Palestine ; La réconciliation malmenée

Abir Taleb, jeudi 29 octobre 2009

Le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbass, a convoqué des élec­tions géné­rales en janvier 2010, exas­pérant davantage les rela­tions avec ses rivaux du Hamas.

Le Fatah et le Hamas étaient sur le point de par­venir enfin à une entente. L’affaire Gold­stone est venue tor­piller les efforts de récon­ci­liation [1]. La convo­cation d’élections géné­rales en janvier pro­chain à Jéru­salem, en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza leur a, semble-​​t-​​il, donné le coup de grâce. L’annonce a été faite ven­dredi dernier par le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbass. Et le len­demain, devant le Conseil central pales­tinien réuni à Ramallah, M. Abbass a maintenu l’échéance 24 janvier, telle que définie par la Loi fon­da­mentale, malgré le refus du Hamas d’y par­ti­ciper. « C’est la loi, nous devons faire ainsi. Nous agissons confor­mément au calen­drier consti­tu­tionnel. (En même temps), nous pour­suivons nos efforts en vue de la récon­ci­liation », a-​​t-​​il dit. M. Abbass, âgé de 74 ans, a convoqué le scrutin après l’échec de dis­cus­sions de récon­ci­liation entre les fac­tions menées depuis plus d’un an avec la médiation de l’Egypte. Mais le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne s’est aussi dit prêt à reprendre les négo­cia­tions avec le mou­vement isla­miste au pouvoir à Gaza pour par­venir à une récon­ci­liation avant le scrutin.

Or, le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, refuse la tenue d’élections tant qu’un accord poli­tique entre fac­tions pales­ti­niennes n’aura pas été conclu. Faouzi Barhoum, porte-​​parole du Hamas à Gaza, a ainsi estimé que le dis­cours de Abbass à Ramallah était « plein de men­songes, de duperie et de contra­dic­tions ». « Il a tenté de dresser l’opinion publique contre le Hamas », a-​​t-​​il fustigé.

Pire encore, le Hamas a accusé samedi Mahmoud Abbass d’« usur­pation » de pouvoir, selon les propos d’Ahmad Bahar, vice-​​président du Conseil Légis­latif Pales­tinien (CLP, le Par­lement pales­tinien). Ce décret n’a « aucune valeur d’un point de vue consti­tu­tionnel », a estimé M. Bahar, en pré­cisant que le mandat du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne avait expiré en janvier 2009. Le Hamas conteste la légi­timité de M. Abbass au nom de la Loi fon­da­mentale pales­ti­nienne qui fixe à quatre ans le mandat du pré­sident. Tou­tefois, le mandat de quatre ans de M. Abbass, élu le 9 janvier 2005, a été prorogé par l’Autorité pales­ti­nienne d’une année pour faire coïn­cider le scrutin pré­si­dentiel avec les élec­tions légis­la­tives. La légis­lature de l’actuel Par­lement pales­tinien, dominé par le Hamas, expire en janvier 2010, d’où l’obligation pour le pré­sident Abbass de convoquer des élec­tions à cette date.

Une tactique risquée

Or, la convo­cation d’élections est une tac­tique risquée qui com­plique encore un pro­cessus déjà dif­ficile. Selon cer­tains ana­lystes, elle pourrait viser à forcer les isla­mistes du Hamas à signer un accord de récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne. L’appel à des élec­tions est une « tac­tique poli­tique » qui vise à tordre le bras des isla­mistes du Hamas pour qu’ils acceptent de signer un accord de récon­ci­liation nationale, explique Hani Al-​​Masri, ana­lyste poli­tique à Ramallah (Cis­jor­danie) cité par l’AFP. « Mais il y a un pas entre la publi­cation d’un décret et la tenue des élec­tions sur le terrain », avertit M. Al-​​Masri, selon lequel l’objectif de M. Abbass est de contraindre le Hamas à reprendre le dialogue.

Le Hamas refuse, jusqu’à présent, de parapher un projet d’accord de récon­ci­liation proposé par l’Egypte et signé par le Fatah et qui prévoit de reporter la date des élec­tions au mois de juin 2010. Lors du dis­cours de samedi, M. Abbass a promis qu’il ferait tout pour par­venir à la récon­ci­liation nationale qui relève selon lui de « l’intérêt du peuple palestinien ».

Mais concrè­tement parlant, la décision de convoquer les élec­tions risque de creuser le fossé entre la Cis­jor­danie, aux mains de l’Autorité pales­ti­nienne de M. Abbass, et la bande de Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par le Hamas. « Si des élec­tions ont lieu sans un accord avec le Hamas, la division sera consacrée et les ter­ri­toires pales­ti­niens se trans­for­meront en deux entités (poli­tique et géo­gra­phique) dis­tinctes », relève Hassan Khreisheh, également cité par l’AFP. D’autre part, le Hamas est en mesure d’empêcher la tenue d’élections cré­dibles dans la bande de Gaza, où vivent 1,5 million de Palestiniens.

Si les élec­tions sont main­tenues, le mou­vement isla­miste menace aussi d’organiser son propre scrutin à Gaza. Les Pales­ti­niens auraient alors deux pré­si­dents rivaux, deux Par­le­ments et deux pre­miers ministres dans deux ter­ri­toires dis­tincts. Cela conduirait à une division poli­tique et à une rupture per­ma­nente entre les deux frères ennemis pales­ti­niens. Une situation à hauts risques.

[1] Le pré­sident pales­tinien a dans un premier temps cédé aux pres­sions, notamment des Etats-​​​​Unis, et accepté le report du rapport. Devant la colère générale du peuple pales­tinien, il a fait volte-​​​​face et c’est à la demande des Pales­ti­niens que le Conseil des droists de l’Homme a examiné le texte, qu’il a approuvé