Palestine : C’est l’échec d’Oslo qui a permis la montée du Hamas

Ghassan Khatib, dimanche 21 septembre 2008

Colo­ni­sation israé­lienne accé­lérée pendant un pro­cessus supposé l’arrêter, mau­vaise gou­ver­nance de la nou­velle Autorité pales­ti­nienne, "ceci a donné une occasion, dont il s’est saisi, au prin­cipal groupe d’opposition, le Hamas"

Les négo­cia­tions d’ Oslo menées secrè­tement en Norvège paral­lè­lement aux négo­cia­tions offi­cielles de Washington, ont amené au premier accord jamais signé entre Israël et la direction pales­ti­nienne. Pourtant on ne peut ana­lyser Oslo comme un accord mais plutôt comme un pro­cessus com­portant 5 accords, leur mise en appli­cation ainsi que les rela­tions com­plexes et les nou­velles réa­lités que cela créa. A l’époque, la majorité des Pales­ti­niens a perçu de façon positive la Décla­ration de Prin­cipes (DOP), qui fut signée à Washington en 1993. Cela essen­tiel­lement parce que ça impli­quait la recon­nais­sance de l’OLP comme repré­sentant du peuple pales­tinien et pro­mettait le retour de la direction pales­ti­nienne dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés afin d’y établir la pre­mière Autorité palestinienne.

Ensuite, la DOP fut consi­dérée par les Pales­ti­niens comme une étape tran­si­toire vers la fin de l’occupation. Elle sti­pulait 3 phases du redé­ploiement de l’armée israé­lienne de tout le ter­ri­toire occupé à l’exception de Jéru­salem -est et des colonies dont on devait négocier, comme la question des réfugiés, au bout de trois ans. Les Pales­ti­niens voyaient aussi comme une percée qu’Israël recon­naissait la question des réfugiés et celle de Jéru­salem comme négociables.

Mais le soutien massif de l’opinion publique à Oslo et à la direction qui avait négocié et signé l’accord ne dura pas long­temps. Rapi­dement des son­dages d’opinion et d’autres indi­ca­teurs mon­trèrent une courbe des­cen­dante de l’enthousiasme pour l’un et l’autre. Il y avait à cela de nom­breuses raisons évidentes.

Un pro­cessus supposé amener la fin de l’occupation n’arrivait même pas à cacher les signes mettant en évidence, bien au contraire, la conso­li­dation de l’occupation. L’insistance israé­lienne pour pour­suivre la confis­cation de la terre pales­ti­nienne et étendre les colonies juives illé­gales, que ce soit sous le gou­ver­nement tra­vailliste ou sous le Likoud, mul­ti­pliant par deux le nombre de colons dans les ter­ri­toires occupés, a entraîné dans l’opinion pales­ti­nienne et chez les diri­geants de plus en plus de doutes sérieux sur Oslo.

En même temps, l’échec du pro­cessus pour limiter les pra­tiques de l’occupation s’accompagnait de piètres résultats quant à la gou­ver­nance de l’Autorité pales­ti­nienne. Et en plus de sa mau­vaise gou­ver­nance, la manière dont Oslo avait rendu la direction pales­ti­nienne dépen­dante d’Israël, écono­mi­quement, admi­nis­tra­ti­vement et struc­tu­rel­lement, eut un impact majeur sur la poli­tique inté­rieure pales­ti­nienne. Ces deux fac­teurs eurent des consé­quences par­ti­cu­liè­rement néga­tives sur le soutien apporté à ceux qui étaient res­pon­sable du processus.

Ceci a donné une occasion, dont il s’est saisi, au prin­cipal groupe d’opposition, le Hamas, qui a inten­sifié ses attaques contre Israël et ses attaques poli­tiques contre la direction palestinienne.

Cela a fina­lement abouti au déclin final du soutien au pro­cessus d’Oslo et à la direction qui l’appuyait. Et, enfin, à la radi­ca­li­sation de l’opinion et à un dépla­cement dans l’équilibre du pouvoir qui a culminé dans la vic­toire du Hamas aux élec­tions de 2006.

Il est vrai que dans la mise en pra­tique des accords d’Oslo Israël a réussi à avoir le beurre et l’argent du beurre en même temps : il a récolté les divi­dendes de la paix —il a amé­lioré son image au niveau inter­na­tional, nor­malisé en partie ses rela­tions avec la région et aug­menté sa sécurité-​​-​​ tout en ne revenant pas sur l’occupation. Il est peut-​​être vrai aussi qu’Israël a réussi à coopter la direction pales­ti­nienne et à la rendre tota­lement dépen­dante d’Israël. Mais cette stra­tégie lui est revenu en pleine figure car elle n’a fait que ren­forcer le Hamas et à dis­cré­diter toute direction pales­ti­nienne modérée.