Palestine : Course contre la montre

Abir Taleb, mercredi 15 octobre 2008

Mahmoud Abbass s’est rendu cette semaine à Damas en vue de consulter les dif­fé­rentes fac­tions pales­ti­niennes sur une éven­tuelle relance du dia­logue inter­pa­les­tinien au Caire à la fin du mois.

Y aura-​​t-​​il ou non une ren­contre Fatah-​​Hamas le 25 octobre pro­chain au Caire ? Et si oui, peut-​​on sou­haiter qu’elle abou­tisse à une ébauche de solution en vue d’une récon­ci­liation interpalestinienne ?

Rien n’est sûr à l’heure qu’il est. Cela fait des mois que l’Egypte tente une médiation entre les frères rivaux, en vain. Pour le moment, le seul élément positif est la décla­ration de Azzam Al-​​Ahmad, l’un des prin­cipaux diri­geants du Fatah, selon lequel le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass a fait savoir qu’il était disposé à envi­sager une ren­contre avec le Hamas, sous l’égide de l’Egypte.

Mais le Fatah n’a pas pour autant donné de réponse défi­nitive sur cette éven­tuelle ren­contre. Selon Azzam Al-​​Ahmad, le pré­sident pales­tinien a reçu un rapport sur la médiation égyp­tienne, évoquant la ren­contre entre des diri­geants du mou­vement isla­mique et le chef des ser­vices de ren­sei­gne­ments égyptien, Omar Soliman. Ce rapport « inclut une pro­po­sition par le Hamas de ren­contre avec le Fatah en Egypte » le 25 octobre, a précisé Al-​​Ahmad, sans plus. « Le Fatah va étudier cette pro­po­sition et consultera toutes les autres fac­tions pour déter­miner notre réponse », a-​​t-​​il ajouté. Un autre diri­geant pales­tinien, qui a gardé l’anonymat, s’est montré plus opti­miste. « Il est pro­bable que le Fatah accepte cette ren­contre du 25 octobre ».

Autre point positif, les deux parties semblent conscientes de la nécessité d’aplanir leurs diver­gences. Lors d’une visite à Damas, Mahmoud Abbass a estimé dimanche que c’est dans l’intérêt du peuple pales­tinien que la rivalité de sa faction, le Fatah, avec le Hamas cesse. Paral­lè­lement, le chef du mou­vement de la résis­tance isla­mique a jugé que l’heure de la récon­ci­liation avait sonné.

M. Abbass s’exprimait à Damas, à l’occasion d’une visite de deux jours des­tinée à informer les prin­cipaux res­pon­sables syriens de l’évolution de la situation inter­pa­les­ti­nienne. La Syrie a une forte influence sur les fac­tions pales­ti­niennes ins­tallées sur son sol, à com­mencer par le Hamas. « Per­sonne n’est heureux de voir se pour­suivre les divi­sions actuelles », a déclaré M. Abbass devant la presse, après un entretien avec le pré­sident syrien Bachar Al-​​Assad. « Per­sonne ne nous res­pectera plus si nous conti­nuons », a-​​t-​​il ajouté. A son arrivée samedi, il avait annoncé que la médiation égyp­tienne avait franchi un nouveau palier. Il avait annoncé sans autre détail qu’une décla­ration serait faite au Caire, suivie d’une ren­contre de toutes les fac­tions palestiniennes.

Le chef poli­tique du Hamas, Khaled Mechaal, a lui aussi semblé se rallier à cette vue en affirmant dimanche que les média­teurs égyp­tiens avaient obtenu des résultats. « Nous avons trouvé une formule (en vue de la récon­ci­liation) et nous demandons à Dieu de la faire réussir », a-​​t-​​il dit au cours d’une confé­rence sur Jéru­salem à Doha (Qatar).

Dans cette pers­pective, il a proposé que le Fatah et le Hamas libèrent tous les pri­son­niers poli­tiques en Cis­jor­danie et à Gaza, et mettent un terme à leur cam­pagne de déni­grement média­tique pour créer une « atmo­sphère positive », propice à une réconciliation.

Des décla­ra­tions de bonne volonté, et pourtant, aucune cer­titude sur la tenue des dis­cus­sions au Caire, et sur leur portée au cas où il serait pos­sible de réunir les dif­fé­rentes fac­tions. Du côté du Hamas, on avance la date du 25 octobre avec cer­titude. Jeudi dernier, Mahmoud Al-​​Zahar, le plus influent diri­geant du Hamas à Gaza, avait indiqué que son mou­vement et celui du Fatah enta­me­raient des dis­cus­sions au Caire le 25 octobre pour former un gou­ver­nement pales­tinien de tran­sition, approuvé par les dif­fé­rentes fac­tions. Une décla­ration faite à la suite de la ren­contre qui a réuni la semaine der­nière au Caire une délé­gation du Hamas et Omar Soliman.

Or, tous les obser­va­teurs s’accordent à dire que cette nou­velle médiation égyp­tienne risque d’être celle de la der­nière chance. Pour mettre fin à l’état de dés­union qui menace les Pales­ti­niens, le gou­ver­nement égyptien paraît avoir un plan basé sur trois points essen­tiels, à savoir la for­mation d’un gou­ver­nement d’union nationale, la recons­truction des ser­vices sécu­ri­taires sur des bases pro­fes­sion­nelles et non par­ti­sanes avec l’aide d’officiers arabes, des élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles dans un délai ne dépassant pas 6 mois.

L’épineuse question des élections

La question des élec­tions est en effet au cœur des pro­blèmes. Les députés du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient cesser de recon­naître Mahmoud Abbass en tant que pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne à partir du 8 janvier pro­chain. Cette date d’expiration est ainsi au cœur d’une polé­mique entre les deux mouvements.

Mahmoud Abbass a été élu le 8 janvier 2005. Or, la Consti­tution de l’Autorité pales­ti­nienne fixe à quatre ans le mandat du pré­sident. Mais le Fatah, parti de Mahmoud Abbass, conteste cette position. Il s’appuie sur la loi élec­torale qui stipule que les élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives doivent se tenir en même temps. Ceci revien­drait à pro­roger le mandat de Mahmoud Abbass d’un an. En effet, le Par­lement qui est dominé par le Hamas avait été élu en janvier 2006 pour une période de quatre ans, et les pro­chaines élec­tions légis­la­tives sont prévues pour janvier 2010.

Pourtant, au sein même du Hamas, les posi­tions ne semblent pas concorder. Alors que les députés du parti annoncent ne plus recon­naître Mahmoud Abbass après le 8 janvier, d’autres décla­ra­tions de cer­tains res­pon­sables du mou­vement pré­sents au Caire la semaine der­nière tra­duisent une cer­taine flexi­bilité du mou­vement qui refusait tout com­promis autour de la question des élec­tions. Moussa Abou-​​Marzouq, qui dirige la délé­gation du Hamas, a déclaré que son groupe était d’accord avec la « vision » égyp­tienne pour la for­mation d’un gou­ver­nement d’union avec d’autres fac­tions, dont le Fatah. « Des com­mis­sions vont être créées pour débattre des moyens de mise en œuvre de cette pro­po­sition qui pourrait constituer une ouverture en vue d’un règlement de la crise pales­ti­nienne. D’autres ren­contres, bila­té­rales ou tri­la­té­rales, inter­vien­dront dans le courant du mois », a-​​t-​​il dit.

Par ailleurs, il est dif­ficile d’imaginer une orga­ni­sation d’élections pré­si­den­tielles à Gaza dans l’état actuel de choses, alors que le mou­vement du Hamas contrôle abso­lument tout. Cer­tains res­pon­sables pales­ti­niens, à l’image de Yasser Abd-​​Rabbo, membre du comité exé­cutif de l’OLP, pensent que la flexi­bilité montrée par le Hamas n’est pas un signe de chan­gement de la poli­tique du mou­vement mais une ten­tative de perte de temps afin de conso­lider encore plus son règne sur la bande de Gaza. Or, dans un climat où la confiance fait défaut, toute solution est déjà compromise.