Palestine : l’an zéro du processus de paix

Gilles Paris, mercredi 27 janvier 2010

Un an pour rien : c’est le sen­timent laissé par l’émissaire amé­ricain pour le Proche Orient George Mit­chell après sa der­nière tournée à Jéru­salem et à Ramallah.

En vérité, le bilan est même plus sombre puisque le désen­chan­tement de 2010 a rem­placé l’espoir de 2009, et ce ne sont pas les “idées” de micro-​​gestion laissées par l’émissaire amé­ricain avant son départ (trans­ferts limités de sou­ve­raineté au profit des Pales­ti­niens, libé­ra­tions de pri­son­niers pales­ti­niens) qui semblent de nature à ranimer le pro­cessus de paix.

Face à cet échec et alors que les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes sont désormais toutes théo­ri­quement “illé­gales” (la pré­si­dence de Mahmoud Abbas depuis le 9 janvier 2009 et le Conseil légis­latif depuis le 25 janvier), Stephen Walt, sur le site de Foreign Policy , plaide pour une démission de l’émissaire amé­ricain. A dire vrai, le mea culpa du pré­sident Barack Obama à Time suppose que des ensei­gne­ments soient tirés. Car sur ce dossier, la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine ne partait pas, en appa­rence, dans l’inconnu. Le secré­taire général de la Maison Blanche, Rahm Emanuel , était réputé pour sa connais­sance du jeu poli­tique israélien, et le conseiller à la sécurité nationale, James Jones , venait de passer de longs mois dans les ter­ri­toires palestiniens.

Dans le Monde daté du 25 janvier, Robert Malley, directeur du pro­gramme Moyen-​​Orient de l’International Crisis Group (ICG) et ancien conseiller du pré­sident Bill Clinton pour les affaires israélo-​​arabes a plaidé pour qu’il soit fait table rase du passé : “Que Barack Obama ait passé l’an I de sa pré­si­dence à vérifier la per­ti­nence de concep­tions périmées n’a rien de sur­prenant. On ne se défait pas faci­lement d’un héritage poli­tique ou idéo­lo­gique. C’est main­tenant, alors que l’administration achoppe sur des réa­lités en décalage avec sa vision, que com­mence l’épreuve de vérité.”

Depuis les accords d’Oslo, le pro­cessus de paix a reposé sur des négo­cia­tions bila­té­rales entre Israël et l’OLP en vue d’un statut final, dans le cadre de la solution des deux Etats. Cette vision est-​​elle encore per­ti­nente ? Robert Malley, comme d’autres, pense que non.

L’échec actuel ne peut qu’apporter du crédit aux cri­tiques qui, comme Giora Eiland, plaident pour une approche régio­na­lisée. On en avait déjà parlé en sep­tembre 2008 : cet ancien res­pon­sable du planning de l’armée israé­lienne, ancien conseiller à la sécurité nationale d’Ariel Sharon, estime que la question pales­ti­nienne ne peut plus être réglée dans le cadre des fron­tières de la Palestine man­da­taire ni dans le format en vigueur depuis 1993.

Il plaide à nouveau, dans un rapport publié par le Besa Center for Stra­tegic Studies , pour des échanges de terres entre Israël, l’Egypte et les ter­ri­toires pales­ti­niens, en coor­di­nation avec la Jor­danie. Simple exercice de diplo­matie vir­tuelle ? Ou début de remise en cause radicale ?