Palestine ; Les armes tuent le dialogue

Fares Chahine, mardi 2 juin 2009

Les Pales­ti­niens seraient-​​ils plus réa­listes que leurs leaders ? C’est en tout cas ce qui ressort d’un récent sondage révélant leur pes­si­misme quant aux pers­pec­tives de récon­ci­liation entre les deux prin­ci­pales forces, le Hamas et le Fatah. Aussi, apprend-​​on que 51% estiment que l’unité entre Ghaza et la Cis­jor­danie n’interviendra pas avant très long­temps et 27% affirment que la rupture est définitive.

Le 19 mai, un nouveau gou­ver­nement pales­tinien dirigé par Salam Fayyad a prêté serment, mais les isla­mistes du Hamas ont d’emblée affirmé qu’ils ne le recon­naî­tront pas. Et c’est cette défiance qui prend corps. Et là, c’est le recours aux armes. C’est-à-dire des affron­te­ments inter-​​palestiniens. Le pire des cau­chemars, alors que le monde parle de paix, enfin presque.

Dans ce qui peut être qua­lifié de reprise des affron­te­ments san­glants entre les ser­vices sécu­ri­taires de l’Autorité pales­ti­nienne et des éléments armés du mou­vement isla­miste Hamas, mais cette fois en Cis­jor­danie, 6 Pales­ti­niens, dont 3 membres des ser­vices sécu­ri­taires et 2 membres des Bri­gades Ezzeddine El Qassam, la branche armée du Hamas, en plus d’un autre citoyen, viennent effec­ti­vement d’être tués lors d’un accro­chage dans la ville de Kal­kiliya. Alors que le Hamas parle d’assassinat pré­médité de ses éléments par les membres des ser­vices sécu­ri­taires de l’Autorité pales­ti­nienne traités aussi de col­la­bo­ra­teurs au service d’israël et des Etats-​​Unis, le mou­vement Fatah dans la ville de Kal­kiliya clame son soutien aux ser­vices sécu­ri­taires dans ce qui a été appelé « leur lutte contre les ten­ta­tives de désta­bi­li­sation opérées par des éléments du Hamas ».

Le Fatah a accusé le Hamas d’accumuler des armes dans le but de semer la confusion au sein de la popu­lation et des ser­vices sécu­ri­taires et a affirmé son soutien aux ser­vices sécu­ri­taires dans leur ten­tative d’imposer la sécurité et la sta­bilité dans la région de Kal­kiliya, assurant qu’il n’est pas permis de rééditer le coup d’Etat effectué par le Hamas dans la bande de Ghaza.

Un porte-​​parole des ser­vices sécu­ri­taires a répondu aux accu­sa­tions du Hamas faisant état d’un assas­sinat pré­médité qu’une patrouille des forces de sécurité s’adonnant à des acti­vités habi­tuelles dans l’un des quar­tiers de Kal­kiliya a été sur­prise par des tirs d’hommes qui se sont par la suite retranchés dans un des immeubles du quartier et qui conti­nuaient à tirer et à lancer des gre­nades contre les forces de l’ordre qui, selon le porte-​​parole, ont essayé de dia­loguer avec eux, pour qu’ils jettent leurs armes et se rendent afin d’empêcher une effusion de sang, ce qu’ils ont refusé.

Le Hamas a déclaré que ses membres résis­te­raient à toute ten­tative d’arrestation par les ser­vices de sécurité et que l’incident de Kal­kiliya constitue le fon­dement pour une nou­velle étape en Cis­jor­danie occupée, dans laquelle les résis­tants répon­dront à toute ten­tative d’arrestation de la part des ser­vices sécu­ri­taires qua­lifiés d’« agence sio­niste », ce qui déclen­chera l’explosion. L’incident san­glant de Kal­kiliya, met en relief l’énormité de la division inter-​​palestinienne, surtout entre les deux prin­ci­pales forces, le Fatah du pré­sident Mahmoud Abbas qui contrôle les villes de Cis­jor­danie occupée et le Hamas qui domine en solo la bande de Ghaza depuis le 14 juin 2007.

L’incident de Kal­kiliya est peut être le coup de grâce assené à un dia­logue labo­rieu­sement mené sous les aus­pices de l’Egypte, laquelle avait pourtant affirmé qu’un accord final sera signé au début du mois de juillet. La rue pales­ti­nienne est aujourd’hui plus pes­si­miste que jamais de voir les frères ennemis se réunifier de nouveau ce qui fait le jeu d’Israël .