Nous sommes tous des Israéliens et des Palestiniens

Daniel Cohn-​​Bendit, samedi 15 novembre 2008

La dif­fi­culté de trouver un accord de paix réside dans l’absence de leaders poli­tiques capables de la négocier avec son propre peuple.

Chacun des mes voyages en Israël et Palestine me coûte énor­mément d’énergie en raison des attentes qu’ils suscitent.

Répondant à une invi­tation de la Fon­dation "Heinrich Böll" de Tel-​​Aviv pour débattre des "60 ans d’Israël", j’en ai profité pour ren­contrer un maximum de per­sonnes et mieux cerner la situation dans la région.

A Hébron, 90 familles de colons israé­liens, avec près de 300 enfants, sont "pro­tégées" par 3000 soldats. C’est tout sim­plement de la folie ! Offi­ciel­lement, l’armée israé­lienne occupe la Cis­jor­danie pour pro­téger les Israé­liens. En réalité, cette armée n’est là que pour asseoir une colo­ni­sation par ailleurs rejetée par la com­mu­nauté internationale.

La dis­cussion de plus de deux heures avec le porte-​​parole des colons à Hébron a été com­plè­tement hal­lu­ci­nante. Il faut savoir qu’Abraham est enterré à Hébron et que sa tombe repré­sente un lieu de culte tant pour les Musulmans que pour les Chré­tiens. Et c’est pré­ci­sément en parlant avec ce porte-​​parole que j’ai pu réa­liser en quoi l’argumentation des colons se fondait sur un rêve théologique-​​sioniste. Pourquoi la tombe d’Abraham devrait-​​elle plus appar­tenir à Israël qu’à Tel-​​Aviv, Haïfa ou Jéru­salem ? Aucun argument rationnel ne permet d’exclure Hébron du rêve d’un "Grand-​​Israël". C’est d’ailleurs pour cela que la majorité des Israé­liens est inca­pable de faire la part des choses quand on aborde la question des colons immé­dia­tement perçue sur un plan émotionnel.

Une base commune de négo­cia­tions n’est pos­sible que si les deux parties acceptent la fron­tière établie en 1967 et qu’elles enterrent leurs rêves d’un Grand-​​Israël ou d’une Grande-​​Palestine.

La dif­fi­culté de trouver un accord de paix réside dans l’absence de leaders poli­tiques capables de la négocier avec son propre peuple. La seule per­sonne en mesure de jouer un vrai rôle dans une telle négo­ciation est empri­sonnée en Israël. Le pales­tinien Marwan Bar­ghouti est en effet l’unique per­son­nalité capable de générer un "effet Mandela" en Palestine.

Quant à l’élite diri­geante israé­lienne, elle refuse d’affronter les ques­tions essen­tielles. Atterrée par la peur de la remise en question, cette élite est allée jusqu’à prier toute la nuit pour que Mc Cain s’impose contre Obama.

L’actuel premier ministre pales­tinien Salam Fayad tente de montrer que son peuple est capable de se gou­verner et d’assurer sa propre sécurité. Il sait aussi qu’il faudra trouver un accord spé­ci­fique pour Gaza. Ni le Fatah ni le Hamas ne sont capables ou dis­posés à établir des forces de sécurité publiques indé­pen­dantes. Le com­promis qu’ils pro­posent n’est autre que de charger les soldats et poli­ciers de la ligue arabe de la sécurité pour la période transitoire.

Pour ma part, je trouve la pro­po­sition de l’ancien ambas­sadeur d’Israël en Alle­magne, Avi Primor toute aussi intel­li­gente. Pour lui, l’Union Euro­péenne, l’OTAN et la ligue arabe devraient rem­placer l’armée israé­lienne en Cis­jor­danie par des mili­taires inter­na­tionaux res­pon­sables de la sécurité.

J’ai quitté Tel-​​Aviv après 3 jours, avec le sen­timent que les Israé­liens et Pales­ti­niens étaient inca­pables de trouver un com­promis solide. Les soi-​​disant négo­cia­tions pour la paix n’aboutiront pas. Et le risque c’est que les Pales­ti­niens et les Israé­liens sombrent dans le désespoir et la haine. La nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine, l’Union Euro­péenne, la Russie et la ligue arabe doivent donc prendre leur res­pon­sa­bilité et pro­poser des solu­tions accep­tables pour les deux parties concernées. La paix au Proche-​​Orient est trop impor­tante pour l’abandonner à sa propre folie.

13 novembre 2008