Palestine : Dans l’attente d’une percée

Rania Adel, jeudi 18 septembre 2008

Qu’il s’agisse des diver­gences entre le Fatah et le Hamas ou des négo­cia­tions avec Israël, l’incertitude plane sur toutes les chances de récon­ci­liation ou de relance de paix.

La relation Hamas-​​Fatah demeure tou­jours sur une corde raide et il paraît qu’il faut attendre long­temps avant qu’il y ait une cer­taine détente. Une décla­ration du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbass, issu du Fatah n’a pas manqué de jeter l’huile sur le feu. Le pré­sident étant déterminé à se main­tenir à la tête de l’Autorité pales­ti­nienne jusqu’en 2010, alors que le mou­vement isla­miste, qui a rem­porté les légis­la­tives de 2006, considère que son mandat prendra fin le 9 janvier prochain.

« Je pense que les élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles doivent avoir lieu simul­ta­nément, en janvier 2010. Nous allons décider et publier un décret pré­si­dentiel en consé­quence », a déclaré Abbass dans un entretien accordé au quo­tidien israélien Haaretz, paru dimanche.

Prié de dire s’il a l’intention de briguer un nouveau mandat, le suc­cesseur de Yasser Arafat juge la question prématurée.

Une position qui a pro­voqué le Hamas dont le porte-​​parole, Sami Abou-​​Zouhri, a dit : « Si Abbass reste au pouvoir en l’absence d’élections, il sera privé de légi­timité et perdra le pouvoir ainsi que le droit de prendre des déci­sions. Le Hamas le consi­dérera dès lors comme un usur­pateur et un hors-​​la-​​loi ».

Pourtant, la veille, le Hamas se disait favo­rable à la récon­ci­liation entre Pales­ti­niens, mais a sou­haité que tous les sujets soient débattus en l’absence de pres­sions inter­na­tio­nales, comme l’a déclaré samedi soir Khaled Mechaal, chef de file du mou­vement isla­miste qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007.

« Ne mettez pas le Hamas au pied du mur », a averti Mechaal, qui vit en exil à Damas, à l’occasion d’une céré­monie reli­gieuse célébrée dans la nuit. « Les pres­sions et le blocus ont été expé­ri­mentés contre le Hamas mais il reste inébran­lable. Nous sommes favo­rables à la récon­ci­liation dès lors qu’elle se déroule sans pres­sions exté­rieures et dans le cadre d’un dia­logue qui per­mette d’aborder tous les sujets. Le Hamas est du côté de ses frères arabes. Il est injuste d’ignorer le rôle des Etats-​​Unis et d’Israël », a-​​t-​​il ajouté. Il faisait allusion au fait que Amr Moussa, secré­taire général de la Ligue arabe, s’est dit mécontent cette semaine de la per­sis­tance des divi­sions pales­ti­niennes et a évoqué la pers­pective de sanc­tions de la part des Etats membres de l’organisation. Le Hamas a déclaré aussi vouloir par­venir « aussi vite que pos­sible » à un accord avec Israël sur un échange de pri­son­niers. Le Hamas sou­haite réa­liser rapi­dement un échange de pri­son­niers mais il ne peut accepter le « chantage israélien », a lancé Khaled Mechaal lors d’un ras­sem­blement samedi soir à Damas. Pour relâcher le soldat Gilad Shalit, capturé en juin 2006 par des acti­vistes de la bande de Gaza qui s’étaient intro­duits en Israël, le Mou­vement de la résis­tance isla­mique exige la libé­ration d’un millier de pri­son­niers pales­ti­niens détenus en Israël. Or, l’Etat hébreu n’en propose que 450. Les pour­parlers, menés avec la médiation de l’Egypte, n’ont jusqu’alors rien donné.

Gel du processus de paix

Concernant le volet palestino-​​israélien, le pro­cessus de paix, lettre morte depuis des années, n’a enre­gistré aucun progrès signi­fi­catif et la date butoir de fin 2008 pour qu’Israéliens et Pales­ti­niens par­viennent à un accord est illu­soire. En neuf mois de négo­cia­tions, Israé­liens et Pales­ti­niens n’ont réussi à se mettre d’accord sur aucun des six points dis­cutés, a déclaré le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbass dans un entretien publié ven­dredi par le quo­tidien israélien Haaretz. « Je ne peux pas dire qu’il y a eu d’accord ne serait-​​ce que sur un sujet », déclare Abou-​​Mazen dans cette interview accordée à l’occasion du 15e anni­ver­saire des accords d’Oslo. Confronté à de nom­breuses accu­sa­tions de cor­ruption, le premier ministre israélien Ehud Olmert ne bri­guera pas la tête de son parti Kadima le 17 sep­tembre prochain [1]. Il restera pro­ba­blement en fonc­tions jusqu’à ce qu’un nouveau gou­ver­nement soit formé ou que de nou­velles légis­la­tives soient orga­nisées. Mahmoud Abbass a promis de tra­vailler avec son suc­cesseur. « Nous res­pec­terons la décision du public israélien. Nous négo­cierons avec tout premier ministre élu en Israël ».

L’un des points d’achoppement des négo­cia­tions est le droit au retour des réfugiés pales­ti­niens. « Nous com­prenons que si les cinq mil­lions de réfugiés rentrent chez eux, l’Etat d’Israël sera détruit », déclare Abou-​​Mazen. Il sou­haite cependant que l’Etat hébreu recon­naisse sa res­pon­sa­bilité dans la genèse du pro­blème et envisage une solution pra­tique. Il se dit prêt à accepter qu’Israël ne reprenne qu’un « nombre rai­son­nable » de réfugiés. « Les Pales­ti­niens qui ne rentrent pas en Israël pourront venir en Palestine ». Non seulement les Pales­ti­niens sont dans l’attente du suc­cesseur d’Olmert, mais aussi de la nou­velle Admi­nis­tration amé­ri­caine. Bref, des ques­tions en suspens que les jours à venir doivent régler.

Rania Adel

[1] l’élection vient de se tenir et c’est Livni qui l’emporte contre Mofaz