Obama sera-​​t-​​il à la hauteur des défis au Moyen-​​Orient ?

entretien avec Alastair Crooke, lundi 10 novembre 2008

La vic­toire de Barack Obama à la pré­si­den­tielle amé­ri­caine a été accueillie avec un opti­misme prudent au Moyen-​​Orient. Alastair Crooke, fon­dateur de Conflicts Forum et ancien conseiller du haut repré­sentant de l’Union euro­péenne, Javier Solana, estime que les Amé­ri­cains, désormais affaiblis par la crise écono­mique, ne peuvent plus se per­mettre une nou­velle défaite poli­tique dans la région.

Rania Massoud : – Des défis colossaux attendent la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine dans la région. Du dossier nucléaire iranien aux pro­cessus de paix israélo-​​syrien et israélo-​​palestinien, quelle sera, selon vous, l’approche de Barack Obama ?

Alastair Crooke : Barack Obama – ou du moins les conseillers qui l’entourent – semblent vouloir agir avec une grande circonspection.

Concernant le dossier iranien, par exemple, Obama veut ouvrir un dia­logue avec Téhéran, mais, en même temps, son entourage est divisé sur la poli­tique à adopter vis-​​à-​​vis de la Répu­blique isla­mique. La question reste de savoir si les Amé­ri­cains sauront comment mener des négo­cia­tions com­plexes avec un pays aussi com­plexe que l’Iran. Si Obama échoue dans ce domaine, nous revien­drons là où nous sommes aujourd’hui, peut-​​être pire.

Par ailleurs, concernant les négo­cia­tions syro-​​israéliennes, Obama sou­haite que son pays joue un rôle actif dans ce domaine. Mais, là aussi, il faut se demander si la vision des États-​​Unis est réa­liste. Parviendront-​​ils à la conclusion d’un accord de paix entre la Syrie et Israël, tout en poussant Damas à couper ses liens avec des mou­ve­ments comme le Hamas ou le Hez­bollah ? Est-​​ce que le gou­ver­nement syrien actuel peut le faire ?

Enfin, en ce qui concerne le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien, Obama va cer­tai­nement sou­ligner à maintes reprises la nécessité de par­venir à un accord de paix, mais il ne déploiera pro­ba­blement pas beaucoup d’efforts à cet effet. Il faut se rap­peler que les Pales­ti­niens sont tou­jours divisés, que le mandat du pré­sident Mahmoud Abbas touche à sa fin (en janvier) et que l’État hébreu se prépare à la tenue d’élections légis­la­tives anti­cipées (en février 2009) avant la for­mation d’un nouveau gouvernement.

Qu’en est-​​il de l’Irak ? Obama veut retirer l’essentiel des troupes amé­ri­caines en 16 mois. Est-​​ce faisable ?

Il faut attendre pour voir comment la situation va se déve­lopper. Les Amé­ri­cains pensent que la situation s’est amé­liorée sur le terrain, notamment après l’annonce du cessez-​​le-​​feu par (le leader chiite) Moqtada Sadr. Mais les Ira­kiens, par contre, s’attendent à un regain de tension entre Kurdes, sun­nites et chiites, d’ici à la fin janvier, avec notamment la tenue des élec­tions pro­vin­ciales contro­versées. Par ailleurs, la tension pourrait s’exacerber entre les Sahwas (anciens rebelles sun­nites ralliés à la lutte contre el-​​Qaëda) et le gou­ver­nement de Nouri al-​​Maliki. Ce dernier ne les laissera pas intégrer la sphère du pouvoir poli­tique dans le pays car il ne leur fait pas confiance. Quelle sera alors la réaction des Sahwas, qui sont plus hos­tiles envers l’Iran et les chiites qu’ils ne le sont envers el-​​Qaëda ? D’ailleurs, à leurs yeux, le gou­ver­nement actuel n’est qu’une extension de l’hégémonie chiite de la Répu­blique isla­mique dans leur pays.

Croyez-​​vous que le monde arabe a tort de miser sur la vic­toire de Barack Obama pour un chan­gement de la poli­tique amé­ri­caine dans la région ?

Le monde attend beaucoup d’Obama. Même si la poli­tique amé­ri­caine au Moyen-​​Orient ne change pas – car il est très dif­ficile qu’elle change –, le peuple arabe est conscient que le nouveau pré­sident optera pour un langage et un style dif­fé­rents de ceux de son pré­dé­cesseur. L’élection de Barack Obama à la pré­si­dence amé­ri­caine donne un souffle nouveau à la région et tourne la page de l’unilatéralisme.

Les États-​​Unis sont aujourd’hui très affaiblis par la crise écono­mique mon­diale. Pensez-​​vous que cela affectera leur influence dans la région ?

La situation écono­mique va, dans le futur proche, sérieu­sement affecter les pays de la région. Même l’Arabie saoudite et l’Iran ne seront pas épargnés. Dans le Golfe, comme au Qatar, par exemple, qui est en plein boom immo­bilier, de nom­breux projets vont devoir être gelés. Par consé­quent, des mil­liers de tra­vailleurs migrants, venus de l’Asie ou d’autres pays arabes, se retrou­veront au chômage et seront ren­voyés dans leurs pays. Le Liban, dont de nom­breux res­sor­tis­sants tra­vaillent dans les pays du Golfe, sera par­ti­cu­liè­rement affecté par cette crise. D’autres pays, comme l’Égypte ou le Yémen qui sont déjà touchés par la pau­vreté et un taux élevé de chômage, pourront connaître des troubles sociaux et des affrontements.

Et cette grave crise écono­mique qui a affaibli les États-​​Unis va pousser les diri­geants du monde arabe à ne plus se tourner vers l’Occident pour régler leurs pro­blèmes. La situation des États-​​Unis me rap­pelle celle de la Grande-​​Bretagne dans les années 50, notamment dans l’affaire du canal du Suez. Londres, qui était en ce temps-​​là affaiblie poli­ti­quement et écono­mi­quement, crai­gnait de perdre son influence dans la région à tel point qu’elle en était devenue lit­té­ra­lement obsédée. Cela, comme nous le montre l’histoire, a eu un effet désas­treux sur l’image et les intérêts de la Grande-​​Bretagne au Moyen-​​Orient. Espérons que les Amé­ri­cains ne com­met­tront pas les mêmes erreurs.

Vous semblez tout de même pessimiste.

Non, je ne suis pas pes­si­miste. À moins que le chan­gement ne soit considéré comme une chose mau­vaise. Au contraire, je pense que cette région a besoin de chan­ge­ments et il est temps que les poli­tiques dans le monde arabe soient plus adaptées aux besoins de leur peuple qui ressent un énorme malaise. La crise écono­mique com­mence d’ailleurs déjà à se faire sentir : le pouvoir d’achat a sévè­rement baissé, les prix des pro­duits ali­men­taires ont récemment plus que doublé et, par consé­quent, la classe moyenne peine à sur­vivre. En Égypte, par exemple, les chiffres de la Banque mon­diale indiquent que près de 44 % de la popu­lation survit avec moins de deux dollars amé­ri­cains par jour. La région a donc besoin d’un vrai chan­gement, surtout au niveau social, et cela, aucun diri­geant occi­dental ne peut l’apporter.[… [1])

[1] la suite de l’entretien traite des rela­tions avec la Chine, le Pakistan, la Russie, l’Amérique latine et l’Europe :

Avec la Chine, une transition en douceur

Les rela­tions entre Obama et Pékin devraient être rela­ti­vement sereines alors que Washington va avoir un besoin accru de coopération économique.

Barack Obama a pu cri­tiquer lors de sa cam­pagne les pra­tiques com­mer­ciales chi­noises, jamais il ne l’a fait en termes durs. Ses dis­cours n’ont pas non plus com­porté d’attaques par­ti­cu­liè­rement viru­lentes contre la Chine, contrai­rement à trois de ses quatre pré­dé­ces­seurs depuis les années 80 : George W. Bush, Bill Clinton et Ronald Reagan, George Bush père ayant fait exception.

Avec l’émergence de la Chine, note l’Indien Bahu­ku­tumbi Raman, du Chennai Center for China Studies, « on ne peut plus se per­mettre d’être contre elle ». Et avec une mon­tagne de pro­blèmes graves à affronter, il est certain que l’ampleur du déficit com­mercial des États-​​​​Unis avec la Chine ou la moder­ni­sation de l’Armée popu­laire de libé­ration ne seront pas prio­ri­taires pour M. Obama.

« Cela devrait être une tran­sition en douceur. Obama n’est pas un pré­sident qui a fait cam­pagne contre la Chine », confirme David Zweig, expert en rela­tions exté­rieures chi­noises à la Hong Kong Uni­versity of Science and Tech­nology. « Ce pourrait même être la tran­sition la plus douce depuis 1980 », estime-​​​​t-​​​​il. « Avec la crise écono­mique arrivée aux États-​​​​Unis, l’aide de la Chine sera demandée », prédit en outre M. Raman, basé à Madras.

Si les vio­la­tions des droits de l’homme res­teront évidemment une source de fric­tions, Obama ne devrait pas en faire un casus belli, selon Jérôme Cohen, expert au US Council on Foreign Rela­tions, à Washington. « Je m’attends à voir Obama se rap­procher de la Chine plus tôt que la plupart des autres pré­si­dents », déclare M. Cohen, ajoutant que le pré­sident pourrait même se rendre en visite à Pékin dès le début de son mandat.

Enfin, cer­tains pré­voient une meilleure coopé­ration sino-​​​​américaine dans le domaine de l’environnement. Obama, qui a appelé à des réduc­tions des émis­sions de gaz à effet de serre amé­ri­caines, pourrait obtenir un soutien de la Chine, qui demande des efforts aux pays indus­tria­lisés, estime Zhu Feng, vice-​​​​directeur du Center for Inter­na­tional and Stra­tegic Studies à l’Université de Pékin. « Il s’agit des deux pays plus gros émet­teurs de gaz à effet de serre », relève M. Zhu, « cela pourrait ouvrir la voie à un nouveau champ de coopé­ration », avec éven­tuel­lement des trans­ferts de technologie.

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Un encouragement au Pakistan pour combattre l’extrémisme ?

En dépit du dis­cours de fermeté affiché par Barack Obama, qui a adhéré à l’idée de frappes contre les cibles ter­ro­ristes au Pakistan, l’arrivée d’un démo­crate à la Maison-​​​​Blanche suscite à Isla­mabad l’espoir d’une nou­velle approche dans la lutte contre l’extrémisme. Pour cer­tains ana­lystes, l’élection d’Obama pourrait même encou­rager Isla­mabad à prendre en main la lutte contre les insurgés, conso­lidant de ce fait la fragile démo­cratie pakis­ta­naise. « L’élection d’Obama sera d’une aide pré­cieuse pour la pré­ser­vation de la démo­cratie au Pakistan », estime Talat Masood, général à la retraite et expert mili­taire. « Il est de la plus haute impor­tance pour les démo­crates de voir le Pakistan pro­gresser vers plus de démo­cratie et lutter contre l’extrémisme », explique-​​​​t-​​​​il, en sou­li­gnant « qu’Obama va attendre du Pakistan qu’il agisse par lui-​​​​même afin de combattre l’extrémisme ».

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Après la victoire d’Obama, Moscou joue l’intimidation

Dmitri Med­vedev veut pousser Washington à renoncer à son bouclier antimissile.

Au len­demain de la vic­toire de Barack Obama, le pré­sident russe Dmitri Med­vedev s’est lancé, lors de son dis­cours à la nation, dans une viru­lente dia­tribe anti­amé­ri­caine, accusant Washington d’être à l’origine de la crise finan­cière inter­na­tionale et de la guerre en Géorgie. Le chef du Kremlin a également annoncé le déploiement de mis­siles Iskander à Kali­ningrad, une enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, afin de « neu­tra­liser » les éléments du bou­clier anti­missile amé­ricain qui doivent être ins­tallés en Pologne et en République tchèque.

Moscou s’est opposé, en vain jusqu’à présent, à ce projet de bou­clier amé­ricain, qu’il juge contraire à ses intérêts vitaux. Exas­pérée, la Russie pourrait pousser au-​​​​delà des 500 km la portée de la version moder­nisée de l’Iskander, à l’origine de 280 km, rendant ainsi caduc le traité russo-​​​​américain de 1987 sur l’interdiction des Forces nucléaires inter­mé­diaires (FNI). Après la sus­pension par Moscou du traité sur les Forces conven­tion­nelles en Europe (FCE), cela consti­tuerait un nouveau détri­cotage des accords de désar­mement de l’après-guerre froide. S’il ali­men­terait ainsi le rai­dis­sement des rap­ports entre Occi­dentaux et Russes, le déploiement de ces mis­siles ne chan­gerait pas en soi la donne mili­taire. « Ce projet de déployer des Iskander, en place des vieux Totchka, dans la région de Kali­ningrad remonte en fait à 2000. Il n’a été retardé que par un manque d’argent », explique Joseph Hen­rotin, du Réseau d’études stra­té­giques (RMES) belge. Même le Premier ministre polonais Donald Tusk, dont le pays est direc­tement visé, a vu dans les décla­ra­tions de M. Med­vedev plus « un acte poli­tique que militaire ».

Tou­tefois, les ana­lystes divergent sur la réaction de la future admi­nis­tration amé­ri­caine au ton intran­si­geant de M. Med­vedev. Pour François Heis­bourg, conseiller spécial à la Fon­dation pour la recherche sur la sécurité (FRS) de Paris, « la manœuvre d’intimidation des Russes risque de se retourner contre eux ». « S’ils s’attendent à ce que les États-​​​​Unis renoncent à déployer leur bou­clier, ils font fausse route », dit-​​​​il. Certes, les démo­crates n’ont jamais été aussi enthou­siastes que les répu­bli­cains de l’administration Bush pour le coûteux projet de bou­clier anti­missile amé­ricain en Europe conti­nentale. Mais « Obama est ultra­sen­sible à tout ce qui paraît donner de lui l’image d’un type facile à inti­mider », son manque d’expérience inter­na­tionale ayant été dénoncé comme un han­dicap par ses adver­saires durant la cam­pagne pré­si­den­tielle, a noté M. Heis­bourg. « Il ne va pas au début de son mandat vouloir donner l’impression qu’il peut se laisser bous­culer », a-​​​​t-​​​​il prédit.

Selon Andrew Cuchins, directeur pour la Russie et l’Eurasie au Center for Stra­tegic and Inter­na­tional Studies à Washington, même si le Kremlin a commis une nou­velle erreur de « relation publique », cela ne doit tou­tefois pas empêcher la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine de changer d’approche avec Moscou. « Une diplo­matie qui ne marche pas avec la Russie n’est pas viable », estime-​​​​t-​​​​il. « Nous n’avons pas su prendre en compte les pré­oc­cu­pa­tions de sécurité russes. Si nous ne le faisons pas, pas moyen d’avancer sur les ques­tions de contrôle des arme­ments et de pro­li­fé­ration », dit-​​​​il, évoquant notamment la nécessité de « convaincre les Ira­niens du sérieux de la coopé­ration russo-​​​​américaine ». « Je pense que l’on peut et que l’on doit faire plus d’efforts pour inclure les Russes dans une stra­tégie de défense anti­missile en pleine évolution en Europe », conclut l’expert américain.

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L’Amérique latine en quête d’un véritable interlocuteur

La vic­toire d’Obama a fait naître l’espoir en Amé­rique latine de rela­tions apaisées avec le puissant voisin du Nord.

Lors de sa cam­pagne élec­torale, Barack Obama avait affiché sa volonté de réviser les rela­tions avec l’Amérique latine, où les gou­ver­ne­ments sont majo­ri­tai­rement de gauche. Il s’agira pour lui de gérer une crise en cours avec le Vene­zuela et la Bolivie, une hos­tilité gran­dis­sante du côté de l’Équateur et du Nica­ragua, et la question de l’embargo que les États-​​​​Unis imposent à Cuba depuis 1962.

Au premier rang du clan des « anti-​​​​impérialistes », Obama va trouver le bouillant Véné­zuélien Hugo Chavez, bête noire de l’administration pré­cé­dente. M. Chavez s’est dit disposé à ren­contrer M. Obama, mais « avec respect » et « d’égal à égal », assurant qu’il ne lui demandait pas d’être « révo­lu­tion­naire » ou « socia­liste », mais « à la hauteur de l’histoire ».

Selon Pablo Kornblum, pro­fesseur d’économie inter­na­tionale à l’université argentine John F. Kennedy, « animé d’une vision plus pro­gres­siste et conci­lia­trice, Obama tentera de conclure des accords écono­miques consen­suels et de par­venir à une amé­lio­ration générale en termes diplo­ma­tiques ». L’Amérique latine connaît un pro­cessus de chan­ge­ments dans le cadre d’initiatives d’intégration telles que l’Union des nations sud-​​​​américaines (Unasur) que les États-​​​​Unis ne sau­raient ignorer, relèvent les experts. Avec le pré­sident élu Obama, « l’ère de l’intervention et de l’agression des États-​​​​Unis est révolue », estime Omar Galindez, pro­fesseur à l’École des hautes études diplo­ma­tiques Pedro Gual du Vene­zuela. L’avènement de M. Obama pourrait être l’occasion de réexa­miner les accords com­mer­ciaux et les rela­tions diplo­ma­tiques sur de nouvelles bases.

À Cuba, cette vic­toire apporte l’espoir d’un assou­plis­sement de l’embargo, voire de « rela­tions nor­males et res­pec­tueuses », a affirmé le ministre cubain des Rela­tions exté­rieures, Felipe Perez Roque. Pour la Bolivie d’Evo Morales  –  qui a établi des rela­tions diplo­ma­tiques avec l’Iran, expulsé l’ambassadeur amé­ricain et rompu sa coopé­ration dans la lutte anti­drogue avec Washington  –  « avec Obama s’ouvre une oppor­tunité d’assouplissement et de chan­gement », juge l’analyste Carlos Cordero. Adoptant le même ton, le chef d’État équa­torien Rafael Correa, qui a rejeté le Traité de libre-​​​​échange (TLC) avec les États-​​​​Unis, a admis que Barack Obama consti­tuait « une sur­prise », son dis­cours se révélant « plus proche » de ses propres posi­tions. En Argentine, la pré­si­dente Cristina Kirchner a relevé la « per­son­nalité, le dis­cours et la façon d’appréhender les choses abso­lument dif­fé­rentes » du pré­sident élu américain.

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Les Européens pleins d’espoir

Les Euro­péens espèrent que la vic­toire de Barack Obama per­mettra d’instaurer un « new deal » entre les États-​​​​Unis et l’Europe.

Cinq ans après la brouille entre Paris et Washington pro­voquée par l’intervention amé­ri­caine en Irak, le pré­sident français Nicolas Sarkozy a été le premier à adresser des féli­ci­ta­tions élogieuses à Barack Obama. « Au moment où nous devons faire face tous ensemble à d’immenses défis, votre élection soulève en France, en Europe et au-​​​​delà dans le monde un immense espoir. Celui d’une Amé­rique ouverte, soli­daire et forte qui mon­trera à nouveau la voie, avec ses par­te­naires, par la force de l’exemple et l’adhésion à ses prin­cipes », s’est ainsi réjoui Nicolas Sarkozy, qui préside l’Union euro­péenne. Qua­li­fiant sa vic­toire d’historique, la chan­ce­lière alle­mande Angela Merkel a, elle, sou­ligné « l’importance et la valeur de notre par­te­nariat trans­at­lan­tique », en invitant M. Obama en Alle­magne. Le Premier ministre bri­tan­nique Gordon Brown, dont le pays est tra­di­tion­nel­lement en Europe le plus proche des États-​​​​Unis, a aussi fait valoir combien « la relation entre les États-​​​​Unis et le Royaume-​​​​Uni est vitale pour notre pros­périté et notre sécurité ».

À quelques jours d’un sommet du G20 à Washington dont les Euro­péens espèrent qu’il jettera les bases d’une refonte du système financier inter­na­tional, la crise finan­cière est le premier dossier sur lequel les Euro­péens attendent Barack Obama, même s’il ne prendra ses fonc­tions qu’en janvier. « Nous devons trans­former la crise actuelle en occasion. Nous avons besoin d’un “new deal” pour un nouveau monde. J’espère sin­cè­rement que sous la direction du pré­sident Obama, les États-​​​​Unis join­dront leurs forces à l’Europe pour mener à ce “new deal” », a déclaré le pré­sident de la Com­mission euro­péenne, José Manuel Barroso.

Lundi, le ministre français des Affaires étran­gères Bernard Kouchner avait mis la touche finale, avec ses 26 homo­logues de l’Union euro­péenne, à un cahier de doléances à l’intention du futur pré­sident amé­ricain. Enga­gement des États-​​​​Unis  –  l’un des pre­miers pol­lueurs de la planète  –  face au réchauf­fement cli­ma­tique, pro­cessus de paix au Proche-​​​​Orient, ouverture envers Téhéran pour régler le pro­blème nucléaire iranien, moins de dureté avec Moscou : sur tous ces dos­siers, les Euro­péens espèrent qu’Obama tran­chera avec son pré­dé­cesseur. Et plus géné­ra­lement, qu’il jouera plus « col­lectif » que George Bush, souvent accusé d’« uni­la­té­ra­lisme ». Mais ces espoirs risquent d’être déçus, selon les ana­lystes. Ils ont prévenu que Barack Obama devrait d’abord se consacrer aux pro­blèmes inté­rieurs amé­ri­cains et qu’il ne pourrait pas révo­lu­tionner la poli­tique étrangère américaine.