Percée annoncée de l’extrême droite israélienne

Charlotte Bozonnet, lundi 9 février 2009

À quelques jours des légis­la­tives, les ultras de « Israël, notre maison », dirigés par Avigdor Lie­berman, ne cessent de pro­gresser dans les sondages.

Ils sont une tren­taine dans le salon de cet appar­tement cossu de Jérusalem-​​ouest. Bis­cuits et sodas sur les tables, l’atmosphère est bon enfant, plus proche d’une réunion de voisins que d’un meeting de l’ultradroite. Et pourtant. Tous sont venus écouter Danny Ayalon. Ancien ambas­sadeur d’Israël aux États-​​Unis, il est un des membres impor­tants d’Israël Beteinou, le parti d’extrême droite dirigé par Avigdor Lie­berman, auquel les son­dages pré­disent un score sans pré­cédent lors des élec­tions légis­la­tives du 10 février.

Ce soir, Ayalon est venu pré­senter le pro­gramme de son parti à des élec­teurs de droite encore indécis mais attirés par des slogans nau­séa­bonds tels que « Seul Lie­berman com­prend l’arabe ». L’heure n’est plus au poli­ti­quement correct, croit-​​il utile de pré­venir, car Israël fait face à une grave menace : l’islam radical. « Je ne dis pas que tous les musulmans sont des ter­ro­ristes, mais que tous les ter­ro­ristes sont des musulmans », lance-​​t-​​il, expli­quant que le monde fait face à un « clash des civi­li­sa­tions ». D’ailleurs, souligne-​​il, le conflit avec les Pales­ti­niens n’est pas ter­ri­torial, sinon ils auraient accepté les accords de Camp David et d’Annapolis « où les diri­geants israé­liens leur ont tout donné ». Et il n’y aura de toute façon aucune dis­cussion tant que la question de l’Iran mais aussi du Hez­bollah et du Hamas ne sera pas « réglée ».

« Nous avons aussi un pro­blème interne que j’appellerais celui de la soli­darité nationale », poursuit sans ciller Alayon, en réfé­rence à la cible pri­vi­légiée d’Israël Bei­tenou : les Arabes israé­liens, qui repré­sentent 20 % de la popu­lation, qu’il accuse d’être une cin­quième colonne dans le pays. Ayalon rap­pelle la pro­messe élec­torale de son parti en cas de vic­toire : obliger tout citoyen arabe israélien à faire une décla­ration d’allégeance envers Israël, État juif et sio­niste, sous peine de perdre sa citoyenneté.

Si le dis­cours de ce parti n’est pas nouveau, son écho gran­dissant au sein de l’électorat juif israélien l’est. D’origine russe, Avigdor Lie­berman puisait jusqu’ici ses voix dans la com­mu­nauté rus­so­phone, mais la « guerre contre Gaza » a changé la donne.

« La cam­pagne est dominée par les ques­tions de sécurité, autour du Hamas, du Hez­bollah et de l’Iran, et cer­tains partis capi­ta­lisent sur cette situation, explique Raphael Ventura, de l’Institut israélien de la démo­cratie. C’est le cas de Lie­berman qui se concentre sur la question des Arabes vivant en Israël, parle de menace exté­rieure et inté­rieure. Cet état d’esprit l’aide à gagner ». Le succès de Lie­berman inter­vient dans un climat déjà très hostile à la popu­lation arabe. Il y a un mois, la com­mission nationale élec­torale a interdit d’élections deux partis arabes, tandis que plus de 700 per­sonnes, en majorité des Arabes israé­liens, ont été arrêtées lors des mani­fes­ta­tions orga­nisées en Israël pour pro­tester contre la guerre à Gaza.

Enfin, Israël Beteinou profite de la perte de cré­di­bilité des diri­geants des for­ma­tions « tra­di­tion­nelles », tous les grands partis ayant depuis des années mené les mêmes poli­tiques. Quatre jours avant le vote, le pour­centage d’indécis, 30 %, est sans pré­cédent en Israël. Résultat : alors que le parti avait trois députés à la Knesset, le par­lement israélien, en 2005, il est monté à 11 depuis 2006 et en obtien­drait 18 à 19 sièges lors de cette élection, ce qui en ferait la troi­sième force poli­tique du pays devant le Parti tra­vailliste [1].

À Jérusalem-​​ouest, Danny Ayalon semble avoir convaincu son audi­toire. « Vous n’allez pas donner les terres et c’est très important pour moi », le félicite une femme d’une qua­ran­taine d’années, tandis qu’une autre trouve l’idée de la décla­ration de loyauté insuf­fi­sante face à « des per­sonnes qui ont fait allé­geance avec l’ennemi ».

Dans son éditorial de jeudi, le quo­tidien de centre-​​gauche Haaretz a lancé un appel urgent à « rejeter Lie­berman ». « Comme d’autres leaders de l’extrême droite natio­na­liste raciste en Europe - Jean-​​Marie Le Pen, Jörg Haider et d’autres -, il dirige sa pro­pa­gande direc­tement vers le noyau de peur et de fai­blesse de la société, semant les sen­ti­ments natio­na­listes et uti­lisant une minorité comme pun­ching ball », écrit le journal qui appelle les trois prin­ci­pales for­ma­tions du pays - Likoud, Kadima et Parti tra­vailliste - à s’en démarquer publiquement.

Netanyahou en tête dans les sondages

Le même jour, Ben­jamin Neta­nyahou, le chef du Likoud, en tête dans les son­dages, a promis à Lie­berman un poste important dans son pro­chain gou­ver­nement s’il était élu, et Ehoud Barak, can­didat du Parti tra­vailliste, a refusé d’exclure une alliance avec lui. Rien d’étonnant à cela. Jusqu’en janvier 2008, Lie­berman sié­geait dans le gou­ver­nement dirigé par Kadima et le Parti tra­vailliste, en tant que vice-​​premier ministre et ministre chargé des affaires stratégiques.

[1] voir aussi le NouvelObs :

Les écarts se resserrent avant le scrutin israélien

Les son­dages annoncent le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu favori avec une très courte avance sur le parti cen­triste Kadima de Tzipi Livni et la percée de l’ultranationaliste Avigdor Lieberman.

Le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu est en tête dans les sondages (AP)

Le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu est en tête dans les sondages (AP) Le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu aborde, lundi 9 février, en favori les élec­tions légis­la­tives de mardi en Israël mais son avance dans les son­dages sur le parti cen­triste Kadima s’est res­serrée et il doit faire face, sur sa droite, à la percée de l’ultranationaliste Avigdor Lie­berman. Au dernier jour autorisé de publi­cation des enquêtes d’opinion, quatre son­dages don­naient ven­dredi deux à trois sièges d’avance au Likoud sur les cen­tristes Kadima au sein de la Knesset, qui compte 120 députés. En décembre, la droite conser­va­trice était cré­ditée de neuf sièges de plus que les cen­tristes. Réa­lisant une percée inat­tendue, le parti d’extrême droite Yisrael Bei­teinu (Israël Notre maison), emmené par un ancien chef de cabinet de Neta­nyahu, Avigdor Lie­berman, était crédité lui de 18 ou 19 sièges quand les mêmes son­dages lui accor­daient il y a encore un mois 11 sièges de députés, comme dans l’Assemblée sor­tante issue des élec­tions de 2006.

La population inquiète pour sa sécurité

Le Parti tra­vailliste du ministre de la Défense, Ehud Barak, n’arrive qu’en qua­trième position, avec entre 14 et 17 députés. Pour nombre de spé­cia­listes, ce virage à droite de l’électorat israélien s’explique par les inquié­tudes crois­santes de la popu­lation sur les ques­tions de sécurité, après la guerre à Gaza et le blocage des négo­cia­tions de paix avec les Pales­ti­niens. La poussée de Lie­berman dans les son­dages a amené Neta­nyahu à radi­ca­liser son propos. Après avoir prévenu l’électorat de droite que toute voix qui échap­perait au Likoud - en se portant par exemple sur la liste Yisrael Bei­teinu - serait une voix pour Kadima, l’ancien Premier ministre a concentré ses attaques sur le parti cen­triste de Tzipi Livni, l’actuelle ministre des Affaires étran­gères. "Elle a déjà aban­donné Jéru­salem dans les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens (…) Pourquoi ? N’ont-ils rien appris de tous leurs échecs de ces trois der­nières années - les mil­liers de mis­siles qui nous frappent du Liban et de Gaza ? Que ceux qui sou­haitent pour­suivre sur cette voie votent Kadima", a-​​​​t-​​​​il dit dimanche au micro de Radio Israël.

"Un prix intolérable"

Neta­nyahu doute de la capacité des Pales­ti­niens, déchirés entre Fatah et Hamas, à établir un Etat qui ne menace pas la sécurité d’Israël. Sa priorité, a-​​​​t-​​​​il dit, ira au déve­lop­pement écono­mique dans des zones indus­trielles spé­ciales de Cis­jor­danie, avant les ques­tions ins­ti­tu­tion­nelles et les dos­siers brû­lants des négo­cia­tions sur le statut de Jéru­salem, les colonies ou les réfugiés de 1948. Le chef du Likoud considère que les tirs de roquettes du Hamas sur le sud d’Israël comme ceux du Hez­bollah sur le nord, depuis que Tsahal s’est retirée du Liban en 2000, sont la consé­quence du principe de la paix contre les ter­ri­toires qui préside au dif­ficile pro­cessus de paix depuis les accords d’Oslo, en 1993. Tzipi Livni, elle, ne renie rien des pour­parlers passés. Elle a redit dimanche qu’en cas de vic­toire, elle pour­sui­vrait les dis­cus­sions avec l’Autorité pales­ti­nienne de Mahmoud Abbas relancées fin 2007 à Anna­polis, dans le Maryland. "Je conti­nuerai sur la voie que j’ai tracée avec mes par­te­naires de la partie pales­ti­nienne", a-​​​​t-​​​​elle déclaré au micro de la radio mili­taire. "Je ne suis pas prête à être un Premier ministre aux mains liées par un gou­ver­nement sans pro­cessus de paix. Ce serait un prix into­lé­rable." http://​tempsreel​.nou​velobs​.com/​s​p​e​c​i​a​l​e​s​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​l​e​_​c​o​n​f​l​i​t​_​a​_​g​a​z​a​/​20090209​.​O​B​S​3813​/​l​e​s​_​e​c​a​r​t​s​_​s​e​_​r​e​s​s​e​r​r​e​n​t​_​a​v​a​n​t​_​l​e​_​s​c​r​u​t​i​n​_​i​s​r​a​e​l​i​e​n​.html