Obama et la paix au Proche-​​Orient

Pascal Boniface, dimanche 21 juin 2009

Le dis­cours que Barack Obama a pro­noncé au Caire s’adressait, bien au-​​delà de son audi­toire, rigou­reu­sement sélec­tionné, à l’ensemble du Monde arabe et musulman.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il était très attendu. Dès son élection Barack Obama avait fait de la récon­ci­liation entre le Monde musulman et les Etats-​​Unis l’une de ses prio­rités stra­té­giques. Le pré­sident amé­ricain a déjà réussi une pre­mière chose, il n’a pas déçu, ce qui était le plus grand risque pour un dis­cours tant annoncé. On retiendra bien sûr son " Salam Aleikoum " qui a introduit son dis­cours (que cer­tains com­parent à " Je suis un Ber­linois " pro­noncé par Kennedy devant le Mur de Berlin) et les paroles d’amitié et de coopé­ration dans un esprit de fra­ternité entre Etats-​​Unis et monde musulman. Son dis­cours était réel­lement équi­libré dans la mesure où il a reconnu les dif­fi­cultés exis­tantes, les torts que pou­vaient avoir les Amé­ri­cains sur l’Islam, les erreurs his­to­riques com­mises au cours des mandats de son pré­dé­cesseur, mais il a également demandé aux Musulmans de réfléchir sur leurs visions des Etats-​​Unis. Obama savait qu’il ne pourrait pas se contenter de rappels his­to­riques ou phi­lo­so­phiques, et qu’il fallait également aborder le cœur central du sujet, à savoir les ques­tions stra­té­giques actuelles. Et en premier lieu, le conflit israélo-​​palestinien.

Là aussi Obama a fait preuve d’une très grande clarté, il n’a pas caché à son public les liens stra­té­giques et l’alliance pro­fonde qui unissent les Etats-​​Unis à Israël. Ce n’était cer­tai­nement pas la partie la plus agréable du dis­cours à entendre pour son audi­toire présent dans la salle.

Mais c’est à l’honneur d’Obama d’avoir eu ce souci de trans­pa­rence et de vérité. On ne peut pas l’accuser de double langage. Il a également demandé avec force la fin de la colo­ni­sation et martelé sa vision d’une solution à deux Etats, israélien et pales­tinien. Si George W. Bush affirmait avoir également ce dernier objectif, il ne s’était jamais élevé contre la colo­ni­sation. Plus encore, pour la pre­mière fois dans la bouche d’un pré­sident amé­ricain, Obama a évoqué la souf­france des Pales­ti­niens. Celle-​​ci n’a pas une cause méta­phy­sique, mais elle est bien le produit de l’occupation et de la répression israé­lienne. On remar­quera également, qu’il a, sans légi­timer le Hamas, reconnu sa réalité et sa repré­sen­ta­tivité. Pour une fois le Hamas n’a pas été évoqué par un diri­geant occi­dental uni­quement pour être condamné et accusé de ter­ro­risme. Il lui a bien demandé de renoncer à la vio­lence, mais c’est plus une façon de dresser les condi­tions d’un par­te­nariat futur que d’en interdire à l’avance l’exercice. On notera également qu’il a renoncé à l’idée d’imposer la démo­cratie par l’extérieur.

Mais pour reprendre la formule consacrée : le pro­gramme est parfait, reste à l’appliquer ! C’est bien le plus difficile.

Deux obs­tacles se dressent sur la route d’Obama. Le premier est la division inter-​​palestinienne qui obère toute négo­ciation sérieuse. L’Autorité pales­ti­nienne a le soutien du monde exté­rieur, mais pas celui du peuple pales­tinien, et le Hamas a les atouts inverses. Il sera dif­ficile d’avancer tant qu’ils ne seront pas récon­ciliés. Mais bien sûr, le prin­cipal obs­tacle demeure l’attitude du gou­ver­nement israélien. Que devra ou pourra faire Obama si rien ne se passe, si la colo­ni­sation se poursuit et s’il n’y a aucune avancée concrète, réelle, vers la création d’un Etat pales­tinien ? Barack Obama, sans avoir employé l’expression, semble prêt à exercer des pres­sions sur Israël. Il ne veut cer­tai­nement pas le faire tout de suite afin de montrer à la fois aux élec­teurs amé­ri­cains et israé­liens qu’il a attendu et fait preuve de patience avant de devoir uti­liser cette méthode.

Mais si Obama ne veut pas que la déception soit à la hauteur des espoirs qu’il a sus­cités, il sait bien qu’il devra en passer par là. Obama peut être à la fois l’ami d’Israël et des Arabes si Israël accepte la paix. C’est impos­sible si le gou­ver­nement israélien continue de nier les droits des Palestiniens.