Olmert démissionne, Livni espère lui succéder

L’Orient le Jour, lundi 22 septembre 2008

Si la nou­velle diri­geante de Kadima est la mieux placée pour former un nouveau gou­ver­nement, elle n’a tou­tefois aucune assu­rance d’obtenir l’appui indis­pen­sable d’une majorité de députés.

Écla­boussé par des affaires de cor­ruption, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a remis sa démission hier soir au pré­sident Shimon Peres. Par cet acte, il a enclenché offi­ciel­lement le pro­cessus de suc­cession à la tête du gou­ver­nement, qui devient auto­ma­ti­quement de tran­sition. Un tel gou­ver­nement ne peut être ren­versé par la Knesset (Par­lement) et aucun de ses ministres ne peut le quitter de par la loi. Le Premier ministre est arrivé dis­crè­tement dans la soirée au bâtiment de la pré­si­dence, à Jéru­salem, et a remis une brève lettre à M. Peres annonçant que « confor­mément à ses enga­ge­ments, il remettait sa démission », a rap­porté la pré­si­dence israélienne.

Peu après, le pré­sident Peres a lui-​​même annoncé à la presse la démission de M. Olmert, auquel il a rendu un vibrant hommage pour « son action en faveur du peuple et de l’État d’Israël ». Il a sou­ligné qu’il allait consulter « tous les groupes par­le­men­taires pour prendre au plus vite une décision » concernant la dési­gnation d’un suc­cesseur pos­sible à M. Olmert, qui doit rester en fonc­tions d’ici là. Le pré­sident israélien a précisé que ces consul­ta­tions « mara­thons » s’achèveraient avant son départ ce soir pour New York, où il doit repré­senter Israël à la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU. M. Peres dispose de fait de sept jours pour consulter les dif­fé­rents partis repré­sentés à la Knesset et désigner le député le mieux placé, selon lui, pour tenter de former un gouvernement.

Il a com­mencé hier soir par une ren­contre avec les repré­sen­tants du Kadima qui, sans sur­prise, ont proposé de confier à Tzipi Livni la charge de Premier ministre. Il devait ensuite ren­contrer ceux du Parti tra­vailliste, pro­fon­dément divisé et qui jusqu’à présent s’est refusé à sou­tenir la can­di­dature de Mme Livni. Puis le pré­sident israélien devait s’entretenir avec les repré­sen­tants du Likoud, qui sont contre la can­di­dature de Mme Livni et pro­posent des élec­tions anti­cipées, et ceux du parti Shass. Aujourd’hui, M. Peres doit ren­contrer les autres formations.

Tzipi Livni a succédé à Ehud Olmert à la tête du Kadima lors de pri­maires orga­nisées mer­credi dernier. En tant que chef du parti au pouvoir, elle a toutes les chances d’être choisie par M. Peres [1]

Dans ce cas, elle dis­posera de 42 jours pour pré­senter un gou­ver­nement, faute de quoi des élec­tions anti­cipées devraient être orga­nisées dans les 90 jours. La ministre des Affaires étran­gères fait face à une pos­sible alliance de deux anciens chefs de gou­ver­nement, Ehud Barak (tra­vailliste), actuel ministre de la Défense, et Ben­jamin Neta­nyahu (Likoud), qui se sont ren­contrés samedi soir à Tel-​​Aviv. Tous deux s’inquiètent de l’arrivée au pouvoir de Mme Livni, qui pourrait au gou­ver­nement ren­forcer sa popu­larité, selon les médias. Les deux hommes se sont déclarés favo­rables à un gou­ver­nement « d’urgence nationale », a indiqué un com­mu­niqué du ministère de la Défense, en allusion à un cabinet qui regrou­perait les tra­vaillistes, le Likoud et Kadima.

[1] voir aussi Henri Guir­choun dans le NouvelObs :

Tzipi Livni succède donc à Ehoud Olmert à la tête de Kadima. Comment peut-​​​​elle s’imposer dans un parti cen­triste israélien miné par les affaires de justice ?

- Le résultat de la pri­maire montre, une fois de plus, qu’on peut s’attendre à tout en Israël, y compris lors d’une élection interne à un seul parti poli­tique. Il y a plu­sieurs années, les Israé­liens s’étaient endormis un soir avec Shimon Peres comme Premier ministre et s’étaient réveillés le len­demain matin avec Ben­jamin Netha­nyaou élu. On a assisté hier à quelque chose du même genre : des son­dages pré-​​​​électoraux très favo­rables à Tzipi Livni, des son­dages sortie des urnes qui disaient de même et, à l’arrivée, un résultat plus que serré. Mais, au-​​​​delà, pour la signi­fi­cation poli­tique de ce résultat, il est inté­ressant de noter qu’entre les deux prin­cipaux can­didats de Kadima, Tzipi Livni et Shaul Mofaz, on ne pouvait trouver per­son­na­lités plus dif­fé­rentes l’une de l’autre et projets poli­tiques plus dif­fé­rents l’un de l’autre. Pour résumer, on trouve d’un côté, Tzipi Livni, actuelle chef de la diplo­matie, plutôt favo­rable à la pour­suite des négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens notamment, favo­rable aussi, quoiqu’un peu plus tiè­dement, à la concré­ti­sation des pour­parlers avec la Syrie et tout à fait pour l’usage d’un ren­for­cement des sanc­tions au sein de la com­mu­nauté inter­na­tionale pour ce qui concerne l’Iran. Shaul Mofaz, lui, ancien chef d’Etat et ex-​​​​ministre de la Défense, a fait cam­pagne sur un seul thème : celui de la manière forte vis-​​​​à-​​​​vis des Pales­ti­niens et du monde arabe, d’une méfiance, maintes fois répétées, sur la pos­si­bilité de paix avec la Syrie et, surtout, sur l’option mili­taire, qu’il juge indis­pen­sable pour ce qui concerne la menace d’un Iran qui pourrait se doter de l’arme nucléaire.

Donc, sur tous ces points, on voit que les mili­tants de Kadima ont eu de la peine à choisir. Or, pour l’avenir du parti cen­triste, cela pose pro­blème, puisque le projet de Tzipi Livni était de main­tenir, dans le fond, la for­mation créée par Ariel Sharon au centre, alors que celui de Shaul Mofaz était d’en faire une sorte de "Likoud bis", ancré davantage à droite. Le fait que les élec­teurs de Kadima n’aient pas aussi clai­rement tranché ne ren­force pas le parti cen­triste et ne donne guère les coudées franches à celle qui vient d’être élue de jus­tesse. Cette fra­gilité au sein-​​​​même de Kadima ne va pas non plus lui faci­liter la tâche pour les négo­cia­tions qu’elle devra mener avec les autres partis de la coa­lition gou­ver­ne­mentale, qui va de la gauche paci­fique et laïque du Meretz, aux reli­gieux tra­di­tion­na­listes du Shass et au parti tra­vailliste d’Ehoud Barak.

Ses détrac­teurs sou­lignent fré­quemment son manque de capa­cités en matière de sécurité. A-​​​​t-​​​​elle l’expérience politique nécessaire ?

- Le thème de son expé­rience, ou plutôt de son inex­pé­rience, a, bien entendu, été brandi par son concurrent au sein de Kadima, comme il l’est aussi d’ailleurs par ses futurs concur­rents au sein des autres partis dans la pers­pective d’une pro­chaine élection générale qui est désormais plus que pro­bable. Et c’est à cette dif­fi­culté qu’elle va être confrontée : car, d’un côté, elle a besoin de temps, non seulement pour former son cabinet, mais aussi pour faire la preuve de son lea­dership sur Kadima et de ses capa­cités à diriger le gou­ver­nement. Ce temps lui est néces­saire afin de conserver une chance de battre le Likoud à l’élection générale. Mais sa courte vic­toire la rend fragile dans son parti, vis-​​​​à-​​​​vis de la coa­lition et surtout mine sa cré­di­bilité pour ses futures adver­saires qui vont ainsi pouvoir réclamer au plus vite des élec­tions, pensant que plus tôt elles se tien­dront, plus leurs chances de gagner aug­men­teront. Quant à son expé­rience à pro­prement parler, elle n’a pas fait car­rière dans l’armée, mais au Mossad, ce qui n’est pas si éloigné des ques­tions sécu­ri­taires. On peut rap­peler que le Premier ministre sortant, Ehoud Olmert, était l’un des hommes qui avait le plus d’expérience poli­tique en Israël, et la défaite poli­tique d’Ehoud Barak un an et demi après son élection avait sanc­tionné, là encore, l’un des soldats les plus décorés d’Israël.

D’aucuns voient déjà en elle la nou­velle Golda Meir. Que penser de cette com­pa­raison et a-​​​​t-​​​​elle, avant tout, une chance d’être élue ?

- On évoque une "nou­velle Golda Meir" parce que c’est une femme. Mais quelle Golda Meir ? Celle qui avait dirigé les Affaires étran­gères israé­liennes puis mené le parti tra­vailliste et dirigé le gou­ver­nement depuis sa cuisine de Tel-​​​​Aviv ou celle à qui on a reproché de ne pas avoir su pré­parer la guerre du Kippour en 1973 avant de la chasser du pouvoir sans le moindre égard ? Je pense que la noto­riété de Golda Meir fait peut-​​​​être rêver un peu Tzipi Livni, mais pas la fin de son par­cours. Au-​​​​delà de cette question de l’expérience et du machisme, qui sera utilisé sans doute contre elle, elle conserve toutes ses chances, d’une cer­taine façon, à condition de rester elle-​​​​même. Or, ce qui lui a permis de se hisser jusque-​​​​là, c’est un langage clair, une dis­crétion et une sobriété rares parmi les poli­tiques israé­liens et, surtout, une irré­pro­chable hon­nêteté. Elle contraste aussi avec son pré­dé­cesseur, Ehoud Olmert, avec son futur adver­saire, Ben­jamin Netha­nyaou (qui avait également été visé par des affaires de justice) et même avec celui qui pourrait être à la fois son par­te­naire et son adver­saire, Ehoud Barak, accusé par la presse et l’opinion d’avoir sombré dans le bling-​​​​bling et qui vient jus­tement de mettre en vente l’appartement de mil­liar­daire qu’il occupait à Tel-​​​​Aviv. Par ailleurs, étant donnée la chute dans les son­dages du parti tra­vailliste, il y a de fortes chances qu’une partie de la gauche du camp laïc et favo­rable à la paix reporte ses voix sur elle afin de repousser l’épouvantail Netha­nyaou. Voilà pourquoi "Mme Propre" garde toutes ses chances. http://​tempsreel​.nou​velobs​.com/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​o​p​i​n​i​o​n​s​/​3​_​​q​u​e​s​t​i​o​n​s​_​​a​/​​20080918​.​O​B​S​1832​/​u​n​e​_​i​r​r​e​p​r​o​c​h​a​b​l​e​_​h​o​n​n​e​t​e​t​e​.html