Palestine ; Hébron au cœur du conflit

Rania Adel, mercredi 10 décembre 2008

Des exac­tions per­pé­trées par les colons juifs à l’encontre de la popu­lation pales­ti­nienne d’Hébron font craindre une répé­tition du scé­nario qui a coïncidé avec l’évacuation de la bande de Gaza, il y a trois ans.

« Les colons font la guerre aux Pales­ti­niens », c’est ainsi que le ministre pales­tinien des Affaires étran­gères, Riyad Al-​​Maliki, a qua­lifié la vio­lence déclenchée au cours de la semaine dans la ville d’Hébron par les colons. Maliki a déclaré aux jour­na­listes à Ramallah que des colons pro­fi­taient de la vacance du pouvoir créée par la démission du premier ministre israélien, Ehud Olmert, mis en cause dans une affaire de cor­ruption. « Israël paraît trop faible pour prendre des mesures contre des colons », a dit Maliki, tout en demandant au Conseil de sécurité de l’Onu de se saisir du problème.

Mais ces nou­velles vio­lences ne mettent pas uni­quement en cause Tel-​​Aviv. C’est une occasion de plus pour jeter de l’huile sur le feu, alors que les luttes intes­tines pales­ti­niennes n’en finissent pas. En effet, un député du Hamas, Moushir Al-​​Masri, en a imputé la res­pon­sa­bilité au pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass, l’accusant d’avoir « enhardi les colons en affai­blissant la résis­tance palestinienne ».

Quoi qu’il en soit, ces récents déve­lop­pe­ments font craindre le pire, que ce soit du côté israélo-​​palestinien que palestino-​​palestinien. Robert Serry, émis­saire de l’Onu pour le Proche-​​Orient, a publié un com­mu­niqué exprimant sa crainte d’une « escalade ». Il a réclamé « un arrêt immédiat des attaques lancées par des colons » et invité l’ensemble des parties à la modé­ration. Le repré­sentant spécial des Nations-​​Unies au Proche-​​Orient a de même condamné « la pour­suite des vio­lences de colons israé­liens qui s’en prennent à des civils pales­ti­niens, per­pé­tuent des actes de van­da­lisme et pro­fanent des mos­quées et des cime­tières musulmans ». Il a relevé, dans un com­mu­niqué, « l’obligation faite au gou­ver­nement israélien, en tant que pouvoir occupant, de pro­téger la popu­lation pales­ti­nienne, ses biens et ses lieux sacrés ».

Tout a com­mencé lorsque la Cour suprême israé­lienne a ordonné, le 16 novembre, aux colons d’évacuer un bâtiment qu’ils occu­paient depuis mars 2007. Ces der­niers ont refusé de se sou­mettre, et la police a dû évacuer manu militari 250 colons au terme d’une épreuve de force avec le camp ultra­na­tio­na­liste hostile à tout retrait en Cis­jor­danie. Et comme consé­quence, trois Pales­ti­niens ont été blessés par balles. Des colons juifs ont aussi détruit des oli­viers, jeté des pierres et incendié deux maisons et une quin­zaine de voitures.

Une ville symbole

Côté israélien, on tentait de contenir la colère pales­ti­nienne et inter­na­tionale. Le ministre israélien de la Justice, Daniel Friedman, a qua­lifié les exac­tions des colons de « pogrom cho­quant », et a déclaré à la pre­mière chaîne de télé­vision israé­lienne qu’il regrettait pro­fon­dément que les forces de sécurité n’aient pas été pré­parées à les pré­venir. Le chef de l’administration mili­taire en Cis­jor­danie, le général de brigade Yoav Mor­dehaï, a ainsi fer­mement dénoncé des « agis­se­ments cri­minels » de colons, pro­mettant à la popu­lation pales­ti­nienne d’assurer sa pro­tection, dans une série d’interviews à des médias pales­ti­niens. Un res­pon­sable mili­taire, cité par le quo­tidien israélien Yedioth Aha­ronoth, a pour sa part accusé l’extrême droite en Israël de « vouloir pro­voquer une guerre de reli­gions » entre juifs et musulmans.

La presse israé­lienne a également dénoncé à l’unanimité les excès des ultra­na­tio­na­listes juifs. Mais s’agit-il de véri­tables dénon­cia­tions ou plutôt de décla­ra­tions à visées élec­to­rales ? Les res­pon­sables voulant donner l’impression de pouvoir tout contrôler.

Hébron, cité de 180 000 habi­tants où résident quelque 650 colons dans des enclaves pro­tégées, est une des villes sym­bo­liques de cette situation conflic­tuelle. Au vu du passé violent de la ville et des troubles per­pé­tuels qui y règnent, cette colonie, située au beau milieu d’une zone urbaine pales­ti­nienne, attire sans sur­prise les per­son­na­lités radi­cales, cer­taines venues de France ou des Etats-​​Unis, qui ont immigré en Israël et semblent attirées par les fric­tions. Un grand nombre de colons sont armés et manient leurs fusils ouver­tement, en visant les Palestiniens.

Les colonies juives sont consi­dérées, par les Pales­ti­niens et les Occi­dentaux, comme un des obs­tacles prin­cipaux au pro­cessus de paix. Depuis le 26 octobre, lorsque Tsahal a détruit un site de colo­ni­sation sauvage, près de Kiryat Arba, qui jouxte Hébron, les inci­dents vio­lents avec les forces de l’ordre israé­liennes sont quasi quotidiens.

Cette vio­lence phy­sique et verbale a fait resurgir le spectre des vio­lences fra­tri­cides de l’évacuation de la bande de Gaza, en août 2005, et surtout de celles de l’évacuation de l’implantation sauvage d’Amona, dans le sud de la Cis­jor­danie, en février 2006. Le quo­tidien Haaretz a ainsi lancé la semaine der­nière un appel au ministre de la Défense, Ehud Barak, pour qu’il « écrase le ter­ro­risme des colons, pour ne pas aban­donner l’Etat à un groupe de fous dan­gereux capables d’en pro­voquer la destruction ».

Ce regain de tension, entre colons extré­mistes et auto­rités israé­liennes, inter­vient alors que le débat sur l’avenir de la Cis­jor­danie est repassé au premier plan, avant les élec­tions de février 2008. L’état des lieux est plutôt inquiétant pour les oppo­sants à tout com­promis avec les Pales­ti­niens. La can­didate du parti cen­triste Kadima, Tzipi Livni, au coude à coude dans les son­dages avec le chef de l’opposition, Benyamin Neta­nyahu, ne cache pas qu’elle est prête à des conces­sions ter­ri­to­riales qui consti­tuent la pla­te­forme poli­tique tra­di­tion­nelle du Parti tra­vailliste d’Ehud Barak. Quant au Likoud, son chef de file, Neta­nyahu, garde un silence éloquent sur le sujet.