Obama et sa vision du Proche-​​Orient

Radwan Ziyada, jeudi 18 décembre 2008

La vision d’Obama met l’accent sur sur la nécessité de refor­muler le rôle coopé­ratif des Etats-​​Unis dans le monde et de mettre fin à la poli­tique uni­po­laire ou la poli­tique d’hégémonie individuelle.

Au cours de sa cam­pagne élec­torale, Obama avait fait allusion, voire promis, de retirer les forces amé­ri­caines de l’Iraq dans un délai qui sera fixé par les diri­geants pré­sents sur le terrain. Mais la décision poli­tique et mili­taire sti­pulant le retrait des forces devra déjà être prise. Or, le fossé entre les répu­bli­cains et les démo­crates semble très profond en ce qui concerne la situation des forces amé­ri­caines en Iraq et se pro­longe également à une vision beaucoup plus loin­taine se basant sur 3 points : la façon de gérer la guerre en Iraq, l’amélioration de l’image des Etats-​​Unis dans le monde entier après les nou­velles qui se sont répandues concernant Guan­tanamo, Abou-​​Gharib et les vols aériens secrets. Et enfin, la relation entre les Etats-​​Unis et les autres ins­ti­tu­tions, en par­ti­culier l’Onu. Ces 3 points résument le dia­logue actuel­lement en cours à Washington autour de la poli­tique étrangère amé­ri­caine dans l’avenir.

Pra­ti­quement parlant, c’est la position vis-​​à-​​vis de ces causes qui déter­minera les traits de la poli­tique amé­ri­caine envers le Proche-​​Orient, avec de petites dif­fé­rences qui ne sor­tiront pas du cadre général, mais qui revien­dront plutôt à l’expérience personnelle.

La vision d’Obama met l’accent sur sur la nécessité de refor­muler le rôle coopé­ratif des Etats-​​Unis dans le monde et de mettre fin à la poli­tique uni­po­laire ou la poli­tique d’hégémonie indi­vi­duelle. En effet, bien que les Etats-​​Unis consti­tuent l’unique super­puis­sance au niveau poli­tique, mili­taire et écono­mique, ils ne peuvent pas guider seuls le monde sans entrer en accord avec les pôles inter­na­tionaux, en par­ti­culier les alliés de l’Union euro­péenne. Partant de cette conception, il est néces­saire d’étudier avec les alliés la meilleure poli­tique per­mettant de mieux gérer la guerre en Iraq et de sortir de ce marécage. En effet, cette guerre a épuisé le budget amé­ricain en gas­pillant des mil­liards de dollars et a nui à la répu­tation des Etats-​​Unis à l’étranger. Cette guerre a également entraîné une déchirure pro­fonde dans la société amé­ri­caine et a causé la perte de confiance entre le peuple amé­ricain et son gou­ver­nement, en par­ti­culier quand ce dernier a décidé de s’engager dans cette guerre sans qu’il y ait de pré­textes réels. Le peuple a découvert que les pré­ten­tions concernant l’existence d’armes de des­truction massive n’étaient que de purs men­songes. C’est ce qui a alors empêché les forces amé­ri­caines de concentrer leurs efforts en Afgha­nistan et a permis l’expansion d’Al-Qaëda dans le pays en contre­partie de la concen­tration sur le chan­gement du régime de Saddam Hussein en Iraq. C’est pour cela qu’Obama accorde une priorité à l’Afghanistan et non à l’Iraq.

Il est évident que pour changer la répu­tation des Etats-​​Unis dans le monde entier, il faut traiter les autres pays, en par­ti­culier leurs alliés clas­siques, d’une autre manière. Washington a également besoin de déployer d’énormes efforts pour amé­liorer son image à l’intérieur des sociétés musul­manes. Obama a appelé à la tenue d’un sommet avec les diri­geants du monde isla­mique pour étudier les meilleurs moyens d’améliorer l’image des Etats-​​Unis et pour connaître les causes de l’inquiétude pro­fonde chez les peuples musulmans envers son pays. De plus, au cours d’un débat entre Obama et sa concur­rente Clinton tenu à Texas lors des élec­tions pré­li­mi­naires, on lui a posé une question concernant la façon avec laquelle il aura affaire avec le nouveau pré­sident cubain qui suc­cédera à Castro et si la ren­contre devrait être condi­tionnée comme l’a voulu Clinton. Il avait alors répondu que la ren­contre ne devait pas être condi­tionnée pour ne pas donner l’impression que le pré­sident des Etats-​​Unis est supé­rieur aux autres. Il a également annoncé qu’il était prêt à coopérer avec les Cubains sur de nom­breux dos­siers qui inté­ressent les 2 parties, en par­ti­culier les droits de l’homme.

D’un autre côté, en dévoilant les noms des conseillers d’Obama concernant le Proche-​​Orient comme Denis Ross et Kirtz, il semble que l’intérêt des démo­crates soit concentré sur le conflit arabo-​​israélien. Il est même pos­sible de voir la nou­velle Admi­nis­tration de plus en plus déter­minée à gérer ce conflit et à diminuer la vio­lence qui y règne. Et ce, en consi­dérant que le règlement de ce conflit est étroi­tement lié aux autres évolu­tions dans la région, en par­ti­culier la relation entre le Hamas et le Fatah.

Quant à la question de la démo­cra­ti­sation ou de la pro­pa­gation de la démo­cratie au Proche-​​Orient, Obama et Clinton avaient clai­rement affiché, lors des élec­tions pré­li­mi­naires, leur mépris vis-​​à-​​vis de la poli­tique de Bush concernant ce point. Leurs conseillers ont à maintes reprises annoncé que ce n’était pas le rôle ni la res­pon­sa­bilité des Etats-​​Unis. La liste des experts du Proche-​​Orient aux­quels les 2 can­didats avaient eu recours, dévoile qu’ils s’intéressaient plus au conflit arabo-​​israélien qu’à la pro­pa­gation de la démo­cratie au Proche-​​Orient.

Or, ceci ne signifie pas que les Etats-​​Unis renon­ceront défi­ni­ti­vement à ce rôle. Selon l’agenda proposé, la pro­pa­gation de la démo­cratie occupera une position moins impor­tante dans la poli­tique étrangère des Etats-​​Unis envers le monde arabe dans un avenir proche. Bref, la réponse à toutes ces ques­tions restera imprécise jusqu’à ce que le nouveau pré­sident prenne ses fonc­tions en 2009. L’éventualité la plus proche sera le retour à la poli­tique de la sta­bilité, quel que soit le coût poli­tique de la démo­cratie arabe. C’est donc la sta­bilité et non la réforme qui encou­ragera la direction amé­ri­caine à s’intéresser au Proche-​​Orient.