des Israé­liens for­tunés, main­tenant une dis­crétion de rigueur sur leur identité. La drogue, arrivée en Israël en pro­ve­nance du Liban, d’Égypte, de Jor­danie, ou même d’Europe ou des Amé­riques, passe ensuite de Jéru­salem en Cis­jor­danie occupée.

« Les tra­fi­quants n’ont guère de dif­fi­cultés pour passer leur mar­chandise, parfois tout près de bar­rages israé­liens. Nous ne pouvons pas les arrêter en règle générale car ils habitent en zone sous contrôle israélien », affirme le colonel Fadel al-​​Alul, chargé au sein de la police pales­ti­nienne de la lutte contre la drogue en Cis­jor­danie. Il se plaint d’une « absence de coor­di­nation avec la police israé­lienne dans la lutte contre les tra­fi­quants, au-​​delà de quelques ren­contres ». Il reconnaît tou­tefois que la « police israé­lienne combat le trafic, mais le service de sécurité inté­rieur, Shin Beth, ferme les yeux en comptant se servir des tra­fi­quants » comme informateurs.

À Jeru­salem, l’un des pas­sages uti­lisés par les tra­fi­quants « est proche du barrage mili­taire de Shoafat », confirme Jihad Abou Znein, rési­dente du camp de réfugiés et repré­sen­tante du Fateh au Par­lement pales­tinien. Elle accuse les auto­rités israé­liennes de fermer les yeux sur le trafic, dans l’intention, selon elle, de « cor­rompre l’esprit » des jeunes Pales­ti­niens. Des res­pon­sables israé­liens rejettent cette accu­sation, estimant que la toxi­co­manie n’a pas de fron­tière et que le trafic de drogue met autant en danger les Israéliens.

Selon une res­pon­sable du service des ren­sei­gne­ments de la police israé­lienne à Jéru­salem, Israël « fait tout pour lutter contre les drogues ». En 2007, deux tonnes de mari­juana et une tonne de haschisch ont été saisies (dont 42 % pro­venant d’Égypte), avec 136 kg d’héroïne venant d’Afghanistan à travers la Jor­danie et le Liban, 36 kg de cocaïne, ainsi que de grosses quan­tités d’ecstasy et de LSD, précise-​​t-​​elle.

Le « mur », de plus de six mètres de haut, coupe 55 000 Pales­ti­niens habitant les fau­bourgs de Jérusalem-​​Est des quelque 200 000 autres résidant dans la ville.

Pré­senté par Israël comme une « clôture anti­ter­ro­riste », l’ouvrage doit s’étendre à terme sur plus de 650 km. Les Pales­ti­niens le qua­li­fient de « mur de l’apartheid », sou­li­gnant qu’il empiète sur la Cis­jor­danie, ce qui rend pro­blé­ma­tique la création d’un État pales­tinien viable.