« Obama devra agir vite pour préserver la paix »

entretien avec Salam Fayyad, dimanche 16 novembre 2008

Le premier ministre pales­tinien a par­ticipé à Paris à une confé­rence orga­nisée par la Fon­dation de Jacques Chirac. Entretien mené par Pierre Rous­selin, le Figaro.

LE FIGARO. - Un an après la confé­rence d’Annapolis, il s’avère que les objectifs fixés ne seront pas atteints et qu’il n’y aura pas d’accord avant la fin du mandat de Bush. Pourquoi ?

Salam FAYYAD. - En ce qui concerne l’application de la feuille de route, Anna­polis n’a pas bien fonc­tionné du tout. Les Israé­liens devaient geler la colo­ni­sation en Cis­jor­danie. Ils l’ont accé­lérée. C’est très grave si l’on veut pré­server les chances d’un accord sur la coexis­tence de deux États dans la Palestine man­da­taire. De notre côté, même si nous ne contrôlons pas ce qui se passe à Gaza, nous avons beaucoup pro­gressé en matière de réta­blis­sement de l’ordre et de la gou­ver­nance. Même les Israé­liens le recon­naissent. Quant à notre économie, elle pourrait décoller si les bar­rages et les res­tric­tions aux dépla­ce­ments imposés en Cis­jor­danie étaient levés. Pourquoi Israël n’est-il pas tenu de res­pecter ses obli­ga­tions ? C’est cela qu’il faut régler pour qu’une solution reste possible.

Qu’attendez-vous du président Barack Obama ?

J’attends de lui qu’il com­prenne qu’il n’y aura pas de solution sans un fort enga­gement de la com­mu­nauté inter­na­tionale sous la direction déter­minée des États-​​Unis. J’espère que la nou­velle Admi­nis­tration s’y attellera vite. Pour que la solution des deux États soit pré­servée, il faut s’assurer que chacun res­pecte ses obli­ga­tions. Ce sera le test qui per­mettra de juger des inten­tions américaines.

Que pensez-​​vous d’une éven­tuelle reprise des contacts avec le Hamas par la France ou par les États-​​Unis ?

Je ne suis pas opposé au dia­logue. Mais le pro­blème n’est pas dans l’absence de dia­logue. Sur quoi l’Autorité pales­ti­nienne et le Hamas doivent-​​ils se mettre d’accord ? Sur un gou­ver­nement de consensus qui puisse gou­verner à Gaza et en Cis­jor­danie et sur les arran­ge­ments de sécurité à mettre en œuvre à Gaza en attendant. Si des ini­tia­tives sont prises en vue de régler ces deux ques­tions dans la clarté, je ne vois pas pourquoi on s’opposerait au dialogue.

Le Hamas a rompu la semaine der­nière le dia­logue inter­pa­les­tinien pour pro­tester contre l’arrestation de ses membres par l’Autorité palestinienne.

C’est un faux pré­texte. Per­sonne n’est en prison à cause de son affi­liation poli­tique. Nous faisons res­pecter la loi et l’ordre, et il y a donc des pri­son­niers qui appar­tiennent à tous les partis et d’autres qui ne sont membres d’aucun parti.

Le mandat du pré­sident Mahmoud Abbas s’achève en janvier pro­chain. Quand y aura-​​t-​​il des élec­tions en Palestine ?

La Consti­tution veut que les élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives se tiennent en même temps. Les légis­la­tives doivent avoir lieu au plus tard au début de 2010. Si nous pouvons nous mettre d’accord sur une date plus rap­prochée, ce serait une bonne chose. Mais il fau­drait pour cela que le dia­logue inter­pa­les­tinien reprenne.


Salam Fayyad sur RFI :

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