Obama perdu dans cet Orient compliqué

Michael Young, jeudi 18 mars 2010

Sur les grands sujets qui agitent la région, la poli­tique amé­ri­caine ne semble pas en mesure de jouer un rôle déterminant.

Pourquoi, à l’occasion des élec­tions légis­la­tives ira­kiennes du 7 mars, n’avions-nous aucune idée de ce qu’elles signi­fiaient pour les Etats-​​Unis ? La Maison-​​Blanche et le peuple amé­ricain sem­blaient curieu­sement détachés, comme s’ils avaient déjà men­ta­lement quitté l’Irak. On peut donc se demander ce que défendent les Etats-​​Unis au Moyen-​​Orient. Dif­ficile de répondre à cette inter­ro­gation au regard des récentes pres­ta­tions du gou­ver­nement amé­ricain. Quand on prend au hasard quelques valeurs ou prin­cipes qui pour­raient guider les Etats-​​Unis dans la région, on entre dans une zone de flou. On peut dire beaucoup de choses, en bien ou en mal, sur les années de George W. Bush à la Maison-​​Blanche, mais il n’a jamais péché par excès d’ambiguïté. En revanche, les prin­ci­pales carac­té­ris­tiques de la poli­tique de son suc­cesseur au Moyen-​​Orient, après un an de pouvoir, sont l’ambivalence et la désorientation.

Le gou­ver­nement Obama est-​​il pour la démo­cratie ou, plus géné­ra­lement, a-​​t-​​il fait de la défense des droits de l’homme un élément crucial de sa poli­tique ? Pas vraiment. Durant sa cam­pagne, il a déli­bé­rément minimisé cet aspect en acceptant de s’entretenir sans condi­tions avec les pays peu recom­man­dables de la région. Il a essayé avec le régime iranien, qui a ignoré ses ouver­tures et, quand les oppo­sants ira­niens sont des­cendus dans la rue après l’élection pré­si­den­tielle contestée de juin 2009, il a, pendant un certain temps, soi­gneu­sement évité d’encourager les mani­fes­tants. Aujourd’hui, Washington envoie – sans condi­tions – un nouvel ambas­sadeur à Damas. La res­pon­sa­bilité de la Syrie dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri a été dis­crè­tement mini­misée et les exac­tions du régime de Bachar El-​​Assad contre son propre peuple ne sont d’aucun intérêt pour les Amé­ri­cains. Le rôle de la Syrie dans les innom­brables attentats à la bombe commis en Irak, le soutien qu’elle apporte aux baa­sistes ira­kiens et son laxisme vis-​​à-​​vis d’Al-Qaida en Irak n’ont pas conduit le gou­ver­nement amé­ricain à revoir sa poli­tique d’ouverture à son égard. La vio­lence de la Syrie est payante, et Barack Obama n’a pas cherché à lui prouver le contraire. Peut-​​on dire, en ce cas, que le gou­ver­nement amé­ricain est pour la sta­bilité et l’équilibre au Moyen-​​Orient ? La Syrie a peut-​​être un régime violent, diront les tenants de cette opinion, mais au moins elle peut aider les Etats-​​Unis à faire contre­poids à l’Iran. Si tel est le cas, rien n’indique que l’équipe d’Obama soit sur le point d’y par­venir. Les Syriens ont bien fait com­prendre qu’ils ne se retour­ne­raient pas contre l’Iran – ils ne voient aucun avantage à le faire –, et la pro­pension de Damas à exporter le conflit en Irak, en Palestine et au Liban ne contribue guère à accroître la stabilité.

Un pays où le jeu d’équilibre des forces pourrait être utilisé contre l’Iran est l’Irak, mais les Etats-​​Unis ont réussi, en 2009, à y saper leur propre effi­cacité. La foca­li­sation du gou­ver­nement amé­ricain sur un retrait mili­taire a réduit son influence à Bagdad. Il y a également le fait que, depuis son arrivée au pouvoir, le pré­sident amé­ricain n’a jamais clai­rement défini le rôle que l’Irak pourrait jouer dans la stra­tégie régionale amé­ri­caine. Il n’a pas non plus pré­senté l’Irak comme un modèle – même imparfait – de plu­ra­lisme arabe et de démo­cratie, ni comme un avant-​​poste essentiel pour contenir l’influence de l’Iran dans la région.

Si la priorité des Etats-​​Unis au Moyen-​​Orient n’est pas de pro­mouvoir les idéaux démo­cra­tiques ni de faire appliquer les prin­cipes des droits de l’homme, et si l’ambition d’imposer la sta­bilité et l’équilibre des forces leur fait cruel­lement défaut, quel est donc l’objectif de leur poli­tique ? Dans la mesure où la vision du monde des néo­con­ser­va­teurs s’appuyait sur l’exercice de la puis­sance, Barack Obama s’est efforcé de pré­senter son cabinet sous un jour moins brutal dès son entrée en fonction. Ce visage, on l’a vu il y a trois semaines, quand la secré­taire d’Etat Hillary Clinton a déclaré que les Etats-​​Unis n’utiliseraient pas la force contre l’Iran. Une attaque serait sans nul doute une très mau­vaise idée, mais écarter une telle option de façon aussi caté­go­rique n’était pas le meilleur usage que Mme Clinton pouvait faire de la supé­riorité mili­taire amé­ri­caine. On peut être sûr que la frange la plus dure du régime de Téhéran va sortir gagnante de tous les futurs débats pour empêcher l’Iran de déve­lopper l’arme nucléaire.

La puis­sance amé­ri­caine ne s’est pas davantage mani­festée ailleurs. L’Iran a été plus efficace que les Etats-​​Unis dans la mise en place de réseaux d’alliances en Irak, alors que les Amé­ri­cains ont passé sept ans dans le pays. Aucune action n’a été prise non plus pour rendre Israël plus souple sur la signature d’un accord avec les Pales­ti­niens. Et Washington a été tout aussi inca­pable de convaincre les pays arabes de nor­ma­liser leurs rela­tions avec Israël en tant que condition préa­lable à des pour­parlers régionaux. La réalité, c’est que, ces der­niers temps, le gou­ver­nement Obama suscite peu de confiance chez ses alliés et encore moins de crainte chez ses adver­saires. Si le but ultime de Barack Obama est de se dif­fé­rencier de son pré­dé­cesseur, il ne l’a même pas atteint. Mais, au moins, George Bush savait ce qu’il défendait. Barack Obama, lui, a seulement l’air perdu.

Sur les grands sujets qui agitent la région, la poli­tique amé­ri­caine ne semble pas en mesure de jouer un rôle déterminant.