Parler avec le Hamas

Le Monde, dimanche 20 avril 2008

Jimmy Carter, Prix Nobel de la paix et ancien pré­sident des Etats-​​Unis, a ren­contré au Caire, puis à Damas, des res­pon­sables poli­tiques du Mou­vement de la résis­tance isla­mique (Hamas).

Ces ren­contres ont été vigou­reu­sement condamnées par Israël comme par les Etats-​​Unis. A tort. M. Carter est un homme libre, et il sait, pour avoir supervisé les élec­tions pales­ti­niennes depuis 1996, que ce mou­vement isla­miste n’a rien d’un épiphé­nomène. On peut juger - à raison - inac­cep­table le pro­gramme du Hamas sans refuser cette évidence.

A dire vrai, leur ancrage dans la société pales­ti­nienne constitue à la fois la force et la fai­blesse des isla­mistes. Nul doute que, si l’espoir d’un Etat indé­pendant et viable pouvait enfin se maté­ria­liser, le Hamas saurait en tenir compte. Il y a un an, le premier ministre isla­miste d’alors, Ismaël Haniyeh, n’avait-il pas siégé aux côtés de Mahmoud Abbas lors du sommet de la Ligue arabe de Riyad qui avait relancé l’initiative saou­dienne d’une nor­ma­li­sation com­plète avec Israël en échange d’un Etat pales­tinien sur la base des fron­tières de 1967 ?

Les ater­moie­ments du pro­cessus de paix d’Annapolis, ajoutés aux erre­ments per­sis­tants du Fatah de M. Abbas (comme la décou­verte de 3 000 télé­phones por­tables dans la voiture de l’un de ses adjoints à un poste fron­tière), laissent entrevoir le pire pour les Occi­dentaux : la prise de contrôle de la Cis­jor­danie, après Gaza, par un mou­vement auquel ils refusent de parler.

En posant au Hamas, après la vic­toire des isla­mistes aux légis­la­tives de 2006, trois préa­lables - renon­cement à la lutte armée, accep­tation des accords passés conclus entre l’OLP et Israël et recon­nais­sance d’Israël -, les Amé­ri­cains et les Euro­péens ont fixé la barre très haut. Trop haut. Le blocage actuel exige au contraire des ambi­guïtés construc­tives, une inven­tivité et une flexi­bilité sem­blables à celles qui avaient permis à l’OLP de rompre pro­gres­si­vement avec une posture qui refusait à Israël le droit à l’existence.

M. Carter juge utile l’ouverture d’un canal de dis­cussion avec le Hamas. Les Euro­péens, qui n’ont pas cri­tiqué son ini­tiative, s’interrogent. Boy­cotter le Hamas, n’est-ce pas le pousser dans les bras du régime iranien, trop heureux de pouvoir dis­poser d’un nouveau levier au Proche Orient ?