Pales­ti­niens d’Israël ; Dis­cri­mi­nation dans les uni­ver­sités israé­liennes : Les étudiants arabes israé­liens obligés d’aller étudier en Jordanie

Jonathan Cook, mercredi 15 avril 2009

Les obs­tacles ren­contrés par la minorité arabe en Israël [1] pour accéder aux études supé­rieures ont pour consé­quence l’augmentation du nombre d’étudiants arabes s’inscrivant dans les uni­ver­sités de la Jor­danie voisine, selon un nouveau rapport.

Les sta­tis­tiques ras­sem­blées par Dirasat, une orga­ni­sation basée à Nazareth et qui sur­veille les pro­blèmes d’éducation, montre que 5 400 étudiants arabes d’Israël étudient dans des uni­ver­sités jor­da­niennes - la moitié du nombre de ceux étudiant en Israël.

Malgré le fait que la plupart des étudiants arabes israé­liens qui pour­suivent leurs études en Jor­danie ont exprimé aux cher­cheurs qui les ont inter­viewés leur pré­fé­rence pour un cursus uni­ver­si­taire en Israël, les chiffres de ceux qui vont en Jor­danie ont été mul­ti­pliés par 4 depuis 2004.

Les lycéens arabes qui repré­sentent prés d’un quart (25%) de leur groupe d’âge en Israël, sont lar­gement sous repré­sentés dans le système éducatif supé­rieur israélien, environ 8% des étudiants ins­crits selon les sta­tis­tiques offi­cielles. Parmi ces Israé­liens qui passent leurs examens de fin d’études secon­daires, il y a 3 fois plus de juifs que d’ Arabes qui sont acceptés dans les uni­ver­sités israéliennes.

"Nos conclu­sions devraient sou­lever des ques­tions sérieuses sur les obs­tacles placés sur le par­cours sco­laire des étudiants arabes, ce qui leur fait res­sentir qu’ils n’ont pas d’autre choix que d’étudier à l’étranger" a dit Yousef Jabareen, un pro­fesseur de droit à l’université de Haifa, et le diri­geant de Dirasat.

Typique de ce nouvel exode, Haneen Bader, 23 ans, du village de Turan en Basse Galilée, qui est en troi­sième année d’étude de droit isla­mique à l’université de Jor­danie dans la capitale Amman.

Les cher­cheurs de Dirasat ont été surpris de découvrir que près 1/​3 de tous les étudiants arabes israé­liens en Jor­danie étaient des femmes. " Nous vivons dans une société patriarcale et on attend souvent des femmes qu’elles restent prés de la famille jusqu’à ce qu’elles se marient" a dit le Dc Jabareen.

Mais, a-​​t-​​il ajouté, les bons moyens de transport entre Amman et la Galilée - et une langue et culture par­tagées - font que les visites régu­lières en Jor­danie sont une option pra­tique peu chère pour les 1.2 mil­lions de citoyens arabes israéliens.

Ms Bader a dit qu’elle était le premier membre de sa famille à étudier en dehors d’Israël mais qu’après d’initiales hési­ta­tions, ses parents ont été conquis quand il sont vu le campus. " Main­tenant ils approuvent tout à fait ma décision".

" Je préfère étudier en Jor­danie car c’est là où je peux me sentir libre de parler et de lire l’arabe, et où mes tra­di­tions et ma religion sont respectées".

Ms Bader a dit qu’étudier en Jor­danie a aussi été positif pour son estime per­son­nelle. " En Israël, on pousse les Arabes à se consi­dérer comme ayant une intel­li­gence infé­rieure, comme étant stupides."

"Mais en Jor­danie, je vois qu’il y a des pro­fes­seurs arabes doté d’une intel­li­gence brillante. Les Arabes en dehors d’Israël sont avan­tagés - et cela me rap­pelle que le pro­blème n’est pas lié à notre intel­li­gence mais à notre situation".

Khaled Arar, un pro­fesseur du lycée Beit Berl, près de Kfar Sava, co-​​ auteur du rapport de Dirasat, a dit que la ten­dance des Arabes israé­liens à aller étudier dans les uni­ver­sités jor­da­niennes avait com­mencé sur une petite échelle en 1998, suite à l’accord de paix entre Israël et la Jordanie.

Dirasat estime que pour la seule année der­nière les étudiants arabes israé­liens ont dépensé plus de 80 mil­lions de $ pour leur éducation en Jordanie.

Le Dr Arar a fait la liste de plu­sieurs fac­teurs res­pon­sables de cette aug­men­tation récente de la popu­larité des uni­ver­sités jordaniennes.

Le plus signi­fi­catif c’est que les uni­ver­sités israé­liennes s’appuient de plus en plus sur des examens psy­cho­mé­triques cultu­rel­lement injustes. Prés de 50% des étudiants arabes qui obtiennent leurs diplômes de fin d’études secon­daires ratent leur entrée à l’université à cause de ces tests psy­cho­mé­triques, comparé à seulement 20% des pos­tu­lants juifs.

"L’écart dans les résultats psy­cho­mé­triques entre les étudiants juifs et arabes restent constants - à plus de 100 points sur un total de 800 - depuis 1982. Cela seul aurait du sou­lever des doutes".

Il a noté que la décision des uni­ver­sités israé­liennes en 2003 d’abandonner le test psy­cho­mé­trique pour aider les "groupes plus faibles" a été inversée quand les admis­sions des étudiants arabes ont grimpé en flèche. Dans une décla­ration, les uni­ver­sités ont jus­tifié leur revi­rement disant que cela concernait les groupes plus faibles de la popu­lation juive.

Le Dr Arar a dit qu’Israël a aussi relevé l’âge minimum requis pour étudier de nom­breuses matières, souvent à 20 ou 21 ans, spé­cia­lement dans des domaines prisés par les étudiants arabes tels que : médecine, phar­macie, travail social, phy­sio­thé­rapie et thé­rapie du langage.

Les auto­rités uni­ver­si­taires ont jus­tifié ce délai, a-​​t-​​il dit, du fait que la plupart des juifs font trois années de service mili­taire dans l’armée après avoir terminé leurs études secondaires.

Les jeunes Arabes peuvent rarement se per­mettre d’attendre 3 ou 4 ans pour com­mencer leurs études : la plupart sont confrontés à des pro­blèmes pour trouver un emploi, et ne peuvent souvent pas béné­ficier d’aides sociales. Parmi les femmes, il y a aussi une forte pression fami­liale pour qu’elles se marient tôt.

Fina­lement, l’utilisation de l’hébreu, à la fois lors de l’entretien d’admission et comme langue uti­lisée pour les cours uni­ver­si­taires, cela veut dire que les jeunes Arabes qui quittent l’école où l’ arabe était la pre­mière langue uti­lisée, craignent d’être for­tement désa­van­tagés par rapport à leurs homo­logues juifs.

Areej Dirini, une femme divorcée de 38 ans, emmène ses trois enfants avec elle, par­ta­geant son temps entre la maison de ses parents et ses études à Amman.

Etu­diante adulte com­plétant un Master en design gra­phique à l’université d’al Zeitoun, Ms Dirini a dit qu’elle avait passé de nom­breuses années à vivre avec son ex-​​ époux dans le Golfe et man­quait d’assurance pour étudier en hébreu.

"Je pro­jette ensuite de passer un doc­torat mais je crains d’étudier en Israël après avoir été en dehors du pays depuis si long­temps" a-​​t-​​elle dit.

Cela fait des années que la création d’une uni­versité ensei­gnant en langue arabe dans la plus grande ville arabe d’Israël, Nazareth, est bloquée par les gou­ver­ne­ments suc­cessifs, a dit le Dc Jabareen.

Le Dr Arar a noté que le phé­nomène des citoyens arabes obligés d’étudier à l’étranger à cause de pro­blèmes d’accès à l’enseignement supé­rieur, n’était pas nouveau.

"Pendant les années 60 et au delà, le parti com­mu­niste israélien a offert des bourses dans des uni­ver­sités de l’Union Sovié­tique parce qu’on refusait des places en Israël à une grande partie des étudiants arabes les plus brillants. Ce qui a fait que beaucoup de nos diri­geants actuels ont été éduqués en Europe de l’Est."

[1] 20 % de la popu­lation israé­lienne est palelstinienne