Palestine : Un petit village exposé à une mort lente

Irin, mercredi 7 mai 2008

- A l’entrée du petit village, des ouvriers conti­nuent de tra­vailler à la construction d’un muret en ciment, destiné à diviser la route en deux voies, de sorte qu’elle soit plus sûre ; de son côté, dans une petite salle annexe, près de l’école mater­nelle du village, Haj Sami Sadiq, qui dirige le conseil du village, continue de gérer divers projets de déve­lop­pement agricole pour ses administrés.

Pour M. Sadiq, c’est une « journée de travail comme les autres ». Ou du moins, c’est ce qu’il prétend, car il sait qu’à tout moment, les soldats israé­liens peuvent arriver et com­mencer à démolir la plupart des construc­tions du village et même cer­taines de ses rues.

Le mois dernier, la Haute Cour israé­lienne a débouté les habi­tants d’Aqaba de leur demande d’annulation des ordon­nances de démo­lition émises par l’armée, qui concernent la mater­nelle, la mosquée, un centre de santé et plu­sieurs résidences.

« Les pre­mières ordon­nances de démo­lition ont été émises en 1997. En 2003, 13 autres ont été émises, et depuis lors, chaque année, ils nous en ont donné plus […] Il y a 45 construc­tions dans l’ensemble du village et 35 d’entre elles font l’objet d’ordonnances [de démo­lition] », s’est-il indigné.

Le village, situé dans la section nord-​​est des Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, au sommet de la vallée du Jourdain, a eu un passé agité depuis l’occupation de la Cis­jor­danie par Israël en 1967.

Après l’occupation, qui a incité de nom­breux habi­tants à fuir, la région a été déclarée zone mili­taire, et des camps d’entraînement ont été créés dans le village et aux alen­tours, pour les besoins de l’armée israé­lienne. Selon le conseil du village, huit vil­la­geois ont été tués et 42 ont été blessés au cours d’exercices militaires.

« Il nous arrive encore de trouver des engins non-​​explosés autour du village, et nous disons aux enfants de ne jamais toucher à rien », a expliqué un vil­la­geois. Récemment, en tra­vaillant dans les champs, des vil­la­geois ont notamment découvert plu­sieurs petites roquettes, ainsi que des obus et des balles.

« Quand j’avais 12 ans, j’ai trouvé un obus de char non-​​explosé. Je ne savais pas ce que c’était, et j’ai joué avec. Il a explosé et m’a brûlé aux mains et au visage », s’est souvenu un homme, aujourd’hui âgé d’une qua­ran­taine d’années.

En janvier 2008, des vil­la­geois ont également retrouvé le corps d’un homme « déchi­queté », selon les propos d’une per­sonne qui a vu le cadavre, par un explosif que les soldats avaient laissé der­rière eux.

Sadiq lui-​​même fait partie des per­sonnes blessées au cours des exer­cices mili­taires. Les balles qu’il a reçues dans le torse au début des années 1970 l’ont condamné à passer le restant de ses jours dans un fau­teuil roulant. « Ils ont également détruit nos récoltes en tra­versant nos champs avec leurs tanks », a ajouté Sadiq, ne s’attardant pas sur son propre sort.

Les bases mili­taires ont été retirées en 2003, après que des vil­la­geois eurent déposé une requête auprès de la Haute Cour israé­lienne, affirmant qu’elles consti­tuaient un risque pour leur sécurité.

Pas de nouveaux bâtiments

À la lisière du village, Abdullah Daraghmeh loue un petit terrain pour sa femme et ses quatre enfants. En 1984, la famille a été dépos­sédée de ses propres terres, plus loin dans la vallée.

Abdullah Daraghmeh et sa famille vivent dans des tentes de fortune car « l’armée [israé­lienne] a menacé de démolir tout ce que je pourrais construire », a-​​t-​​il dit.

C’est exac­tement ce qui est arrivé à Salem Jaber, 85 ans. Imam (prêtre musulman) d’une mosquée de la basse vallée du Jourdain pendant plu­sieurs décennies, M. Jaber a décidé il y a plu­sieurs mois de prendre sa retraite et de retourner dans son village natal.

« Dès que j’ai com­mencé à construire une maison ici, pour moi-​​même et ma famille, ils ont émis des ordon­nances d’arrêt des travaux », a-​​t-​​il expliqué.

« Cette terre appar­tenait au grand-​​père de mon grand-​​père. Pourquoi m’empêchent-ils d’y construire une maison ? Je n’ai nulle part d’autre où vivre », a-​​t-​​il ajouté.

L’administration civile israé­lienne en Cis­jor­danie a expliqué à IRIN que la Haute Cour avait approuvé les ordon­nances émises, bien que pour l’instant, la mosquée et le jardin d’enfants ne seraient pro­ba­blement pas rasés.

« Il n’y a pas de plan d’ensemble pour ce village. Les habi­tants ont demandé des permis après avoir déjà construit », a affirmé un porte-​​parole. « Il y a une solution : ils peuvent aller vivre à Taiyser [un village situé à quelques kilo­mètres de là] », a-​​t-​​il suggéré.

Selon les habi­tants, il est vrai que dans cer­tains cas, les permis ont bel et bien été demandés rétro­ac­ti­vement, mais il existe un pro­cessus spé­ci­fique pour ce type de cas, qui ne sont pas inha­bi­tuels. De toute façon, ont-​​il indiqué, même les permis ayant fait l’objet de requêtes en bonne et due forme n’ont pas été accordés.

« Ils veulent que nous quit­tions ces terres, un point, c’est tout. Ils trou­veront tou­jours une excuse », a conclu M. Sadiq.