Palestine ; Pour une nouvelle méthode de dialogue

Wahid Abdel-​​Méguid, mercredi 10 février 2010

La situation pales­ti­nienne est de plus en plus explosive ce qui mpose une révision de la méthode appliquée entre les fac­tions de manière générale et entre les mou­ve­ments Fatah et Hamas en particulier.

L’Egypte s’est beaucoup investie afin de rétrécir la grande fissure qui séparait les frères pales­ti­niens, de mettre un terme à la division et de réa­liser la récon­ci­liation entre les fac­tions égarées, avec des leaders pré­oc­cupés par leurs propres intérêts plus que par la cause elle-​​même. Cependant, les efforts n’ont pas abouti et le résultat a été une situation pales­ti­nienne de plus en plus explosive et en passe de connaître une dété­rio­ration aiguë. Cet état de fait impose une révision de la méthode appliquée entre les fac­tions de manière générale et entre les mou­ve­ments Fatah et Hamas en particulier.

L’ancienne méthode qui avait pour visée de réa­liser une récon­ci­liation globale et com­plé­men­taire était certes cor­recte et adaptée à cette époque. Main­tenant les choses ont changé car les deux mou­ve­ments, devenus deux pou­voirs fictifs bel­li­gé­rants, ont prouvé leur indis­po­ni­bilité à aller de l’avant dans le sens d’une récon­ci­liation globale. Surtout le mou­vement Hamas qui a imposé son contrôle sur Gaza, cette région sinistrée et gisant sous un embargo étouffant.

Même si nous sup­posons que les choses peuvent prendre une version idéale et que les deux mou­ve­ments adver­saires peuvent s’orienter dans le sens d’une récon­ci­liation, rien ne garantit que cet accord soit appli­cable pour une période pro­longée. Si nous revenons un peu en arrière, nous verrons que l’application de l’accord de La Mecque, conclu en février 2007 avant la pour­suite des hos­ti­lités et leur escalade à une étape dou­lou­reuse avec « la bataille de Gaza » en juin de la même année, n’a duré que deux ans.

Les élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles sup­posées avoir lieu en vertu d’un accord de récon­ci­liation pour­raient être le terrain qui l’enterrera par la suite. Il n’est plus réa­liste de réfléchir aux élec­tions, comme il est devenu de plus en plus inutile de rechercher une récon­ci­liation globale. Il faut dire que le fossé s’est élargi et pour panser les plaies de la division, on a besoin d’un miracle.

Bien que cet état pales­tinien ne soit pas le premier du genre dans l’histoire des mou­ve­ments de libé­ration nationale dont beaucoup ont souffert de division, il est dif­ficile de com­parer le cas pales­tinien spé­ci­fi­quement à n’importe quel autre, car cette sin­gu­larité ren­ferme un danger devenu une véri­table problématique.

La nou­veauté dans ce cas semble résider de prime abord dans la division, non pas poli­tique seulement mais également géo­gra­phique. D’autant plus que la division poli­tique a engendré une sépa­ration géo­gra­phique entre la Cis­jor­danie et Gaza. A l’ombre de cette sépa­ration, le mou­vement Fatah à Gaza est devenu sous la merci du mou­vement Hamas et l’autorité du fait accompli dans le secteur. On peut d’ailleurs dire la même chose pour le mou­vement du Hamas en Cisjordanie.

Ce qui fait également la nou­veauté et la sin­gu­larité du conflit inter-​​palestinien est cette confusion qu’on peut détecter entre le mou­vement de libé­ration et l’autorité nationale. Les mou­ve­ments de libé­ration n’ont pas exercé le pouvoir avant l’indépendance sauf dans des cas raris­simes au moment de la libé­ration d’une partie de la terre par l’arme. Cependant, ce pouvoir ne revêtait aucun aspect officiel sauf pour le cas palestinien.

Ainsi, il est devenu urgent de changer de méthode pour remédier à ce cas désespéré, ce en foca­lisant sur la réforme de l’OLP dans un premier temps, tout en ayant pour ultime objectif de mettre un terme à la dété­rio­ration dans la situation pales­ti­nienne et de l’adapter de manière à entraîner les Pales­ti­niens vers une meilleure situation dans un avenir pas très proche.

Ceci signifie que l’OLP est l’unique cause devant faire l’objet de dis­cussion pro­chai­nement. Elle ne doit pas être l’un des thèmes à dis­cuter. Cette méthode doit rec­tifier une erreur his­to­rique qui avait com­mencé lorsque son lea­dership a décidé de la geler à l’issue des accords d’Oslo. Alors qu’il faut bien com­prendre que l’autorité nationale est l’essentielle et non pas une branche devant tomber ou sécher.

Le gel de l’organisation fut une erreur his­to­rique à un moment où sa réforme et son déve­lop­pement étaient une nécessité, comme son élar­gis­sement en annexant de nou­veaux mou­ve­ments, tels le Fatah et Hamas.

Le projet de la réforme de l’organisation et l’élargissement de son étau était effectif depuis le début de 1990, c’est-à-dire deux ans après la création du mou­vement Hamas. Au début de cette année, le pré­sident du conseil national de l’organisation, à l’époque Cheikh Abdel-​​Hamid Al-​​Sayeh, avait adressé un appel à ce mou­vement popu­laire afin de par­ti­ciper au comité étudiant les cri­tères du choix des membres du conseil et le déve­lop­pement de l’organisation. On ne savait rien sur l’arrière-plan de l’abstention du Hamas à par­ti­ciper à ce comité, jusqu’à ce qu’Ibrahim Ghoucha, un de ses fon­da­teurs, ait publié ses mémoires sur le centre Al-​​Zaïtouna pour les études à Bey­routh sous le titre de « Le Minaret rouge-​​biographie ».

Ghoucha avait fait des aveux, selon les­quels il avait dirigé une ten­dance refusant l’adhésion à l’OLP de peur — pour reprendre son récit — que ce ne soit un piège pour prendre part à un mou­vement qui ne fut pas formé de manière intègre et qui a reconnu la réso­lution 242 qui renonce à 78 % de la Palestine. D’ailleurs, cette ten­dance a pris le dessus sur une autre optant pour la participation.

Mais le Hamas a œuvré à rec­tifier cette erreur his­to­rique un peu plus tard et a mani­festé son intention d’adhérer à l’OLP à condition que son conseil national soit élu et qu’il dispose du droit de réexa­miner toutes les déci­sions prises et accords conclus aupa­ravant. Il s’agissait là d’une condition impos­sible, raison pour laquelle la direction de l’OLP en a fait peu de cas et n’a pas œuvré à par­venir à un com­promis avec le Hamas. Elle lui a fait en contre­partie une pro­po­sition impos­sible. Celle de lui consacrer 18 sièges dans un conseil national où le nombre de membres atteint 500. Ceci fut le début d’une longue série d’erreurs mutuelles qui se sont accu­mulées donnant nais­sance à la division actuelle et par consé­quent la sépa­ration géographique.

Malgré tout cela, la réforme de l’OLP et sa recons­truction demeurent l’unique voie de contenir cette division gra­duel­lement. Ce qui impose de changer la méthode de gestion du dia­logue pales­tinien, de manière à mettre au top de l’agenda la réforme de l’OLP.

L’Egypte, quant à elle, est amenée à pour­suivre ses efforts de parrain du dia­logue inter-​​palestinien, tout en donnant la priorité au renou­vel­lement de la charte nationale de l’OLP et son pro­gramme politique.