Peut-​​on cri­tiquer Israël ? En quoi les sio­nistes sont-​​ils légi­timés pour ins­tru­men­ta­liser l’antisémitisme ?

Pierre Stamboul, mercredi 4 août 2010

Conférence-​​Débat, orga­nisée à Luxem­bourg le 28 juin 2010 par le Comité pour une PAIX JUSTE au Proche Orient, avec Pierre Stambul, de l’UJFP :

L’expulsion des Pales­ti­niens de leur propre pays s’est faite, il y a 62 ans. Ce net­toyage eth­nique (800 000 per­sonnes expulsées de leur propre pays) s’est réalisé avec la com­plicité de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Après des siècles d’un anti­sé­mi­tisme européen jalonné de nom­breux pogroms, et immé­dia­tement après le génocide nazi qui a entraîné la mort de 6 mil­lions de Juifs (la moitié des Juifs euro­péens), l’Occident s’est « débar­rassé » de sa res­pon­sa­bilité … sur le dos du peuple pales­tinien qui n’avait joué aucun rôle dans cette persécution.

Alors que la déco­lo­ni­sation (certes très impar­faite) a été la règle partout, la question pales­ti­nienne évolue à contre-​​courant. Plu­sieurs fac­teurs bloquent toute solution. Il y a la mani­pu­lation de l’histoire, des mémoires et des iden­tités. L’Etat d’Israël et celles ou ceux qui sou­tiennent sa poli­tique nient le crime fon­dateur, les droits du peuple autochtone, voire même l’existence de ce peuple. Pour eux la « légi­timité » d’un Etat qui s’est pro­clamé « Etat Juif » et refuse toute citoyenneté aux autres habi­tants de la région est indis­cu­table et les Pales­ti­niens sont des intrus. Ils en sont tou­jours aux men­songes ini­tiaux : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », « du désert, nous avons fait un jardin », « les Arabes sont partis d’euxmêmes  » et ils défendent contre toute vrai­sem­blance his­to­rique l’idée qu’après 2000 ans d’exil, les Juifs sont retournés dans leur pays.

Le sio­nisme est une idéo­logie tota­li­taire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Depuis des années, une tech­nique s’est bien rodée. Qui­conque cri­tique Israël et sa poli­tique, qui­conque défend les droits du peuple pales­tinien, est for­cément un anti­sémite s’il n’est pas juif et un traître ayant la haine de soi s’il est juif. Qui­conque dit ce qui est à l’oeuvre : net­toyage eth­nique, colo­nia­lisme, apar­theid, crimes de guerre … est for­cément un néga­tion­niste nos­tal­gique d’Hitler.

Traître ou complice ?

Refusant d’avoir le choix entre être com­plice ou être un traître, je me sens donc sommé de dire « d’où je parle ». Je suis né en 1950 dans le sou­venir omni­présent du génocide nazi. Mère née Dvoira Vainberg, com­mu­niste résis­tante dans la MOI, seule res­capée d’une famille nom­breuse dis­parue (sans qu’on sache même où et comment) en Bes­sa­rabie. Père Yakov Stambul, membre du groupe Manou­chian (l’Affiche Rouge), en « tri­angle » avec Jozsef Boczor et Emeric Glasz fusillés au mont Valérien. Il a été déporté à Buchenwald. Sa mère avait été 40 ans plus tôt une sur­vi­vante du pogrom de Kichinev. J’utilise volon­tai­rement mes ori­gines pour contester tout droit des sio­nistes à parler au nom de tous les Juifs ou au nom de l’antisémitisme et du génocide.

En 1948, Menachem Begin (le res­pon­sable du mas­sacre de Deir Yassin) pro­jetait de visiter les Etats-​​Unis. Les plus grands intel­lec­tuels juifs amé­ri­cains de l’époque (Hannah Arendt, Albert Ein­stein …) avaient signé une pétition demandant au pré­sident Truman d’arrêter ou d’expulser ce ter­ro­riste. Encore à cette époque, le mot « juif » évoquait Ein­stein, Arendt, Freud, Rosa Luxem­bourg… et pas Liberman, Barak , Livni ou Néta­nyahou. Aujourd’hui, on assiste à un véri­table achar­nement consistant à effacer ce passé, à mani­puler l’histoire, la mémoire et les iden­tités juives. La cari­cature de ce hold-​​up, c’est un avocat sio­niste français osant intenter un procès à Edgar Morin pour anti­sé­mi­tisme. Edgar Morin a été un grand résistant et il a écrit dans « Vidal et les siens », à partir de son his­toire fami­liale, une étude de la tra­jec­toire des Juifs venus de Salo­nique. Edgar Morin, comme de nom­breuses per­son­na­lités fran­çaises d’origine juive, trouve que la poli­tique israé­lienne actuelle n’est pas seulement cri­mi­nelle pour les Pales­ti­niens et sui­ci­daire pour les Israé­liens, c’est aussi une cari­cature d’une his­toire riche qui n’a rien à voir avec le mili­ta­risme colonial actuel. Sio­nisme et anti­sé­mi­tisme L’idéologie sio­niste est une réponse, fausse à mes yeux, à l’antisémitisme. En 1880, environ 60% des Juifs du monde entier vivent dans un seul pays : l’empire russe et ils forment environ 10% de la popu­lation de la « zone de rési­dence » entre Bal­tique et Mer Noire. La société juive est en but à un ter­rible anti­sé­mi­tisme d’état qui essaie de détourner la colère popu­laire contre les Juifs. Une partie de la popu­lation juive aban­donne la religion. Les idées révo­lu­tion­naires influencent mas­si­vement les Juifs qui se sont pro­lé­ta­risés et adhèrent en nombre à dif­fé­rents partis révo­lu­tion­naires dont le Bund. À contre-​​courant de ces idées, le sio­nisme considère que l’antisémitisme est iné­luc­table, que la lutte pour la citoyenneté ou l’égalité des droits n’a aucun sens et que la seule solution est la fuite et la colo­ni­sation de la Palestine. Dès le départ, le sio­nisme est une théorie de la sépa­ration : juifs et non juifs ne peuvent pas vivre ensemble. Dès le départ, les sio­nistes n’ont qu’un seul but : construire le futur Etat juif et ils ne par­ti­ci­peront que de façon très mar­ginale aux luttes sociales, au combat pour l’émancipation ou à la résis­tance anti­fas­ciste. Dès le départ, le sio­nisme se sert de l’antisémitisme pour faire avancer son projet. Peu avant sa mort, Herzl ren­contre un des pires ministres anti­sé­mites du Tsar (Plehve) pour lui expliquer que l’un et l’autre ont les mêmes intérêts : qu’un maximum de Juifs quittent la Russie. La per­sé­cution anti­sémite sera tou­jours décrite, notamment plus tard par Ben Gourion, comme une aide décisive pour convaincre les Juifs de partir en Palestine. Dès le départ, les sio­nistes qui pré­tendent réagir au pire des racismes se montrent tota­lement néga­tion­nistes vis-​​à-​​vis du peuple pales­tinien autochtone. Ils orga­nisent, dans un premier temps sa dépos­session et dans un deuxième, son expulsion, ceci bien avant le génocide nazi. Ins­tru­men­ta­li­sation du génocide À la sortie du musée Yad Vashem de Jéru­salem consacré au génocide, un monument sym­bolise l’issue « rédemp­trice » selon les sio­nistes : la création de l’Etat d’Israël. Certes, le projet de création d’un Etat juif n’aurait pas abouti et même serait resté très mino­ri­taire parmi les Juifs sans le génocide. Les Juifs qui avaient été consi­dérés comme des parias en Europe, sont sou­dai­nement devenus dès 1945 de bons euro­péens établissant une tête de pont au Proche-​​Orient et il y a eu un consensus inter­na­tional pour sou­tenir la création de l’Etat d’Israël et le net­toyage eth­nique qui l’a accom­pagnée. Et pourtant, le sio­nisme a-​​t-​​il joué un rôle notable face au nazisme et au fas­cisme ? En fait, aucun mou­vement poli­tique et aucun Etat n’a voulu ou su faire face à cette « résis­tible ascension » du fas­cisme. Les Occi­dentaux ont refusé l’intervention en Espagne, ont signé les accords de Munich et plus tard pendant la guerre, n’ont rien fait pour empêcher l’extermination des Juifs. Les Sovié­tiques ont signé le pacte germano-​​soviétique. Ne parlons pas du Par­lement français qui a voté les pleins pou­voirs au Maréchal Pétain. Mais les sio­nistes n’ont pas fait mieux et les faits qui suivent sont faci­lement vérifiables

L’idéologue du courant révi­sion­niste du sio­nisme, Vla­dimir Jabo­tinsky était un admi­rateur du fas­cisme italien et les méthodes qu’il a pré­co­nisées dès 1930 (le « transfert » des Pales­ti­niens au-​​delà du Jourdain) s’inspire du fas­cisme. Quand en 1933, les Juifs amé­ri­cains orga­nisent un boycott contre l’Allemagne Nazi, Ben Gourion le brise aus­sitôt. L’organisation sio­niste mon­diale aura un bureau en Alle­magne nazi jusqu’en 1941 et les Nazis favo­ri­seront l’arrivée des Juifs alle­mands ou autri­chiens expulsés en Palestine (avec transfert de fonds) alors que la grande majorité d’entre eux pré­fé­raient partir en Occident. Pire, celui qui sera Premier ministre sous le nom d’Itzhak Shamir a dirigé avec Stern un groupe ter­ro­riste qui assas­sinera de nom­breux soldats bri­tan­niques entre 1940 et 1943, ce qui en dit long sur l’intérêt que ce groupe portait au génocide en cours. Il y a eu une résis­tance spé­ci­fi­quement juive pendant la guerre, essen­tiel­lement com­mu­niste et bun­diste (la MOI, l’insurrection du ghetto de Var­sovie). Les sio­nistes n’y ont joué qu’un rôle marginal.

Israël s’est souvent pré­senté comme le havre de paix pour les Juifs après la guerre. Il n’y a qu’à écouter le dis­cours de Sharon lors du 60e anni­ver­saire de la libé­ration d’Auschwitz, expli­quant que l’extermination n’aurait pas eu lieu si Israël avait existé et acces­soi­rement qu’Auschwitz jus­ti­fiait ce qu’Israël inflige aux Pales­ti­niens. Il y a pourtant à dire sur l’arrivée des res­capés du génocide. À la fin de la guerre, des cen­taines de mil­liers d’entre eux sont dans des camps de réfugiés, essen­tiel­lement en Alle­magne. Le Yid­di­shland a disparu. Ils attendent des visas pour l’Occident que la plupart n’obtiendront pas. En 1951, le dernier camp se révolte en Bavière et les der­niers réfugiés sont expulsés … en Israël. Ces res­capés seront très mal accueillis en Israël. On opposera la pré­tendue rési­gnation des vic­times face à l’extermination, à l’Israélien nouveau fier de lui qui se bat et défriche son pays. Il reste aujourd’hui un peu plus de 200 000 res­capés en Israël. La moitié d’entre eux touchent des pen­sions misé­rables et vivent sous le seuil de pau­vreté, en par­ti­culier ceux qui sont venus des pays de l’Est. Régu­liè­rement, des rabbins et non des moindres, insultent la mémoire des vic­times en affirmant qu’ils ont pêché et que Dieu les a punis. Entre deux injures racistes contre les Pales­ti­niens, le grand rabbin Ovadia Yossef, idéo­logue du parti Shass (Salah Hamouri est accusé sans preuve d’avoir voulu attenter à sa vie) s’est plu­sieurs fois livré à des dia­tribes contre les vic­times du génocide.

La question du racisme en Israël

Pourquoi les ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires juives, si promptes à voir partout l’antisémitisme sont-​​elles aussi silen­cieuses face au racisme et aux dis­cri­mi­na­tions en Israël ?

Il existe un racisme ins­ti­tu­tionnel contre les Pales­ti­niens. Ceux qui ont la natio­nalité israé­lienne dans un Etat qui se dit « juif et démo­cra­tique » vivent les dis­cri­mi­na­tions au travail (un grand nombre de métiers leur étant interdits), au logement, à la pos­session de la terre dans un pays où « léga­lement », 98% des terres sont réservées aux Juifs.

Plus de 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, plus de 100 000 Bédouins du Néguev vivent dans des bidon­villes en plein désert. Leurs vil­lages non reconnus sont détruits. Ils n’ont pas le droit de construire en dur, ils n’ont ni route, ni eau, ni élec­tricité, ni école. On détruit leurs maisons dès qu’ils construisent en dur. De très nom­breux diri­geants israé­liens pro­fèrent régu­liè­rement des injures racistes qui sont parfois des appels au meurtre contre les « Arabes » en toute impunité. Dans le cadre du « choc des civi­li­sa­tions » et de la « guerre du bien contre le mal », les médias israé­liens consi­dèrent le Hez­bollah ou le Hamas comme des êtres démo­niaques. D’où l’indifférence de l’opinionisraélienne face aux crimes de guerre commis au Liban (2006) ou à Gaza (décembre-​​janvier 2008-​​9)

Que dire des Juifs séfa­rades ou Miz­rahis venus des pays musulmans ? Avant l’avènement du sio­nisme, ils n’avaient jamais connu quelque chose d’équivalent à l’antisémitisme européen. Au contraire, quand les Juifs ont été expulsés d’Espagne, ils ont été accueillis au Maghreb et dans l’Empire Ottoman.

C’est à la fois la construction d’un Etat juif expulsant les Pales­ti­niens et le colo­nia­lisme européen qui vont désta­bi­liser ces com­mu­nautés. Bien sûr, les régimes arabes ou le colo­nia­lisme français ont une res­pon­sa­bilité évidente dans le départ de com­mu­nautés vieilles parfois de 2000 ans. Mais la pro­pa­gande sio­niste a joué un rôle essentiel. Il s’agissait de donner au nouvel Etat israélien le pro­lé­tariat qui lui faisait défaut après l’expulsion des Pales­ti­niens. Quand les Juifs hési­taient à partir, tout a été fait pour les convaincre et par exemple les attentats de Bagdad de 1950-​​51 qui ont décidé la plus vieille com­mu­nauté juive (celle d’Irak) à émigrer, ont été réa­lisés par des sionistes.

On a raconté une his­toire assez fan­tas­tique aux Juifs venus des pays musulmans : « vous viviez dans des pays de sau­vages au milieu des Arabes et les Ash­ké­nazes (les juifs euro­péens) vous ont sauvés en vous offrant un pays ». Ils se retrouvent aujourd’hui coupés de leur his­toire, de leur culture, de leurs langues, de leurs racines. Les Juifs algé­riens qui étaient des autoch­tones ont dû quitter leur pays avec les colons à cause du décret Crémieux.

Les Juifs du monde arabe ont souffert dès leur arrivée en Israël d’un racisme violent. On les a envoyés dans les régions péri­phé­riques ou déser­tiques. Ils ont occupé les emplois les plus déva­lo­ri­sants, et leur niveau de vie en Israël est très net­tement infé­rieur à celui des Juifs euro­péens. Dans les années 50, des rayons X ont été expé­ri­mentés sur des enfants de Juifs maro­cains, on estime que le nombre de vic­times tourne autour de 6000 morts. Il y a eu des révoltes dont celles des Pan­thères Noires. Les Juifs du monde arabe ont été éduqués à adopter une his­toire, celle de l’antisémitisme européen, qui n’est pas la leur. Leur trau­ma­tisme, être coupé des Arabes avec les­quels ils avaient tou­jours vécu et être défi­ni­ti­vement éloignés de leurs terres ances­trales, a été tota­lement nié et refoulé. Sans passé, ni présent, ni avenir, ils ont été une proie facile pour les partis de droite.

Enfin il est dif­ficile d’évoquer le racisme en Israël sans parler des Falachas. La fameuse opé­ration visant à les sauver tourne à la farce sinistre. Il y a aujourd’hui près de 100 000 Ethio­piens en Israël dont beaucoup n’ont rien à voir avec le judaïsme. Ils subissent un racisme violent, et pas seulement de la part des auto­rités religieuses.

La société israé­lienne est à l’unisson de l’occident sur les ques­tions du tiers-​​monde et des migra­tions. Plu­sieurs mil­liers de Sans Papiers venus d’Afrique de l’Est sont enfermés dans des centres de rétention. Leurs enfants ne sont pas sco­la­risés et le gou­ver­nement construit une bar­rière entre Gaza et la Mer Rouge pour les empêcher d’entrer. Il y a en Israël des cen­taines de mil­liers de tra­vailleurs immigrés notamment venus de l’Est de l’Asie et ils subissent les mêmes dis­cri­mi­na­tions que les immigrés vivant en Europe.

Devoir de mémoire ou devoir de soutien inconditionnel ?

Il aura fallu du temps pour que le nouvel Etat israélien réalise tout le profit qu’il y avait à créer une religion du sou­venir. La mémoire ne peut pas être un devoir. La mémoire n’est pas un rite. Elle a un sens évident, com­prendre ce qui a produit les hor­reurs et faire en sorte qu’il n’y ait « plus jamais cela ». Ce sens a été perverti.

Avec la création du musée Yad Vashem et le procès Eichmann, l’Etat israélien s’est auto­pro­clame seul dépo­si­taire de la mémoire du génocide. C’est lui qui nomme les « Justes », celles et ceux qui ont sauvé des Juifs. Tous les ans, chaque Israélien doit s’arrêter au garde-​​à vous pour célébrer la Shoah et le voyage à Auschwitz pendant les années d’études est obligatoire.

Et pourtant ! Dès les années 50, pour pouvoir retrouver sa place dans le concert des nations, l’Allemagne fédérale a décidé d’indemniser les vic­times juives du nazisme (pas les autres, pourquoi ?). L’Etat d’Israël a reçu des mil­liards de marks qui ont joué un rôle décisif dans son déve­lop­pement écono­mique. Or le chan­celier Ade­nauer a un passé douteux sur la question juive et plu­sieurs de ses conseillers qui ont mis en place l’aide à Israël sont des anciens nazis. Les Israé­liens ont fermé les yeux. Aujourd’hui c’est pire. Un pré­sident polonais se fait élire avec le soutien décisif d’une radio anti­sémite (Radio Marya) et il est décrit par tout le monde comme un ami d’Israël. Dans les pays baltes ou en Croatie, des partis héri­tiers des col­la­bo­ra­teurs qui ont joué un rôle majeur dans l’extermination des Juifs, se retrouvent au pouvoir. Peu importe, ce sont des amis d’Israël ! En France, des anciens du groupe fas­ciste Occident se retrouvent dans les Amitiés France-​​Israël. Aux Etats-​​Unis, les « Chré­tiens sio­nistes » sont très puis­sants. Ces inté­gristes affirment que les « Arabes, c’est Arma­geddon, c’est le mal », que les Juifs doivent les expulser de la terre sainte, mais que bien sûr après, ils devront se convertir au chris­tia­nisme ou dis­pa­raître. Ce sont des anti­sé­mites, héri­tiers de l’antijudaïsme chrétien tra­di­tionnel. Les Chré­tiens sio­nistes ont donné une aide finan­cière décisive pour colo­niser la Cis­jor­danie et en par­ti­culier pour construire Maale Adoumim qui coupe la Cis­jor­danie en deux et qui rend non-​​viable tout hypo­thé­tique Etat Pales­tinien. Bref, il faut le dire, la colo­ni­sation est financée par d’authentiques antisémites.

Mais en Israël et chez ceux qui défendent incon­di­tion­nel­lement les gou­ver­ne­ments israé­liens, le curseur s’est déplacé. Tous les diri­geants poli­tiques ont pro­clamé « qu’Arafat est un nouvel Hitler », que les Pales­ti­niens sont les héri­tiers du nazisme (alors que, comme le montre Gilbert Achkar dans son livre « les Arabes et la Shoah », les sym­pa­thies arabes pour le nazisme ont été rares, à l’exception du mufti Amin al-​​Husseini). Le com­plexe de Massada fonc­tionne à fond. On ne traque plus les anti­sé­mites, on traque ceux qui cri­tiquent Israël et qui sont « for­cément » quelque part des anti­sé­mites. On a passé sous silence en Israël le fait qu’en 2002, les plus grands intel­lec­tuels pales­ti­niens (Elias Sanbar mais aussi Edward Saïd et Mahmoud Darwish aujourd’hui décédés) ont empêché la tenue d’un col­loque néga­tion­niste de Garaudy à Beyrouth.

L’antisémitisme aujourd’hui.

Il n’y a pas eu dans l’histoire un seul anti­sé­mi­tisme. Il y a d’abord eu pendant des siècles en Europe l’anti-judaïsme chrétien. Les deux reli­gions ont été en concur­rence au début de l’ère chré­tienne et le chris­tia­nisme est issu du judaïsme. Quand le chris­tia­nisme devient religion d’Etat, les per­sé­cu­tions anti-​​juives com­mencent. Ce sont les interdits, notamment la pos­session de la terre, l’enfermement dans les juderias ou les ghettos, les sté­réo­types racistes, l’accusation de déicide, les expul­sions et les mas­sacres de masse.

Quand l’émancipation des Juifs euro­péens com­mence au XVIIIe siècle, cet anti-​​judaïsme chrétien va se trans­former en anti­sé­mi­tisme racial. Tous les natio­na­lismes euro­péens ont en commun l’équation sim­pliste « 1 peuple = 1 Etat » (idée reprise par les sio­nistes) et il y a un consensus anti­sémite consi­dérant que les Juifs sont « apa­trides et cos­mo­po­lites » et consti­tuent un obs­tacle à la construction d’Etats eth­ni­quement purs. Cet anti­sé­mi­tisme racial a produit les hor­reurs du nazisme. Après 1945, c’est prin­ci­pa­lement l’extrême droite qui propage l’antisémitisme avec le renfort d’un petit courant venu de l’ultra-gauche (Ras­sinier) qui nie l’existence de l’extermination.

Les prin­cipaux cou­rants poli­tiques n’affichent plus l’antisémitisme d’avant-guerre, mais il ne faut pas se méprendre. Il ne s’agit pas d’un sen­timent de culpa­bilité, mais d’une joie que les Juifs aient un Etat et donc éven­tuel­lement qu’ils puissent partir. Déjà en 1917, Balfour, le créateur du « Foyer National Juif » était un anti­sémite. Son projet poli­tique visait à la fois à créer une tête de pont euro­péenne au Proche-​​Orient et à se débar­rasser des Juifs européens.

Il y a aujourd’hui une troi­sième phase de l’antisémitisme. Edgar Morin a utilisé le terme d’antiisraélisme. À partir du moment où les par­tisans de l’Etat d’Israël mélangent sciemment juif, sio­niste et israélien, il est logique que les mêmes confu­sions aient lieu dans les rangs de celles ou ceux qui défendent les droits des Pales­ti­niens. Il est tout à fait illu­soire, face à ce phé­nomène, d’hurler à l’antisémitisme aux côtés de ceux qui nient les crimes commis par l’armée israé­lienne. La meilleure parade à cette pos­sible montée d’un nouvel anti­sé­mi­tisme, c’est de faire ce que font les anti­co­lo­nia­listes israé­liens ou ce que fait l’Union Juive Fran­çaise pour la Paix : montrer en tant que juifs que nous sommes soli­daires des Pales­ti­niens, parce que cette guerre n’est ni une guerre raciale, ni un conflit com­mu­nau­taire, ni une guerre reli­gieuse. Elle porte sur des ques­tions uni­ver­selles : l’égalité des droits et le refus du colo­nia­lisme. Et nous sommes soli­daires aussi au nom de notre identité et de notre histoire.

En même temps, il existe et il a tou­jours existé en petit nombre d’authentiques anti­sé­mites qui se dis­si­mulent der­rière le combat pour la Palestine. Je citerai les groupies d’Israël Shamir, un curieux Israélien d’origine sovié­tique, le parti dit « anti­sio­niste » dont le fon­dateur est devenu un familier de Le Pen ou le « parti des musulmans de France ». Ces groupes sont tota­lement infré­quen­tables et faire un bout de chemin avec eux dis­crédite un combat mené au nom des droits fondamentaux.

L’antisémitisme est-​​il un racisme « à part », « hors norme » ? Il l’a été car en général les com­mu­nautés dis­cri­minées ne sont pas vic­times d’un génocide sys­té­ma­tique. Mais l’antisémitisme actuel n’est en rien com­pa­rable à ce qu’a été l’antisémitisme des années 30 ou 40 et par exemple en France, le racisme frappe beaucoup plus mas­si­vement les Noirs, les Roms et les Arabes.

La confusion organisée

Quand l’ONU a publié le rapport Gold­stone confirmant que les troupes israé­liennes avaient commis des crimes de guerre à Gaza, des défen­seurs d’Israël ont affirmé qu’il s’agissait d’un rapport anti­sémite. Richard Gold­stone est pourtant un Juif sud-​​africain réputé proche du sio­nisme. Quand « l’association pour le bien-​​être du soldat israélien » (ABSI) n’a pas trouvé de salle pour faire sa réunion à Lyon, celle-​​ci s’est faite dans une syna­gogue. Mais si bien sûr, une syna­gogue est caillassée, il s’agira d’un acte anti­sémite. Quand des mili­tants se lancent acti­vement dans la cam­pagne BDS (boycott, dés­in­ves­tis­sement, sanc­tions contre Israël) initiée par la société civile pales­ti­nienne, ils sont accusés d’antisémitisme et menacés direc­tement par la ministre de la Justice. Quand un conseiller régional inter­pelle M. Frèche, pré­sident de la région Languedoc-​​ Rous­sillon, sur le soutien qu’il apporte à la construction du ter­minal Agrexco, com­pagnie qui exporte les pro­duits des colonies de Cis­jor­danie, il est traité d’antisémite. Quand la plupart des élus français vont au dîner du CRIF et acceptent benoî­tement des propos consi­dérant que toute cri­tique d’Israël est anti­sémite, on marche sur la tête.

Ça suffit ! J’apporte publi­quement mon appui et celui de l’Ujfp à Madame Biermann, citoyenne luxem­bour­geoise engagée, victime d’une accu­sation infa­mante d’antisémitisme lancée contre elle par le consis­toire israélite. Oui, il existe un lobby qui use et abuse de l’antisémitisme pour interdire toute cri­tique d’une poli­tique criminelle.

Oui, face à Etat qui se dit Juif, qui a ins­tallé des colonies « juives », qui prétend parler au nom de tous les Juifs et face à des ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires ou reli­gieuses qui sont devenues les auxi­liaires de cette poli­tique, il est logique et normal d’interpeller les Juifs. Le crime se fait en leur nom, et c’est une des raisons de l’existence de l’Ujfp.

Qu’ils cessent de sou­tenir une poli­tique cri­mi­nelle et sui­ci­daire et qu’ils se sou­viennent de ce qu’a produit le soutien d’un grand nombre de pieds-​​noirs à l’OAS pendant la guerre d’Algérie.

À tous et à toutes ! Ne vous laissez pas inti­mider ! Ne confondez jamais juif, sio­niste et israélien ! Et rappelez-​​vous que ceux qui défendent jour après jour et quoi qu’il arrive la poli­tique israé­lienne n’ont aucun droit à vous traiter d’antisémite.

Défendre les droits du peuple pales­tinien est un devoir uni­versel, quelles que soient nos origines.