Parlons de ce que la résolution de l’UNESCO dit au lieu de ce qu’elle ne dit pas

L’absence d’affirmation d’une connexion du judaïsme au Mont du Temple/Haram al-Sharif est exploitée pour détourner l’attention des violations israéliennes du statu quo, et des restrictions sur l’accès musulman-palestinien au site sacré.

Tom Pessah, 972Mag, dimanche 16 octobre 2016

L’antisémitisme, pour Netanyahu et une grande partie de la presse israélienne et juive, est un « piège à clic ». Mentionnez-le et vous pouvez absolument garantir l’indignation presque automatique. Tout comme les annonceurs peuvent éviter de parler de la raison pour laquelle une voiture est coûteuse en utilisant des images sexuelles ou même le mot « sexe » pour la vendre, le gouvernement israélien peut esquiver les questions difficiles au sujet de sa politique en « antisémitisant » ceux qui soulèvent ces questions.

L’UNESCO a adopté jeudi une résolution concernant les lieux saints musulmans à Jérusalem. Après avoir affirmé « l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et ses remparts pour les trois religions monothéistes », la résolution appelle à la restauration du statu quo précédent autour de « Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif et ses environs. »

La résolution note qu’Israël viole la liberté de culte des musulmans en entravant et en empêchant leur accès à la Mosquée Aqsa ; « déplore l’assaut continu » contre l’enceinte de la mosquée par des extrémistes israéliens de droite et les forces en uniforme ; dénonce les arrestations et les blessures de fidèles musulmans dans la mosquée ; et « déplore les dommages causés par les forces israéliennes, en particulier depuis le 23 août 2015, aux portes et aux fenêtres anciennes de la mosquée al-Qibli à l’intérieur d’Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif, et réaffirme, à cet égard, l’obligation d’Israël de respecter l’intégrité, l’authenticité et le patrimoine culturel de la mosquée Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif, comme en témoigne le statu quo historique, comme un lieu saint de culte musulman et en tant que partie intégrante d’un site du patrimoine culturel mondial. »

Dans un univers parallèle, le premier ministre israélien aurait promis de faire davantage pour défendre la liberté de culte des musulmans et rassuré le monde musulman qu’Israël ne cherche pas à endommager la mosquée. Ce sont des questions réelles et importantes. Au lieu de cela, la réaction de Netanyahu était : « dire qu’Israël n’a aucun lien avec le Mont du Temple et le Mur occidental c’est comme dire que la Chine n’a aucun lien avec la Grande Muraille de Chine et que l’Egypte n’a aucun lien avec les pyramides. »

Nulle part dans la résolution de l’UNESCO il n’y a de déclaration invalidant ou niant la connexion des Juifs au Mont du Temple : la connexion juive n’est discutée en aucune façon, que ce soit positivement ou négativement. Elle n’a pas été mentionnée parce que la résolution traite des dommages causés par Israël à un lieu saint musulman - la Mosquée Al-Aqsa. Au-delà il n’y a pas d’évaluation générale ou le rejet de la connexion de quelque religion sur le site, en dehors de l’affirmation de « l’importance de la Vieille Ville de Jérusalem et ses remparts pour les trois religions monothéistes. »

La résolution aurait pu avoir anticipé quelques-unes des réactions négatives avec une mention symbolique du terme « Mont du Temple ? » Ou en reconnaissant qu’il est aussi un lieu saint juif ? Peut-être, mais c’est loin d’être le propos.

Netanyahu a produit la manipulation, mais les journalistes israéliens de tous bords étaient désireux de la répandre. Citant vaguement une source diplomatique israélienne, Haaretz a résumé la résolution comme « anti-Israël » et dit qu’elle « ne tient pas compte des liens historiques du judaïsme avec le Mont du Temple et jette un doute sur le lien entre le judaïsme et le Mur occidental. » Pas un mot sur les restrictions israéliennes à l’accès des musulmans sur le site et leur droit de culte, dont la résolution traite dans tous les détails. Le rapport du Haaretz a également affirmé que la résolution faisait référence au Mur occidental, alors qu’en réalité, elle ne traite que la « place du Mur occidental, » construite en 1967 par le nettoyage ethnique des habitants de ce qui avait été le quartier Mughrabi depuis près de huit siècles. (Le nom officiel israélien de la place est placé entre guillemets dans la résolution, qui définit correctement Israël comme une puissance occupante obligée de sauvegarder le patrimoine culturel des zones qu’elle occupe. Aucun pays n’a jamais reconnu l’annexion par Israël de Jérusalem-Est, une zone qui comprend la vieille Ville, le mur occidental et le Haram al-Sharif/Mont du Temple.)

La manipulation a même affecté Zehava Galon, chef de l’aile gauche Meretz. Copiant la photo du Haaretz sur sa page Facebook, elle a écrit que l’UNESCO « ne peut pas effacer des années de l’histoire juive. » Le président israélien Rivlin a répondu en affirmant que « aucun forum ou organisme dans le monde ne peut dire qu’il n’y a pas de lien entre le peuple juif, la Terre d’Israël et Jérusalem », réagissant encore une fois à une déclaration qui n’a jamais été faite. Et ainsi de suite.

Plus important encore, l’ensemble de la discussion a porté sur quelque chose de l’UNESCO n’a pas le pouvoir de le faire - elle n’a pas de pouvoir d’annuler la connexion juive à Jérusalem ou aux lieux saints, même si elle le voulait. La puissance du monde réel à façonner le statu quo à Jérusalem repose uniquement entre les mains d’Israël, et non pas de l’UNESCO. C’est sur ce qu’Israël fait avec ce pouvoir que nous devrions nous concentrer.

Y a-t-il une morale à cette histoire ? Peut-être que la leçon est que tout comme les consommateurs de « piège à clic » en ligne, nous avons un choix. Nous ne sommes pas vraiment obligés de cliquer sur un lien qui dit SEXE en lettres majuscules. Et nous ne devons pas vraiment aider à propager les manipulations de Netanyahu, qui comme d’habitude sont conçues pour détourner l’attention du préjudice réel, physique que cause l’occupation.

Tom Pessah est sociologue et militant