Palestine. Une délégation du Hamas au Caire : Le dialogue de la dernière chance

Fares Chahine, lundi 13 octobre 2008

Dans le contexte du par­rainage de l’Egypte du pro­chain dia­logue inter­pa­les­tinien, une délé­gation du mou­vement isla­miste Hamas, auteur d’un coup d’Etat armé contre l’Autorité pales­ti­nienne et son pré­sident Mahmoud Abbas dans la bande de Ghaza, en juin 2007, a ren­contré, mer­credi dernier, Omar Soleimane, le chef du service de ren­sei­gne­ments égyptien. C’était la der­nière faction pales­ti­nienne à se rendre au Caire.

Les média­teurs égyp­tiens avaient ren­contré les 12 fac­tions qui repré­sentent l’ensemble de l’organisation de libé­ration de la Palestine dont le mou­vement Fatah, pilier de cette orga­ni­sation. Cette ten­tative égyp­tienne de rap­procher les bel­li­gé­rants pales­ti­niens, surtout leurs deux forces prin­ci­pales, le mou­vement natio­na­liste Fatah à la tête de l’Organisation de libé­ration de la Palestine depuis plus de 40 ans et le mou­vement isla­miste Hamas, qui ne fait pas partie de cette orga­ni­sation, reconnue par le monde entier comme repré­sentant légitime et unique du peuple pales­tinien, paraît être celle de la der­nière chance.

En effet, tous les obser­va­teurs spé­cia­lisés et la rue pales­ti­nienne assurent qu’un échec du pro­cessus entamé par l’Egypte aboutira sans nulle doute à une catas­trophe dont les retombées sur le peuple pales­tinien seront plus des­truc­trices que la guerre de 1948 et la nais­sance de l’Etat d’Israël. Pour mettre fin à l’état de dés­union qui menace l’avenir des Pales­ti­niens en tant que peuple à la quête de liberté et d’indépendance sur des ter­ri­toires dotés d’une unité géo­gra­phique, le gou­ver­nement égyptien paraît avoir un plan basé sur trois points essen­tiels, à savoir la for­mation d’un gou­ver­nement d’union nationale, la recons­truction des ser­vices sécu­ri­taires sur des bases pro­fes­sion­nelles et non par­ti­sanes avec l’aide d’officiers arabes, des élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles dans un délai ne dépassant pas 6 mois.

Les décla­ra­tions des res­pon­sables du mou­vement Hamas tra­duisent une cer­taine flexi­bilité du mou­vement qui refusait tout com­promis autour de la question des élec­tions. Le Hamas exi­geait des élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives en leur temps, alors que le pré­sident Abbas voyait que seules, des élec­tions anti­cipées pour­raient régler les divi­sions internes. Moussa Abou Marzouk, qui dirige la délé­gation du Hamas, a déclaré que son groupe était d’accord avec la « vision » égyp­tienne pour la for­mation d’un gou­ver­nement d’union avec d’autres fac­tions, dont le Fatah. « Des com­mis­sions vont être créées pour débattre des moyens de mise en œuvre de cette pro­po­sition qui pourrait constituer une ouverture en vue d’un règlement de la crise pales­ti­nienne. D’autres ren­contres, bila­té­rales ou tri­la­té­rales inter­vien­dront dans le courant du mois », a-​​t-​​il dit lors d’une confé­rence de presse à l’issue de ses entre­tiens avec le chef du service de ren­sei­gne­ments égyptien.

Ces décla­ra­tions ne concordent pas avec celles des repré­sen­tants du gou­ver­nement du Hamas à Ghaza qui refusent une pro­lon­gation du mandat pré­si­dentiel dont la fin est prévue le 8 mars 2009. Par ailleurs, il est dif­ficile d’imaginer une orga­ni­sation d’élections pré­si­den­tielles à Ghaza dans l’état actuel des choses, alors que le mou­vement Hamas contrôle abso­lument tout. Cer­tains res­pon­sables pales­ti­niens, à l’image de Yasser Abd Rabo, membre du comité exé­cutif de l’OLP, pensent que la flexi­bilité montrée par le Hamas n’est pas un signe de chan­gement de la poli­tique du mou­vement mais une ten­tative de perte de temps afin de conso­lider encore plus son règne sur la bande de Ghaza.

Tout le monde se rap­pelle de l’excellente atmo­sphère et des décla­ra­tions appelant à l’union lors de la conclusion des accords de La Mecque entre le Fatah et le Hamas sous les aus­pices du roi saoudien Abdallah. Peu de temps après, par le sang et le feu, le mou­vement isla­miste a mis fin à la pré­sence des ins­ti­tu­tions de l’Autorité pales­ti­nienne et à son pré­sident dans l’étroite bande côtière. La suite a été un embargo et un blocus israélien sans faille, en plus d’un diktat indes­crip­tible qui a trans­formé la vie de près de 1,5 million de per­sonnes en un véri­table enfer. Pour cela, la popu­lation pales­ti­nienne ne par­donnera jamais aux res­pon­sables des fac­tions un nouvel échec qui sera synonyme d’une plongée dans un abîme sans fond.


Par ailleurs, selon l’Orient le Jour,

Damas joue un rôle « essentiel » dans la récon­ci­liation pales­ti­nienne, déclare Abbas

Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a affirmé hier que la Syrie jouait un rôle « essentiel » dans la récon­ci­liation entre les mou­ve­ments rivaux pales­ti­niens Fateh et Hamas, à l’issue d’un entretien avec le pré­sident syrien Bachar el-​​Assad à Damas. « Le rôle de la Syrie est essentiel et fon­da­mental, his­to­ri­quement parlant. La Syrie joue un rôle (dans la récon­ci­liation) et nous conti­nuerons de coor­donner nos posi­tions avec elle et également avec d’autres pays arabes comme l’Égypte », a déclaré à la presse M. Abbas dans la capitale syrienne, où il était arrivé samedi soir.

Il a exprimé le souhait que « les choses avancent » au Caire, qui joue un rôle de médiation entre le Fateh, le parti du pré­sident pales­tinien, et le mou­vement isla­miste Hamas. « Il est néces­saire de faire cesser les divi­sions pales­ti­niennes, sinon nous ne par­vien­drons à aucune solution », a-​​t-​​il ajouté.

Fateh et Hamas doivent se ren­contrer le 25 octobre au Caire sous l’égide de l’Égypte « pour aplanir leurs dif­fé­rences sur la façon de par­venir à la récon­ci­liation », a déclaré cette semaine Mahmoud al-​​Zahar, le plus influent diri­geant du Hamas à Gaza. Le Fateh n’a pas encore confirmé cette date. La crise est née de la vio­lente prise de pouvoir par le Hamas dans la bande de Gaza en juin 2007 au détriment du Fateh.

Lors de sa der­nière visite en Syrie, en juillet, M. Abbas s’était entretenu avec des repré­sen­tants de fac­tions pales­ti­niennes basées à Damas mais pas avec le Hamas. Le chef du bureau poli­tique du Hamas, Khaled Mechaal, réside à Damas.

MM. Assad et Abbas ont évoqué par ailleurs les négo­cia­tions syro-​​israéliennes indi­rectes lancées en mai par l’entremise de la Turquie, a déclaré pour sa part Saëb Erakat, un des prin­cipaux négo­cia­teurs pales­ti­niens. Le pré­sident Abbas a quitté Damas dans l’après-midi. [1]