Nahr al-​​bared l’urgence

Françoise Feugas - Pour la Palestine n°54, lundi 3 septembre 2007

Urgence Liban /

Les bom­bar­de­ments de l’armée liba­naise contre les com­bat­tants du Fatah-​​alislam ins­tallés dans le camp de réfugiés de Nahr el Bared dans le nord du Liban ont fini par le détruire quasi-​​complètement. Prise en otage, la popu­lation a dû fuir dès les pre­miers jours. Réfugiée, une fois encore. Ces évène­ments posent évidemment la question de la pro­tection des camps -relevant des Pales­ti­niens eux-​​mêmes depuis un accord de 1969-​​ et des rela­tions entre l’OLP et le gou­ver­nement libanais. En même temps, comme en témoignent les appels reçus des asso­cia­tions des camps et les com­mu­niqués de l’Unrwa, il y a urgence ali­men­taire et sanitaire.

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Le camp de Nahr al-​​Bared, pilonné sans répit par l’armée liba­naise, a subi de très lourdes des­truc­tions depuis le 20 mai dernier.

L’Unrwa (office des Nations unies pour les réfugiés) recense, au 17 juillet, 31 885 déplacés du camp de Nahr el Bared [1]. Selon ses chiffres, plus de 26 000 per­sonnes sont réfu­giées dans le nord du Liban, dont 13 775 à Beddawi, 2411 dans le centre, 1697 dans la région de Saïda, 1220 dans celle de Tyr et 375 dans la zone de la Beqa’a.

Pas loin de la moitié des presque 32 000 habi­tants de Nahr el Bared se trouve donc aujourd’hui dans le camp de Beddawi, voisin de 7 km de Nahr el Bared et qui a vu qua­siment doubler sa popu­lation (l’Unrwa recensait 16 198 habi­tants à Beddawi en 2003). Ils sont ins­tallés prin­ci­pa­lement dans les écoles ou dans des maisons amies (qui accueillent parfois jusqu’à trente per­sonnes), mais cer­tains ont également investi les locaux de l’ONU, les mos­quées, voire des locaux com­mer­ciaux ou des maisons inoc­cupées que les comités du camp ont décidé de leur ouvrir. Une minorité vit dans des appar­te­ments loués à la péri­phérie du camp. « Avant les combats du 20 mai dernier, Beddawi était un petit camp tran­quille. Ce n’est plus le cas actuel­lement. Ses rues sont encom­brées de piétons. Un hôpital de camp, don du Qatar, y a été ins­tallé, et les six écoles de l’UNRWA grouillent de réfugiés. » [2] Le sur­peu­plement est invivable.

Une pénurie sévère en nour­riture et four­ni­tures médi­cales était à prévoir. Les déplacés reçoivent une aide -insuf­fi­sante - en pro­duits ali­men­taires, sani­taires ou vête­ments. Mais la dis­tri­bution est inéga­lement répartie. Les ONG inter­na­tio­nales apportant de l’aide directe dis­tri­buent 80% des denrées à ceux qui sont réfugiés dans les écoles, alors que ceux qui sont accueillis dans les maisons n’en reçoivent que 20%. Les habi­tants de Beddawi subissent bien évidemment eux aussi les consé­quences de cette situation.

L’hôpital, qui emploie seize per­sonnes, trai­terait environ trois cents cas par jour, prin­ci­pa­lement des maladies de peau et des infec­tions dues aux condi­tions de vie et d’hygiène dans les écoles.  [3]

Les déplacés de Nahr el Bared sont trau­ma­tisés et une aide psy­cho­lo­gique est loin d’être un luxe, dit Hanan, res­pon­sable de l’association Beit Atfal Assoumoud [4]. Le psy­cho­logue et le psy­chiatre qui tra­vaillaient à Nahr el Bared avant les bom­bar­de­ments tentent de faire face à la situation à Beddawi. La plupart des habi­tants du camp dévasté ont fui dès qu’ils l’ont pu, en voiture pour les plus chanceux, à pied pour tous les autres, en aban­donnant leur maison sans rien pouvoir emporter, pas même leurs papiers per­sonnels et la plupart sans un sou. Ils ont, depuis, tout perdu dans les bombardements.

Sta­tis­tiques de l’UNRWA sur les camps de réfugiés au Liban (au 31 décembre 2006) Sur les 16 camps « offi­ciels » du Liban, 3 ont été détruits pendant la guerre et n’ont jamais été recons­truits : Nabatieh au sud, Dik­waneh et Jisr el-​​Basha dans la région de Bey­routh. Un qua­trième camp, Gouraud à Baalbeck, a été évacué il y a plu­sieurs années et ses habi­tants trans­férés à Rashidieh près de Tyr. Aujourd’hui, les 12 camps de réfugiés offi­ciels connaissent de sérieux pro­blèmes : pas d’infrastructures appro­priées, sur­peu­plement, pau­vreté et chômage. Les camps du Liban ont le plus fort taux de réfugiés pales­ti­niens vivant dans une pau­vreté abjecte et font l’objet d’un pro­gramme spécial de l’UNRWA. Le nombre total de réfugiés - dans et hors camps - est estimé par l’Agence à plus de 409.000, environ 10% de la popu­lation du Liban.

CAMPS /​ Nombre de réfugiés offi­ciel­lement ins­crits
- Mar Elias /​ 616
- Bourj el-​​Barajneh /​ 15 718
- Dbayeh /​ 4 025
- Chatila /​ 8 370
- Ain el-​​Héloué /​ 45 967
- Mieh Mieh /​ 4 569
- El-​​Buss /​ 9 508
- Rashidieh /​ 29 361
- Bourj el-​​Shemali /​ 19 074
- Nahr el-​​Bared /​ 31 303
- Bed­daoui /​ 15 947
- Wavel /​ 7 668
- Dik­waneh & Nabatieh (camps détruits) /​ 16 518
- Total (inté­rieur des camps) /​ 208 644

Source : http://​www​.un​.org/​u​n​r​w​a​/​r​e​f​u​gees/ lebanon.html

[1] http://​www​.unrwa​-lebanon​.org/nle/

[2] Patricia Khoder, « Les réfugiés de Nahr el Bared en ont assez », L’Orient le jour, 14 juillet 2007.

[3] Ibid

[4] Par­te­naire de l’AFPS. Voir témoi­gnages et appel à la soli­darité finan­cière avec les habi­tants de Nahr el Bared sur le site de l’AFPS.