Netanyahu conditionne l’impossible

Abir Taleb, samedi 20 juin 2009

Benyamin Neta­nyahu a fait part de ses exi­gences irréa­li­sables pour la création d’un Etat pales­tinien dans un dis­cours hué par les Pales­ti­niens et applaudi par la com­mu­nauté internationale.

Ce sont des condi­tions chi­mé­riques que le premier ministre israélien, Benyamin Neta­nyahu, a posées lors de son dis­cours, dimanche dernier, sur sa « vision » de la paix et de la sécurité. Des pro­po­si­tions loin de repré­senter une véri­table solution pour la paix. En effet, en acceptant pour la pre­mière fois le principe d’un Etat pales­tinien, Benyamin Neta­nyahu a ouvert une voie vers une solution au conflit qu’il s’est tou­tefois empressé de refermer en l’assortissant de condi­tions jugées inac­cep­tables : un Etat démi­li­tarisé, une recon­nais­sance par les Pales­ti­niens du caractère juif d’Israël, un rejet du gel de la colo­ni­sation, un refus du retour des réfugiés et Jéru­salem capitale éter­nelle d’Israël.

Un « oui, mais » irréa­li­sable. Ce ne sont donc pas des condi­tions mais des entraves qui ne per­mettent même pas une reprise des négo­cia­tions. Car sur quoi les deux parties peuvent-​​elles alors négocier si les condi­tions minimums néces­saires pour une relance de la paix sont inexis­tantes ? Benyamin Neta­nyahu s’est ainsi montré plus intran­si­geant que jamais. Mais aussi plus malin que jamais. En évoquant pour la pre­mière fois la création d’un Etat pales­tinien, il s’est assuré le soutien de la com­mu­nauté inter­na­tionale, qui l’appelait à accepter la solution de deux Etats. Il n’en demeure pas moins que Neta­nyahu a prouvé qu’il était loin d’être prêt à par­venir à la paix.

« Après le dis­cours de Neta­nyahu, il devient clair que nous sommes en pré­sence d’un gou­ver­nement israélien qui refuse en réalité une solution à deux Etats (…). Neta­nyahu n’a fait qu’émettre cinq non. Il a dit non à une solution à deux Etats, non au gel de la colo­ni­sation, non à la vision du pré­sident Barack Obama pour un nouveau Proche-​​Orient, non à la reprise des négo­cia­tions au point où elles s’étaient arrêtées et non à l’initiative de paix arabe », pro­posant une nor­ma­li­sation avec Israël en échange de son retrait des ter­ri­toires occupés, a affirmé le négo­ciateur pales­tinien, Saëb Erakat. Et d’ajouter : « Neta­nyahu évoque des négo­cia­tions sur un canton, le canton de l’Etat de Palestine, avec un drapeau et un hymne, un Etat sans fron­tières, sans sou­ve­raineté, sans capitale », tout en appelant les média­teurs à demander clai­rement à Neta­nyahu s’il était prêt à aborder des ques­tions pri­mor­diales, telles que les fron­tières, les réfugiés et Jéru­salem. C’est un dis­cours qui « tor­pille toutes les ini­tia­tives de paix dans la région », a dit pour sa part Nabil Abou-​​Roudeina, porte-​​parole du pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbass. Yasser Abdrabbou, conseiller du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, est allé dans le même sens, en affirmant que « la com­mu­nauté inter­na­tionale doit contester cette poli­tique, par laquelle Neta­nyahu cherche à porter un coup fatal à toute chance de paix. Elle doit isoler et contester cette poli­tique adoptée par Neta­nyahu et exercer des pres­sions sur lui afin qu’il adhère à la légi­timité inter­na­tionale et à la Feuille de route », le plan de paix de 2003 par­rainé par les Etats-​​Unis.

Côté égyptien, le pré­sident Hosni Mou­barak a estimé lundi que l’appel de Neta­nyahu aux Pales­ti­niens à recon­naître le caractère juif d’Israël « ruinait les pos­si­bi­lités de paix ». « Per­sonne ne sou­tiendra cet appel, ni en Egypte ni ailleurs », a-​​t-​​il ajouté.

Réactions internationales décevantes

Or, les pre­mières réac­tions inter­na­tio­nales au dis­cours de Neta­nyahu ne pro­mettent pas aux Pales­ti­niens le soutien qu’ils attendent. Le pré­sident amé­ricain, Barack Obama, a salué dimanche ce qu’il a considéré comme un « important pas en avant », alors que l’Union Euro­péenne (UE) a qua­lifié le dis­cours du premier ministre israélien comme « un pas dans la bonne direction ».

Les Etats-​​Unis, comme l’UE, n’ont semble-​​t-​​il retenu que l’acceptation théo­rique par Benyamin Neta­nyahu du principe de la création d’un Etat pales­tinien, tout en omettant le reste, c’est-à-dire les exi­gences israé­liennes impos­sibles à remplir. Ainsi, comme l’a déclaré Erakat, « la question qui se pose à présent est : Que vont faire les Etats-​​Unis et le Quar­tette (Etats-​​Unis, UE, Russie et Onu) ? ». En effet, que peuvent faire ces média­teurs qui œuvrent pour un règlement fondé sur la création d’un Etat pales­tinien au côté d’Israël face à l’intransigeant Netanyahu ?

En fei­gnant de se sou­mettre aux pres­sions inter­na­tio­nales, et notamment amé­ri­caines suite au dis­cours de Barack Obama du 4 juin concernant l’acceptation du principe d’une solution à deux Etats, le premier ministre israélien a marqué un coup en sa faveur. Il a en quelque sorte poussé la com­mu­nauté inter­na­tionale à l’applaudir, alors qu’il n’a rien dit de concrè­tement appli­cable. C’est donc une contre-​​offensive israé­lienne. Neta­nyahu a accepté le principe de deux Etats, mais en le vidant de son contenu. De cette manière, il s’assure de diminuer les pres­sions exercées à son encontre en mettant la com­mu­nauté inter­na­tionale au pied du mur.