L’Orient le Jour, mercredi 10 septembre 2008
La marge de manœuvre du chef du gouvernement israélien se réduit de jour en jour
Les recommandations de la police israélienne d’inculper Ehud Olmert pour corruption portent un nouveau coup à un Premier ministre sur le départ dont la marge de manœuvre se réduit de jour en jour. Bien que ces recommandations n’aient pas de conséquence immédiate et n’entraînent aucune obligation légale, les médias israéliens ont jugé hier que « l’ère Olmert est finie », estimant qu’il finira par être mis en jugement, même si cela devait prendre plusieurs mois.
Pour l’heure, son gouvernement est en sursis, paralysé par des dissensions internes qui s’exacerbent à l’approche de sa fin, incapable de faire des choix difficiles sur la voie de la paix avec les Palestiniens ou la Syrie. Fait révélateur : M. Olmert n’a même pas pu convaincre dimanche son cabinet de discuter d’un projet de compensations financières pour des colons qui voudraient être rapatriés de Cisjordanie ou seulement quitter des implantations isolées pour déménager dans des blocs de colonies qu’Israël veut annexer.
« À la place du Premier ministre, j’abandonnerais aussitôt mes fonctions. Certes, il n’y a pas une obligation légale à le faire. Mais tout ce qui est légal n’est pas Kasher », a déclaré à la radio militaire l’ancien juge à la Cour suprême Yitzhak Zamir. Le quotidien Maariv reproche à M. Olmert « de ne pas comprendre qu’il ne dispose pas d’un mandat pour gouverner » et que par son comportement « il laisse derrière lui une terre brûlée ». Pour le Haaretz, « Olmert devrait se voiler la face de honte » [1], alors que pour le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot, l’inculpation du Premier ministre ne fait plus de doute, même s’il s’agit de chefs d’accusation moins graves que la corruption.
De son côté, M. Olmert qui, sous la pression de l’opinion, a d’ores et déjà promis de démissionner à la mi-septembre après les primaires de son parti, le Kadima, a fait savoir qu’il n’entendait pas renoncer pour l’heure à ses fonctions. Son conseiller médiatique, Amir Dan, a réaffirmé l’innocence du Premier ministre accusant, à la radio publique, la police d’avoir présenté des recommandations « sans la moindre valeur légale » afin de justifier une enquête qui piétine, selon lui. « La police n’a toujours pas tiré les leçons de ses erreurs passées », a-t-il poursuivi, rappelant qu’elle avait recommandé d’inculper deux anciens Premiers ministres, Benjamin Netanyahu et Ariel Sharon, sans que le ministère public ne tînt compte de son avis. La police a annoncé dimanche soir qu’elle avait recueilli suffisamment de preuves pour proposer l’inculpation de M. Olmert pour « corruption » et « abus de confiance », dans le cadre de deux des six dossiers qui le concernent.
Si la police peut recommander des poursuites contre un Premier ministre, la décision d’une inculpation revient toutefois au seul procureur général de l’État, Menahem Mazuz. Dans le premier dossier, la police accuse Olmert d’avoir reçu d’importantes sommes d’argent en liquide d’un homme d’affaires juif américain, Morris Talansky, alors qu’il était maire de Jérusalem entre 1993 et 2003 puis ministre de l’Industrie et du Commerce jusqu’en 2006. Il est aussi accusé de fraude dans une affaire de double facturation de billets d’avion, là aussi avant qu’il n’occupe le poste de Premier ministre, en 2006.
Même après avoir démissionné, M. Olmert devrait rester à son poste, le temps qu’un nouveau gouvernement soit formé. Selon la législation, il reviendra au président Shimon Peres de demander au prochain chef du Kadima de constituer un gouvernement. Ce dernier disposera alors de 42 jours pour réunir une majorité parlementaire. En cas d’échec, le président peut soit désigner un autre député pour mener cette mission, soit proposer au Parlement de voter une loi de dissolution de la Chambre, ce qui impliquerait des élections sous trois mois. La législature actuelle s’achève normalement fin 2010.
[1] voir aussi Libération :
Fin de règne sans gloire pour Ehud Olmert
« Olmert devrait rentrer chez lui et se cacher la tête de honte. » Le quotidien israélien Haaretz réagissait ainsi, au lendemain de la recommandation de la police d’inculper le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, pour « corruption » et « abus de confiance ».La police accuse Olmert d’avoir reçu d’importantes sommes d’argent en liquide d’un homme d’affaires juif américain, Morris Talansky, entre 1993 et 2006, et d’avoir frauduleusement facturé des billets d’avion. Même si ces recommandations ne sont pas contraignantes - la décision d’une inculpation revient au seul Procureur général de l’Etat, Menahem Mazuz -, elles ternissent encore un peu plus l’image d’Olmert. D’autant que l’avis de la police ne concerne que deux des six enquêtes ouvertes contre lui.
Initiatives
Successeur d’Ariel Sharon, tombé dans le coma en janvier 2006, et chef du parti centriste Kadima, Olmert bat des records d’impopularité. En plus des soupçons de corruption qui pèsent sur lui, les Israéliens lui reprochent également sa gestion, jugée désastreuse, de la guerre de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah libanais.
Olmert a annoncé fin juillet qu’il ne se présenterait pas aux primaires de Kadima, prévues le 17 septembre, acceptant ainsi, de fait, de renoncer à sa fonction. Mais pour l’heure, il tente de donner le change. « Je suis convaincu que Kadima va continuer à diriger le pays », a-t-il déclaré hier, imperturbable, devant des nouveaux immigrants, à l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. Son conseiller médiatique, Amir Dan, accuse la police d’avoir présenté des recommandations « sans la moindre valeur légale » afin de « justifier une enquête qui piétine ».
Ces dernières semaines, le Premier ministre a multiplié les initiatives diplomatiques (négociations indirectes avec la Syrie, pourparlers avec l’Autorité palestinienne dans le but de « parvenir à un accord d’ici la fin de l’année »), comme s’il était là pour encore longtemps.
Elections
Même après les primaires de Kadima, Olmert devrait rester à son poste, le temps qu’un nouveau gouvernement soit formé, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines. La ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, devance largement, pour l’instant, le ministre des Transports et ancien chef d’état-major, Shaul Mofaz, dans les sondages sur les primaires à Kadima. Le successeur d’Olmert disposera ensuite de quarante-deux jours pour réunir une majorité parlementaire et former un gouvernement.
En cas d’absence de majorité parlementaire, le Parlement votera une loi de dissolution de la Chambre, impliquant des élections dans les trois mois… et une probable victoire du Likoud.
Delphine Matthieussent [http://www.liberation.fr/actualite/monde/350896.FR.php