Palestine : La santé et l’économie s’améliorent légè­rement en Cis­jor­danie, mais se dété­riorent à Gaza

Irin, vendredi 21 mai 2010

Dans un contexte de fai­blesse écono­mique, de hausse du chômage et de dété­rio­ration des ins­tal­la­tions d’électricité, d’assainissement et de santé, la santé des habi­tants de Gaza continue à se dégrader, d’après un récent rapport de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS). Par contraste, la situation s’est légè­rement amé­liorée en Cisjordanie.

Dans un contexte de fai­blesse écono­mique, de hausse du chômage et de dété­rio­ration des ins­tal­la­tions d’électricité, d’assainissement et de santé, la santé des habi­tants de Gaza continue à se dégrader, d’après un récent rapport de l’Organisation mon­diale de la santé (OMS). Par contraste, la situation s’est légè­rement amé­liorée en Cisjordanie.

Voir ici un dia­porama sur la vie à Gaza Du fait du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, 98 pour cent des acti­vités indus­trielles ont cessé depuis 2007, et le ter­ri­toire est confronté à des pénuries aigues de car­bu­rants, de liqui­dités, de gaz de cuisine et d’autres pro­duits de base.

« Nous disons à tout le monde de ne pas construire des murs tout autour de Gaza. C’est ce que nous disons haut et fort », a dit à IRIN Filippo Grandi, Com­mis­saire général de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens (UNRWA). « Si Gaza est encerclée de toutes parts par des murs, elle ne peut qu’exploser. C’est presque une loi de la phy­sique. Et cela serait une catas­trophe pour tout le monde autour – pour les Egyp­tiens, pour les Israé­liens, et pour la région dans son ensemble. »

D’après lui, le plus important est de continuer à négocier avec les Israé­liens pour obtenir que le plein accès à l’approvisionnement soit accordé dans la légalité – via des points de passage, et non via des tunnels illégaux.

Interdiction des importations

L’interdiction des impor­ta­tions de maté­riaux de construction a non seulement empêché la recons­truction de quelque 6 400 maisons détruites ou gra­vement endom­magées par l’opération mili­taire d’Israël à Gaza en 2008-​​2009, mais aussi la construction d’environ 7 500 maisons pour faire face à l’augmentation de la popu­lation. Quelques 3 500 familles sont encore déplacées.

« La position israé­lienne est qu’ils doivent être abso­lument sûrs que tout ce qui entre dans Gaza via les points de passage du côté israélien sera utilisé à des fins civiles ou huma­ni­taires », a dit M. Grandi, de l’UNRWA. « Les Nations Unies ont déve­loppé des outils consi­dé­rables pour sur­veiller [les impor­ta­tions], et nous les avons soumis aux Israé­liens pour appro­bation. S’ils veulent, nous pouvons apporter toutes les garanties du monde. Notre pro­blème est que malgré toute cette assis­tance, nous ne pouvons pas importer. »

Les pro­blèmes de santé liés à l’eau sont répandus dans la bande de Gaza à cause du blocus et de l’opération mili­taire israé­lienne à Gaza, qui a détruit les infra­struc­tures d’eau et d’assainissement, dont notamment des réser­voirs, des puits, et des mil­liers de kilo­mètres de canalisations.

« Gaza n’est pas un camp de réfugiés dans une zone isolée. C’est une ville d’un million et demi d’habitants, avec les besoins d’un envi­ron­nement urbain déve­loppé habitué à cer­tains stan­dards. Elle a besoin d’un certain niveau d’entretien. C’est le cas [dans le domaine de] l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. Nous sommes très inquiets à ce sujet, et les Egyp­tiens et les Israé­liens devraient l’être aussi. Tout le monde devrait être inquiet car l’eau conta­minée n’a pas de fron­tières », a dit M. Grandi.

Une crise de l’électricité se poursuit à Gaza, où le réseau n’est capable de couvrir que 70 pour cent de la demande, car la cen­trale élec­trique de Gaza manque de car­burant faute d’argent pour en acheter davantage, et parce que le manque de pièces déta­chées pro­voque des pannes techniques.

Par contraste, l’économie de la Cis­jor­danie semble enre­gistrer une crois­sance depuis le début 2009, en partie grâce à une forte mobi­li­sation des bailleurs, mais aussi parce qu’Israël a réduit les res­tric­tions de mou­vement sur ce ter­ri­toire, et parce qu’une amé­lio­ration de la situation de sécurité a favorisé la confiance des inves­tis­seurs et dynamisé l’activité économique.

Chômage, pauvreté

Dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés (TPO), le chômage était de 31,4 pour cent au troi­sième tri­mestre 2009, ce qui repré­sente une légère baisse par rapport à la même période en 2008, bien que le chômage des jeunes se soit maintenu à 67 pour cent. En mai 2008, seulement une femme sur sept tra­vaillait, et 70 pour cent des familles vivaient avec moins d’un dollar par jour, d’après le rapport de l’OMS.

Au troi­sième tri­mestre 2008, 51 pour cent des Pales­ti­niens vivaient au-​​dessous du seuil de pau­vreté (56 pour cent à Gaza et 48 pour cent en Cis­jor­danie), et 19 pour cent dans une pau­vreté extrême.

Au deuxième semestre 2008, un tiers des ménages de Cis­jor­danie et 71 pour cent des ménages de Gaza rece­vaient une aide ali­men­taire ; l’alimentation repré­sentant environ la moitié des dépenses totales des ménages, les familles étaient très vul­né­rables aux fluc­tua­tions des prix ali­men­taires. En mai 2008, 56 pour cent des habi­tants de Gaza et 25 pour cent des Cis­jor­da­niens étaient consi­dérés comme étant en situation d’insécurité ali­men­taire par les Nations Unies. A Gaza, la mal­nu­trition chro­nique a aug­menté ces der­nières années, attei­gnant 10,2 pour cent.

La situation se dégrade au moment même ou l’UNRWA – chargée d’aider, de pro­téger et du plai­doyer en la faveur de quelque 4,7 mil­lions de Pales­ti­niens réfugiés en Jor­danie, au Liban, en Syrie et dans les TPO – prévoit un déficit de 25 pour cent dans son budget de base. « L’UNRWA est une très grande machine qu’il faut ali­menter, et mal­heu­reu­sement, bien que les dons que nous recevons aug­mentent, en réalité ils n’augmentent pas assez pour couvrir les besoins », a dit M. Grandi.

Santé

De manière générale, les ser­vices de santé se sont amé­liorés en Cis­jor­danie au cours de l’année der­nière, grâce à l’allègement des res­tric­tions de mou­vement et aux efforts du ministère de la Santé pales­tinien, avec le soutien des bailleurs et d’autres parties pre­nantes. Cependant, l’impact de la « bar­rière de sépa­ration » israé­lienne et les dif­fi­cultés d’accès aux hôpitaux à Jéru­salem Est, aux­quels près de 50 pour cent des patients orientés par le ministère de la Santé étaient adressés en 2009, restent problématiques.

A Gaza, le blocus israélien affaiblit le système de santé, limitant la dis­po­ni­bilité des four­ni­tures médi­cales et la for­mation du per­sonnel médical, et empê­chant que les patients dans un état grave ne soient trans­férés hors de la bande de Gaza pour recevoir un trai­tement spécialisé.

L’opération mili­taire israé­lienne de 2008-​​2009 a endommagé 15 des 27 hôpitaux de la bande de Gaza et détruit 43 de ses 110 établis­se­ments de santé de base, dont aucun n’a été réparé ni recons­truit à cause de l’interdiction des impor­ta­tions de matériel de construction. Environ 15 à 20 pour cent des médi­ca­ments essen­tiels sont fré­quemment en rupture de stock, et les établis­se­ments manquent de pièces déta­chées essen­tielles pour de nom­breux équi­pe­ments médicaux, d’après le rapport de l’OMS.

En raison de cette situation, le taux de mor­talité infantile, qui avait connu une baisse régu­lière au cours des der­nières décennies, s’est sta­bilisé ces der­nières années, et pourrait même avoir aug­menté à Gaza, où il est environ 30 pour cent plus élevé qu’en Cis­jor­danie. La diarrhée aqueuse, la diarrhée san­glante aiguë et l’hépatite virale sont les prin­ci­pales causes de mor­bidité parmi les maladies infec­tieuses recensées dans la bande de Gaza.

En général, on ne dispose d’aucune donnée fiable sur la mor­talité et la mor­bidité maternelle.

« Très souvent, les jour­na­listes me demandent si je définis la crise de Gaza comme une crise huma­ni­taire, et voici ce que je leur réponds : cela va bien au-​​delà de l’humanitaire. C’est beaucoup plus grave », a dit M. Grandi. « On peut répondre à une crise huma­ni­taire en apportant des médi­ca­ments et de la nour­riture ; [ce qui se passe à Gaza] est beaucoup plus grave. C’est avant tout une crise de l’économie – les gens sont très pauvres. C’est une crise des ins­ti­tu­tions, et c’est une crise des infra­struc­tures. Il faudra des années pour résoudre [ces problèmes]. »

Le rapport de l’OMS, publié le 13 mai, est l’aboutissement d’une mission d’établissement des faits visant à évaluer la situation sani­taire et écono­mique des TPO, en réponse à la réso­lution WHA62.2, adoptée lors de la 62ème Assemblée mon­diale de la santé, qui a notamment demandé qu’Israël « lève immé­dia­tement le bou­clage du ter­ri­toire pales­tinien occupé, en par­ti­culier la fer­meture des points de passage de la Bande de Gaza occupée, qui est à l’origine de la grave pénurie de médi­ca­ments et de four­ni­tures médicales ».